La liberté de presse mutilée en cinq minutes

L'une des 11 personnes blessées lors de l'attentat... (PHOTO AP, THIBAULT CAMUS)

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L'une des 11 personnes blessées lors de l'attentat au Charlie Hebdo est évacuée en civière.

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Stéphanie Martin
Le Soleil

(Québec) La dessinatrice Coco est arrivée plus tard que prévu au boulot, chez Charlie Hebdo, mercredi matin, après avoir dû passer à la garderie chercher sa fillette. Menacée avec sa fille à la pointe de la kalachnikov, elle a tapé le code d'accès. Deux individus cagoulés se sont engouffrés dans l'immeuble parisien pour commettre un carnage qui a décimé la rédaction du journal satirique. Récit d'heure en heure d'une journée au terme de laquelle un des suspects s'est rendu à la police.

11h25 (heure de Paris)

Trois assaillants arrivent à bord d'une Citroën noire aux vitres teintées, rue Nicolas-Appert, dans le 11e arrondissement de Paris. Pendant qu'un complice attend dans la voiture, deux hommes cagoulés et armés de kalachnikov et d'un lance-roquette profitent du passage de la factrice pour entrer dans l'immeuble du 6, rue Nicolas-Appert. Ils demandent où se trouvent les bureaux du journal Charlie Hebdo. Se rendant compte qu'ils ne sont pas à la bonne adresse, ils ressortent précipitamment, après avoir tiré deux fois.

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11h30

Une porte plus loin, au numéro 10, l'équipe de Charlie Hebdo est rassemblée pour sa conférence de rédaction hebdomadaire. Le journal satirique a fréquemment soulevé la controverse par ses publications traitant de la politique, de la religion et des sectes. Il n'en est pas à ses premières menaces, lui qui avait été la cible d'un incendie criminel en 2011, après des années de tension à la suite de la publication de caricatures du prophète Mahomet. «Les attaquants étaient renseignés et savaient qu'il y avait, le mercredi à 10h, la réunion de rédaction hebdomadaire. Sinon, le reste de la semaine, il n'y a pas grand-monde dans les locaux», a confié au Monde une journaliste de Charlie Hebdo qui n'était pas sur les lieux au moment de l'attaque.

La dessinatrice Corinne Rey, alias Coco, arrive devant la porte de l'immeuble du journal où elle travaille. Elle est avec sa fillette qu'elle vient de cueillir à la garderie. «Deux hommes cagoulés et armés nous ont brutalement menacées. Ils voulaient entrer, monter. J'ai tapé le code. Ils parlaient parfaitement le français... Se revendiquaient d'Al-Qaida.»

Les hommes pénètrent dans le hall et menacent un employé de l'accueil. «C'est où, Charlie Hebdo?» Ils lui ordonnent de les conduire jusqu'à des journalistes qu'ils désignent. «Calmes et déterminés», a affirmé à Libération une source proche de l'enquête, ils montent directement à la salle de la conférence et connaissent leur cible à l'avance: le caricaturiste Charb. Les deux assaillants crient: «Où est Charb? Il est où Charb?» Ils abattent le dessinateur et Franck Brinsolaro, le policier responsable de sa sécurité, puis font feu sur les autres journalistes présents, tuant aussi les dessinateurs vedettes Cabu, Wolinski, Tignous et Honoré et l'économiste Bernard Maris. Le tout dure à peine cinq minutes. Leur mode opératoire, froid et déterminé, est la marque d'hommes ayant subi un entraînement poussé, de type militaire, ont confié des sources policières. «Ce ne sont pas des illuminés.»

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11h35 - En ressortant dans la rue, les hommes crient: «Allahou Akbar ["Allah est grand"]». Puis, «Nous avons tué Charlie Hebdo» et «Nous avons vengé le prophète». Les suspects ont maille à partir avec des policiers accourus sur les lieux. Il y a échange de tirs avec des agents en autopatrouille et des policiers à vélo. L'un d'eux est atteint puis, alors qu'il est étendu sur le sol, il est exécuté à bout portant, d'une balle dans la tête. Âgé de 42 ans, il se prénommait Ahmed Merabe. Les assaillants repartent à bord de leur Citroën C3. Le bilan est de 12 morts, dont huit membres de la rédaction, et 11 blessés, dont quatre sont dans un état grave. Il s'agit de l'attentat terroriste le plus meurtrier à survenir en France depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Arrivé au travail quelques secondes après la fusillade, le journaliste Laurent Richard, qui travaille à l'agence de presse Premières Lignes, sur le même palier que Charlie Hebdo, raconte la scène d'horreur. «C'était un carnage. Des morts, des blessés partout. J'essayais de trouver des personnes vivantes avec les quelques pompiers qui étaient sur place. J'ai tenu la main de blessés, je leur ai parlé en attendant l'arrivée des secours. C'était épouvantable.» Certains de ses collègues, pendant la fusillade, s'étaient réfugiés sur le toit et avaient pu capter des images des tueurs qui ont fait le tour des médias sociaux.

Les fuyards percutent un piéton qui est grièvement blessé, abandonnent leur voiture et s'emparent d'une autre automobile. Ils sont pris en chasse par la police.

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11h40 - Six compagnies de CRS et escadrons de gendarmerie mobile, soit près de 500 hommes, sont déployés en renfort sur Paris.

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11h50 - La police perd la trace des tireurs. Les portes de Paris sont bloquées.

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Midi - Le président de la République, François Hollande, se rend sur les lieux de la tuerie avec son ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, et sa ministre de la Culture, Fleur Pellerin. Anne Hidalgo, mairesse de Paris, est également sur place. Hollande dénonce «un acte d'une exceptionnelle barbarie» et annonce la mise en place du plan «vigipirate attentat», relevant le niveau d'alerte terroriste de la France à son seuil le plus élevé. «La France est devant un choc, c'est un attentat terroriste», déclare-t-il.

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14h - Réunion à l'Elysée avec les ministres et les responsables concernés.

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19h - Quelque 35 000 personnes se réunissent place de la République à Paris pour témoigner de leur colère à la suite de l'attentat. Dans toutes les villes du monde, des rassemblements s'organisent.

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20h - «La France a été touchée en son coeur», déclare François Hollande, qui décrète une journée de deuil national aujourd'hui.

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23h - Les médias identifient trois suspects. Deux frères, Saïd Kouachi, 34 ans, et Chérif Kouachi, 32 ans, ainsi que Hamyd Mourad, 18 ans.

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23h30 - Important déploiement policier dans le secteur de Reims. Le tout se solde par des perquisitions dans un immeuble.

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2h20 - Le plus jeune des suspects se rend à la police dans un commissariat des Ardennes.

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2h30 - La police publie un appel à témoins avec la photo des deux frères Kouachi encore recherchés.

*Avec L'Humanité, Le Monde, Le Courrier de l'Ouest, Libération, Le Nouvel Observateur, Le Point, BBC, Le Figaro, AP, AFP

Attaque terroriste au Charlie Hebdo

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