Luka Rocco Magnotta condamné à la prison à vie

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Luka Rocco Magnotta

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La Presse Canadienne
Montréal

Luka Rocco Magnotta a été condamné à une peine de prison à vie sans possibilité de libération avant 25 ans pour le meurtre et le démembrement de l'étudiant chinois Jun Lin en mai 2012.

Plus tôt dans la journée de mardi, Magnotta avait été reconnu coupable de meurtre prémédité et des quatre autres chefs d'accusation auxquels il faisait face: outrage à un cadavre, production et distribution de matériel obscène, utilisation de la poste pour envoyer du matériel obscène et harcèlement criminel.

Pour les quatre autres accusations, Magnotta a reçu la peine maximale permise en vertu du Code criminel, allant de deux à 10 ans dans le cas de l'accusation de harcèlement.

La Couronne espérait l'imposition de la peine maximale, tandis que la défense s'en était remise à la discrétion du juge.

Magnotta n'a pas témoigné au cours de son procès et n'avait rien à dire avant l'annonce de la peine.

Les verdicts contre lui sont tombés mardi, au huitième jour de délibérations du jury, au palais de justice de Montréal.

Magnotta était accusé du meurtre prémédité de Jun Lin, mais le juge Guy Cournoyer avait donné aux jurés l'option de le reconnaître coupable de meurtre non prémédité ou d'homicide involontaire.

L'accusé avait admis avoir commis les crimes, mais avait plaidé non coupable à tous les chefs. Son avocat avait demandé au jury de reconnaître son client non criminellement responsable. Il affirmait que Magnotta était schizophrène et qu'il ne savait pas ce qu'il faisait lorsqu'il a tué Jun Lin.

Impassible

Magnotta est demeuré impassible, mardi, lorsque l'un des 12 jurés ayant décidé de son sort a prononcé le mot «coupable» après la lecture de chacun des chefs d'accusation - incluant celui de meurtre prémédité - qui pesaient contre lui en lien avec le démembrement de l'étudiant chinois Jun Lin.

«Pour un procureur de la Couronne, c'est toujours agréable d'entendre le jury prononcer le mot coupable à la fin d'un procès», a déclaré le procureur de la Couronne, Louis Bouthillier. «C'est une satisfaction qu'on ressent.»

M. Bouthillier a affirmé qu'il n'était pas surpris par la décision du jury. «On avait confiance que la preuve réussirait à les convaincre, alors on est bien contents du verdict», a-t-il déclaré.

La durée des délibérations - un peu plus de sept jours - n'a par ailleurs pas surpris Me Bouthillier, qui affirme qu'il s'attendait à des délibérations prolongées.

«Il y avait beaucoup de matière à examiner, 11 semaines de témoignages. Manifestement, (les jurés) ont dû travailler avec des questions juridiques fort complexes. J'aimerais saluer le travail des jurés, chacun a fait un travail remarquable», a-t-il dit.

Le juge Guy Cournoyer a également félicité les jurés, applaudissant leur patience, leur travail et le sérieux avec lequel ils se sont consacrés à leur tâche.

Déclaration du père de Jun Lin

Après l'énoncé des verdicts, un avocat a lu une déclaration du père de Jun Lin, Diran Lin, qui a assisté au procès dans une salle privée du palais de justice.

«J'étais venu voir votre système judiciaire pour voir la justice être faite, et je quitte satisfait de constater que vous n'avez pas abandonné mon fils», a lu Daniel Urbas dans une salle remplie d'émotions.

«J'étais venu pour apprendre ce qui est arrivé à mon fils ce soir-là, et je quitte sans avoir une réponse vraie et complète.»

«J'étais venu pour voir des remords, pour entendre des excuses, et je quitte sans rien.»

Les autres accusations contre Magnotta sont celles d'outrage à un cadavre, de production et distribution de matériel obscène, d'utilisation de la poste pour envoyer du matériel obscène et de harcèlement criminel.

Réaction du ministre MacKay

En début d'après-midi, le ministre fédéral de la Justice, Peter MacKay, a réagi au verdict par courriel.

«Nous exprimons notre reconnaissance au juge, aux représentants de la justice et aux jurés, qui ont travaillé diligemment pour en arriver à cette décision aujourd'hui. Il s'agissait d'une affaire horrible et complexe. Nous offrons nos plus sincères sympathies aux parents de la victime, qui ont perdu leur fils. La protection et la sécurité des Canadiens restent une priorité fondamentale pour notre gouvernement et nous sommes déterminés à défendre les droits des victimes», a-t-il déclaré.

Magnotta, âgé de 32 ans, avait reconnu avoir tué Jun Lin mais espérait être jugé non criminellement responsable pour cause de troubles mentaux. Des experts avaient en effet expliqué aux jurés que l'accusé se trouvait dans un état psychotique le soir du meurtre et qu'il ne pouvait pas distinguer le bien du mal.

La Couronne avançait pour sa part que le crime avait été planifié et que le comportement et les gestes de Magnotta ne correspondaient pas à ceux normalement associés à une personne en état de psychose.

La tâche du jury était donc de déterminer l'état d'esprit de Magnotta afin de juger si ses gestes étaient intentionnels, planifiés et délibérés.

L'affaire Magnotta a fait les manchettes un peu partout sur la planète en 2012, lorsque l'acteur porno méconnu, qui était très actif en ligne, s'est fait un nom après avoir été lié à un horrible crime dont une vidéo avait été publiée en ligne.

