Attentat au Charlie Hebdo: le plus jeune des trois suspects s'est rendu

Les policiers ont effectué des perquisitions dans certains... (Photo AFP, FRANCOIS NASCIMBENI)

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Les policiers ont effectué des perquisitions dans certains appartements, notamment à Reims et à Charleville-Mézières, dans l'est du pays. Appuyés par des agents fortement armés, des hommes de la police scientifique, revêtus de blanc, ont passé un appartement au peigne fin.

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Jamey Keaten, Lori Hinannt
Associated Press
Paris

Un des trois suspects de l'attentat commis au siège du journal satirique Charlie Hebdo s'est rendu, ont indiqué des médias français, mercredi soir.

Selon des sources «concordantes» citées par l'AFP, il s'agirait du plus jeune des trois personnes recherchées en lien avec l'attentat ayant coûté la vie à 12 personnes, Hamyd Mourad, un homme âgé de 18 ans de nationalité inconnue. Il aurait été placé en garde à vue.

Les deux autres suspects, deux frères de nationalité française âgés dans la trentaine, Saïd Kouachi et Chérif Kouachi, demeuraient en fuite et étaient activement recherchés par les forces de l'ordre. Aucune arrestation n'a encore été officiellement confirmée.

Les policiers ont effectué des perquisitions dans certains appartements, notamment à Reims et à Charleville-Mézières, dans l'est du pays. Appuyés par des agents fortement armés, des hommes de la police scientifique, revêtus de blanc, ont passé un appartement au peigne fin.

La Brigade criminelle de la Direction régionale de la police judiciaire de Paris a lancé un appel aux témoins, identifiant les frères Kouachi comme étant des personnes «susceptibles d'être armées et dangereuses». On fait mention que tous deux sont recherchés «dans le cadre de l'enquête diligentée» à la suite de l'attentat commis dans les locaux de Charlie Hebdo. La fiche ne fait pas mention du troisième suspect, ce qui pourrait tendre à confirmer son arrestation.

Des responsables français ont indiqué, sous le couvert de l'anonymat, que les suspects étaient liés à un réseau terroriste yéménite. Un témoin de l'attaque a affirmé que l'un des assaillants avait déclaré aux passants: «Vous pouvez dire aux médias que c'est Al-Qaïda au Yémen».

Des hommes cagoulés et lourdement armés ont ouvert le feu dans les locaux de Charlie Hebdo en criant «Dieu est grand», tuant 12 personnes, dont le directeur de la publication, le célèbre caricaturiste Stéphane «Charb» Charbonnier.

Il s'agit de l'attentat terroriste le plus meurtrier en France depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. L'attentat a également fait 11 blessées, dont quatre qui sont dans un état grave.

Le président français François Hollande a déclaré que cette attaque contre Charlie Hebdo - qui a fréquemment soulevé la controverse par ses publications traitant de la politique, de la religion et des sectes, notamment - était «un attentat terroriste». Il a ajouté que plusieurs autres attentats avaient été déjoués au cours des dernières semaines.

Les assaillants ont agi avec calme et une précision presque militaire. L'Europe en général et la France en particulier s'inquiètent depuis un bon moment de voir des djihadistes ayant combattu en Irak ou en Syrie revenir frapper au pays.

La France a relevé son niveau d'alerte terroriste à son seuil le plus élevé. La sécurité a été renforcée autour des lieux de culte, des commerces, des médias et des transports en commun. Les écoles parisiennes ont fermé leurs portes. Cela n'a pas empêché des milliers de personnes de se rassembler, place de la République, pour rendre hommage aux victimes, en brandissant des affiches sur lesquelles on pouvait lire «Je suis Charlie».

Les assaillants - qui s'exprimaient dans un français impeccable - ont forcé une caricaturiste, qui était au boulot avec sa fille en bas âge, à leur ouvrir la porte. Ils se sont ensuite dirigés tout droit vers le bureau du directeur Stéphane «Charb» Charbonnier et l'ont tué, de même que son garde du corps fourni par la police.

Quelques minutes plus tard, deux hommes se sont rendus jusqu'à une voiture noire qui les attendait, tirant calmement en direction d'un policier. Le policier a ensuite été exécuté d'une balle à la tête pendant qu'il gisait au sol.

Un témoin a raconté, sous le couvert de l'anonymat, que les assaillants semblaient si professionnels et si méthodiques qu'il a tout d'abord cru qu'ils appartenaient aux forces antiterrorisme françaises - jusqu'à ce qu'ils exécutent le policier.

«Ils savaient exactement ce qu'ils devaient faire et où tirer, a dit l'homme. Pendant que l'un d'eux montait la garde, l'autre a tiré le coup de grâce. Ils sont ensuite retournés calmement à leur voiture. Dès qu'ils sont montés dedans, la voiture est repartie presque normalement. (...) Je pense qu'ils étaient très bien entraînés et ils savaient au centimètre près et à la seconde près ce qu'ils devaient faire.»

Huit journalistes - dont les caricaturistes Georges Wolinski, Jean Cabut (Cabu) et Bernard Verlhac (Tignous) -, un invité et deux policiers ont aussi été tués, a dit le procureur de Paris, François Mollins. On compte aussi parmi les victimes l'économiste Bernard Marin, qui était souvent vu et entendu dans les médias français.

«Hey! Nous avons vengé le prophète Mahomet. Nous avons tué Charlie Hebdo», a crié un des hommes, selon une vidéo filmée à partir d'un édifice voisin et diffusée à la télévision française.

D'autres images montrent deux hommes vêtus de noir et lourdement armés qui semblent ouvrir le feu en pleine rue. On entend au moins un cri d'«Allahu akbar!» (Dieu est grand) à travers les tirs.

