Tragédie de l'Isle-Verte: critiques cinglantes du coroner

Trente-deux aînés ont péri dans la nuit du... (Photothèque Le Soleil, Yan Doublet)

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Trente-deux aînés ont péri dans la nuit du 23 janvier 2014 lors du tragique incendie qui a détruit la Résidence du Havre, à L'Isle-Verte.

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Johanne Fournier

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Québec) Dans son rapport d'enquête rendu public jeudi, le coroner Cyrille Delâge est très dur envers le chef pompier et le préposé de nuit qui ont été impliqués dans l'incendie qui a fait 32 morts à la Résidence du Havre de L'Isle-Verte. Il critique sévèrement l'intervention de la brigade en sécurité incendie ainsi que le manque de formation des pompiers et du personnel de soutien de l'établissement.

Le coroner Cyrille Delâge énonce plusieurs recommandations dans... (Collaboration spéciale, Johanne Fournier) - image 1.0

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Le coroner Cyrille Delâge énonce plusieurs recommandations dans son rapport afin d'éviter qu'un autre drame comme celui de la Résidence du Havre de L'Isle-Verte ne se reproduise.

Collaboration spéciale, Johanne Fournier

Le coroner ne tourne pas autour du pot pour parler du directeur du service incendie, Yvan Charron: «Le chef Charron, qui bénéficie de la protection de la clause dite «grand-père», n'a pas la formation requise pour exercer cette fonction et il l'a démontré de façon évidente le soir du 23 janvier 2014.» Me Delâge déplore l'absence de plan d'intervention. Il reproche aussi au chef d'avoir tardé à demander l'aide supplémentaire des municipalités voisines, de ne pas avoir établi de poste de commandement et d'être entré dans le bâtiment en flammes sans appareil respiratoire. 

Le commissaire trouve également regrettable que deux de ses hommes n'aient pas placé un robinet sur une sortie de la borne, les privant ainsi d'une partie de l'alimentation de l'autopompe et qu'ils n'aient pas tenté d'utiliser une clé Holligan se trouvant dans le camion d'incendie afin de déverrouiller les portes de la résidence.

La mairesse de L'Isle-Verte ne se surprend pas de ces réprimandes. «Il fallait s'en attendre», consent Ursule Thériault. Malgré cette analyse accablante, elle continue à accorder sa pleine confiance à sa brigade de pompiers et à son chef. «Je le reçois très bien», fait-elle savoir en parlant du rapport qu'elle regrette de ne pas avoir eu le temps d'éplucher. «On a déjà commencé à respecter les recommandations. Depuis le 21 janvier, la formation est enclenchée. On s'est assis avec la MRC pour une entente de gestion. Aujourd'hui, s'il arrivait la même chose, le mécanisme d'entraide automatique serait appliqué.»

Clause grand-père

Sur les 18 membres que comptait la brigade de L'Isle-Verte, une dizaine d'entre eux jouissaient d'une clause «grand-père» qui les exonérait de suivre de la formation puisqu'ils avaient débuté comme pompier avant 1998. La mairesse assure qu'ils sont actuellement inscrits à la formation, y compris le chef Charron. Par contre, trois pompiers ont préféré démissionner.

Le vice-président à la formation de l'Association des pompiers de l'Est-du-Québec accueille lui aussi favorablement les recommandations du rapport d'enquête.«La formation, c'est un plus», acquiesce Gérald Dubé. «L'entraide automatique, on est pour ça. Un poste de commandement, c'est essentiel et c'est sûr qu'on n'entre pas dans un incendie sans «bunker» et sans appareil respiratoire.»

Selon Me Cyrille Delâge, le préposé de nuit, Bruno Bélanger, à qui il n'accorde aucune crédibilité, n'était pas habilité à occuper ses fonctions. «Le soir de l'incendie, ils (les résidents) ont été quasiment laissés pour compte», estime-t-il. «Les pauvres témoins font une pauvre justice.» 

Joint par téléphone, le propriétaire de la Résidence du Havre n'a pas voulu commenter le rapport, faute de n'avoir eu le temps d'en prendre connaissance. «On l'a eu en même temps que tout le monde», regrette Roch Bernier. «On aurait aimé ça l'avoir avant, surtout qu'on est concernés.»

Le coroner adresse aussi des recommandations à l'Agence de la santé et des services sociaux du Bas-Saint-Laurent en matière de conformité de lois, règlements et normes. «On souscrit à ce rapport», fait savoir la présidente-directrice générale de l'Agence, Isabelle Malo.

Pendant que la ministre de la Sécurité publique, Lise Thériault, promet d'agir à la suite des recommandations du rapport Delâge, la Coalition avenir Québec martèle pour que le gouvernement élabore un échéancier concernant l'installation de gicleurs dans toutes les résidences pour personnes âgées. De son côté, le Parti québécois dénonce les coupes budgétaires qui empêcheraient les inspecteurs de se rendre dans les établissements pour aînés afin de vérifier la conformité des plans de prévention d'incendie.

«On a déjà commencé à appliquer certaines des recommandations», souligne la ministre Thériault. «On a annoncé une enveloppe de 19,5 millions $ pour la formation des pompiers volontaires pour les cinq prochaines années. On va regarder du côté de la clause «grand-père»». Celle-ci fait référence à l'exemption de suivre de la formation pour les pompiers qui ont commencé à exercer leurs fonctions avant 1998.» 

Mme Thériault se dit particulièrement sensible aux modifications qui pourraient être apportées au protocole des appels d'urgence. «Je pense qu'on a beaucoup appris de ce qui s'est passé à L'Isle-Verte», avance Lise Thériault. «Je pense qu'on doit encore mieux protéger nos aînés.»

À plusieurs reprises jeudi, à l'Assemblée nationale, le porte-parole de la Coalition avenir Québec en santé et services sociaux a interpelé la ministre. «Selon des données récentes, 40 000 aînés vivent dans des résidences privées non protégées ou partiellement protégées par des gicleurs», a clamé le député de Lévis, François Paradis, qui demande au gouvernement de ne pas tabletter le rapport.

«Alors que le rapport du coroner (...) souligne des lacunes dans les plans d'intervention concertés, la sécurité de nos aînés est menacée», a dénoncé, pour sa part, le député péquiste Alain Therrien, après avoir appris que le Conseil du trésor ne permettrait plus aux inspecteurs de se déplacer dans les établissements pour aînés afin de vérifier la conformité des plans de prévention d'incendies.

Les 5 principales recommandations du coroner :

  • procéder à des regroupements de services de sécurité incendie pour faciliter l'entraide automatique entre municipalités voisines pour améliorer la force de frappe lors d'un sinistre;
  • réviser les schémas de couverture de risques à intervalles réguliers;
  • abolir d'ici deux ans l'article 11 du Règlement sur les conditions pour exercer au sein d'un service de sécurité incendie municipal (clause «grand-père»);
  • obliger l'installation de gicleurs automatiques dans tous les bâtiments certifiés, anciens et nouveaux;
  • envoyer immédiatement une équipe complète d'intervention sur les lieux lorsqu'un signal d'incendie est transmis à une centrale d'alarme ou au Centre d'appel d'urgence des régions de l'Est du Québec (CAUREQ) qui gère le 9-1-1-.

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