Violence conjugale: un récit à glacer le sang

Mathieu Vanasse-Carpentier, 30 ans, a décidé la semaine... (Photo tirée de Facebook)

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Mathieu Vanasse-Carpentier, 30 ans, a décidé la semaine dernière de plaider coupable à 23 accusations, notamment voies de fait graves, agression sexuelle et menaces de mort.

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(Québec) «Il me bat à coups de poing, à coups de pied et me dit qu'il est content de pouvoir enfin me tuer. Je crache du sang, je vois des étoiles, je ne peux plus me défendre.»

Tous les jours, les juges entendent des histoires troublantes. Plus rarement, certaines causes arrachent des larmes. Mais le récit de Karine (prénom fictif), livré mercredi au palais de justice de Québec, est à glacer le sang dans les veines.

Toute droite dans son veston noir, Karine se tient à quelques mètres de son bourreau, assis derrière la vitre, dans le box des accusés. Le juge François Huot de la Cour supérieure l'écoute attentivement. La greffière la regarde, les yeux remplis de compassion.

Alors qu'il devait subir son procès devant jury, Mathieu Vanasse-Carpentier, 30 ans, a décidé la semaine dernière de plaider coupable à 23 accusations, notamment voies de fait graves, agression sexuelle et menaces de mort.

Karine rencontre Mathieu alors qu'elle n'a que 18 ans. L'opérateur de machinerie âgé de 25 ans est beau, elle est très attirée. C'est son premier amoureux.

Après quelques mois, Mathieu commence à la bousculer et à lui serrer les bras lors de chicanes.

Il la bat une première fois lors d'un voyage à Cancún. Lorsque les parents de Karine, qui vivent dans l'Outaouais, apprennent les gestes de violence, ils recommandent à leur fille de laisser son copain. Karine va plutôt s'éloigner de ses proches.

Passionnée d'histoire et d'archéologie, entourée d'amis, Karine plonge dans une relation amour-haine d'une violence difficile à entendre.

«Il me disait souvent que c'était pour me dresser, que j'étais son chien», relate la jeune femme, aujourd'hui étudiante à la maîtrise.

Après un party très arrosé, Karine se fâche parce que Mathieu a conduit sa voiture en état d'ébriété. L'homme, déchaîné, se met à défoncer le capot et le pare-brise avant de s'attaquer à la jeune femme. Il la bat et réussit à la traîner jusqu'à leur logement de Sainte-Foy. Il verrouille la porte et lui annonce qu'elle ne ressortira pas vivante. Karine encaisse des dizaines de coups au visage et aux côtes. Mathieu lui fracasse la tête sur la céramique.

Lorsque l'homme finit par la lâcher, après des heures de martyre, Karine réussit à s'enfuir. Elle monte à bord de son véhicule rempli d'éclats de vitre, pieds nus, et va rejoindre une amie, à plus d'une heure de route. «J'étais difforme, j'avais l'air d'un monstre», se rappelle la belle jeune femme.

L'amie, en pleurs, propose d'appeler les policiers. Karine refuse. Mathieu Vanasse-Carpentier viendra la chercher, repentant.

Quelques mois plus tard, Vanasse-Carpentier tente d'étouffer sa copine en pleine nuit, avec un oreiller. «Je n'arrêterai pas tant que tu vas respirer», lui répète-t-il.

Karine se rappelle les doigts de l'homme sur sa gorge, qui cherchent son pouls. «Il était en train de vérifier si j'étais morte.»

Mathieu Vanasse-Carpentier force aussi sa copine à prendre de la drogue et à poser des gestes sexuels qui la répugnent. Il va aussi la sodomiser contre son gré pour, dit-il, lui faire comprendre son propre désir.

Sortir de l'enfer

Karine va laisser Mathieu en août 2011, après plus de trois ans d'enfer.

Elle le dénonce deux ans plus tard lorsqu'elle craint qu'une nouvelle femme subisse les mêmes sévices.

Elle tente de s'enlever la vie à quelques reprises. Le soutien de proches, notamment de l'enquêteur Louis-Philippe Pageau, la convainc de s'accrocher.

L'angoisse ne la quitte jamais.

Avant d'aller se coucher, Karine contrôle les voitures dans son stationnement et vérifie si ses portes et ses fenêtres sont bien verrouillées. Dans sa table de chevet, elle garde son passeport et un double de sa carte de guichet pour pouvoir se sauver rapidement.

Atteinte de choc post-traumatique, elle doit prendre des anxiolytiques et vit encore de douloureux retours en arrière.

Ancienne joueuse de basketball et ceinture noire au karaté, Karine s'entraîne tous les jours pour, dit-elle, «avoir un bon cardio pour pouvoir s'enfuir quand il sera libéré». «Même s'il a plaidé coupable, je suis convaincue qu'il va venir se venger», dit-elle.

S'il a regardé sa victime au début du témoignage, l'accusé a gardé les yeux clos, la tête baissée, la majeure partie de la journée.

Les représentations sur la peine se poursuivent aujourd'hui.

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