Les hommes ont abandonné leur voiture à la porte de Pantin, dans le nord de la capitale française, et ont pris la fuite.

La caricaturiste qui a dû ouvrir la porte aux hommes, Corinne Rey, a dit qu'ils s'exprimaient parfaitement en français et qu'ils ont prétendu appartenir à Al-Qaïda. Elle a expliqué au quotidien L'Humanité que la fusillade avait duré environ cinq minutes et qu'elle s'était cachée sous un bureau.

Le groupe de sécurité Stratfor est aussi d'avis que les hommes étaient bien entraînés, «à en juger par la façon dont ils maniaient les armes, se déplaçaient et tiraient. Ces assaillants ont mené une attaque réussie, en utilisant ce qu'ils savaient faire, au lieu de mener une attaque au-delà de leurs compétences, ce qui aurait entraîné un échec».

Un témoin, Benoît Bringer, a raconté au réseau iTélé avoir vu plusieurs hommes munis d'armes automatiques faire irruption dans les locaux du quotidien, au coeur de Paris.

Les assaillants se sont ensuite rendus au deuxième étage, où ils ont ouvert le feu à l'aveuglette, a dit Christophe DeLoire, de Reporters sans frontières.

«C'est le jour le plus sombre de l'histoire de la presse française», a-t-il dit.

Les leaders de la planète, dont le président américain Barack Obama et la chancelière allemande Angela Merkel, ont condamné l'attaque, tandis que les partisans du groupe armé État islamique s'en réjouissaient en estimant qu'il s'agissait d'une vengeance bien méritée contre la France.

Le groupe État islamique menace depuis longtemps d'attaquer la France. Quelques minutes avant l'attentat, Charlie Hebdo avait lancé sur Twitter une caricature satirique du leader du groupe offrant ses meilleurs voeux pour la nouvelle année.

Ailleurs sur le Web, le mot-clic #JeSuisCharlie a été repris par ceux qui souhaitaient exprimer leur appui à l'hebdomadaire et à la liberté de presse.

Les locaux de Charlie Hebdo avaient été attaqués à la bombe incendiaire en 2011, après que la publication eut affiché une caricature du prophète Mahomet sur sa couverture.

Le suspect Chérif Kouachi, jihadiste bien connu de l'antiterrorisme français

Le Français Chérif Kouachi, 32 ans, recherché avec son frère Said, 34 ans, dans l'enquête sur l'attaque perpétrée contre le journal Charlie Hebdo, est un jihadiste bien connu des services antiterroristes français, condamné une première fois en 2008 pour avoir participé à une filière d'envoi de combattants en Irak.

Né le 28 novembre 1982 à Paris, de nationalité française, surnommé Abou Issen, Chérif Kouachi a fait partie de ce qui a été appelé «la filière des Buttes-Chaumont». Sous l'autorité d'un «émir», Farid Benyettou, cette filière permettait d'envoyer des jihadistes rejoindre en Irak les rangs de la branche irakienne d'Al-Qaïda, dirigée à l'époque par Abou Moussab al Zarkaoui.

Interpellé juste avant de s'envoler à destination de la Syrie, puis de l'Irak, il avait été jugé en 2008 et condamné à trois ans de prison, dont 18 mois avec sursis.

Deux ans plus tard, son nom a été cité dans un projet de tentative de faire évader de prison un islamiste, Smaïn Aït Ali Belkacem, ancien membre du Groupe islamique armé algérien (GIA), condamné en 2002 à la réclusion criminelle à perpétuité pour avoir commis un attentat dans une station de métro express régional à Paris (station Musée d'Orsay) en octobre 1995 (30 blessés).

Chérif Kouachi était notamment soupçonné d'être proche d'une autre figure de l'islam radical français, Djamel Beghal, qui a purgé dix ans de prison pour la préparation d'attentats. Chérif Kouachi est soupçonné d'avoir participé à des entrainements avec Djamel Beghal.

Après avoir été mis en examen (inculpé) dans cette affaire, il a toutefois bénéficié d'un non-lieu.

Complice présumé arrêté

Crâne rasé et ovale, bouc clairsemé sur la photographie diffusée dans la nuit de mercredi à jeudi par la police, Chérif Kouachi est susceptible d'être «armé et dangereux», tout comme son frère Said, né le 7 septembre 1980, également à Paris.

Ce dernier, lui aussi de nationalité française, apparaît sur l'appel à témoins les yeux marrons, de courts cheveux bruns et un collier de barbe peu fourni.

Les deux frères sont soupçonnés d'être les auteurs de la tuerie à Charlie Hebdo, qui a fait douze morts et 11 blessés mercredi en fin de matinée. La carte d'identité d'un des deux hommes avait été retrouvée dans une voiture abandonnée par les fuyards dans le nord-est de Paris.

Le complice présumé des deux frères, qui s'est rendu dans la nuit à la police dans le nord-est de la France, Mourad Hamyd, 18 ans, est le beau-frère de Chérif Kouachi. Il est soupçonné d'avoir aidé les tireurs. Un témoin avait fait état de la présence d'un troisième complice dans la voiture au moment de la fuite des agresseurs.

Il s'est rendu à la police de la ville de Charleville-Mézières «après avoir vu que son nom circulait sur les réseaux sociaux», a expliqué à l'AFP une source proche du dossier.

Des internautes se présentant comme ses camarades de classe avaient auparavant affirmé sur Twitter que Mourad Hamyd était en cours avec eux au lycée au moment de l'attaque, utilisant le mot-clé MouradHamydInnocent.  Avec AFP

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