Une enquête avait été déclenchée après la découverte d'un torse humain dans un conteneur à ordures derrière un édifice à logements de Montréal, en mai 2012. Ensuite, des membres humains avaient commencé à faire surface un peu partout au Canada - d'abord dans un bureau politique fédéral à Ottawa et, ensuite, dans deux écoles en Colombie-Britannique.

Chasse à l'homme internationale

Alors que l'enquête avançait, les autorités avaient appris que Magnotta avait quitté le pays, ce qui avait déclenché une chasse à l'homme internationale. Interpol avait été impliqué dans l'enquête et Magnotta avait été arrêté sans incident le 4 juin, quelques jours après le meurtre de Lin, dans un café Internet de Berlin.

Il était rentré au Canada quelques semaines plus tard, escorté par plusieurs enquêteurs des crimes majeurs de Montréal, à bord d'un avion du gouvernement du Canada.

Son procès devant un jury bilingue s'est tenu à Montréal dans les derniers mois de 2014.

Chronologie des événements dans l'affaire Luka Rocco Magnotta

Voici une chronologie de toute l'affaire:

  • Juillet 2011: le jeune Chinois Jun Lin arrive à Montréal pour étudier l'informatique à l'université Concordia.
  • 24 mai 2012: Jun Lin est vu pour la dernière fois par des amis.
  • 26 mai: un avocat du Montana, Roger Renville, voit sur Internet ce qu'il croit être un film de meurtre en direct, dans lequel un homme ligoté est poignardé à mort puis démembré.
  • 27 mai: Me Renville prévient les autorités américaines et canadiennes, mais les policiers jugent qu'il s'agit d'une mise en scène.
  • 29 mai: la police montréalaise (SPVM) est appelée à un immeuble de logements de Côte-des-Neiges après la découverte, par le concierge, d'un torse humain dans une valise jetée aux ordures dans la ruelle. Le même jour, un pied humain est découvert dans un colis posté au bureau national du Parti conservateur à Ottawa, puis une main humaine dans un autre colis intercepté dans un centre de tri de Postes Canada et destiné au Parti libéral du Canada. Des amis de Jun Lin signalent sa disparition aux autorités.
  • 30 mai: le SPVM identifie Luka Rocco Magnotta comme principal suspect et émet un mandat d'arrestation national. Interpol l'ajoute à sa liste de personnes recherchées, mettant les forces policières de 190 pays sur le coup. Le SPVM trouve la vidéo sur Internet et tente vainement de la faire retirer.
  • 1er juin: le SPVM confirme que le torse découvert dans une valise est celui de Jun Lin, un étudiant chinois de 33 ans. Le mandat d'arrestation émis contre Magnotta inclut dorénavant l'accusation de meurtre prémédité. Il sera aussi accusé d'avoir menacé le premier ministre Stephen Harper, en raison de l'envoi postal du pied humain au Parti conservateur.
  • 2 juin: la police française mène des «recherches ciblées».
  • 3 juin: des médias français rapportent que Magnotta a séjourné dans un hôtel modeste à Paris, et que la police vérifie des informations selon lesquelles deux personnes l'auraient vu. L'ambassade chinoise à Ottawa avise ses ressortissants d'être prudents lors de leurs déplacements au Canada.
  • 4 juin: reconnu par un citoyen, Magnotta est arrêté, sans offrir de résistance, par des policiers allemands dans un cybercafé de Berlin. Il devra faire face au Canada à des accusations de meurtre prémédité, d'outrage à un cadavre, d'utilisation de la poste pour envoyer du matériel obscène, et de harcèlement criminel (du premier ministre Harper et de plusieurs députés fédéraux non identifiés).
  • 5 juin: l'autre main et l'autre pied de Jun Lin sont découverts dans des colis postés à deux écoles de Vancouver. À Berlin, Magnotta annonce qu'il ne contestera pas son extradition. La famille de Jun Lin arrive à Montréal.
  • 18 juin: Magnotta arrive à Mirabel en soirée, à bord d'un avion militaire canadien, sous forte escorte policière, selon des images fournies par le SPVM.
  • 19 juin: Magnotta plaide non coupable, par vidéoconférence, à cinq accusations formelles: meurtre prémédité, outrage à un cadavre, production et distribution de matériel obscène, utilisation de la poste pour envoyer du matériel obscène, et harcèlement criminel.
  • 21 juin: Magnotta comparaît pour la première fois en personne lors d'une audience pour déterminer la suite des procédures. Il sera représenté par l'avocat torontois Luc Leclair.
  • 1er juillet: grâce à «une information», les policiers retrouvent de nouveaux restes humains de la victime dans un parc du sud-ouest de Montréal.
  • 4 juillet: la police confirme que c'est la tête de Jun Lin que l'on a retrouvée trois jours plus tôt.
  • 11 mars 2013: début de l'enquête préliminaire de Magnotta, au palais de justice de Montréal. Comme on le voit souvent, une ordonnance de non-publication empêche de rapporter la teneur des audiences, mais les avocats de Magnotta ne peuvent interdire la présence du public et des médias.
  • 12 mars: le père de Jun Lin, Diran, quitte la salle d'audiences en larmes après avoir entendu des éléments de preuve, qu'on ne peut rapporter. Des membres de la famille de la victime sont venus de Chine pour l'enquête préliminaire.
  • 19 mars: Magnotta s'effondre au tribunal pendant que la Couronne présente des preuves. Menottes aux poignets, il tombe sur le côté et se blottit en position foetale.
  • 12 avril: la juge Lori Renée Weitzman, de la Cour du Québec, ordonne que Magnotta subisse son procès pour les cinq accusations, dont celle de meurtre prémédité.
  • 29 avril: la cour fixe au 15 septembre 2014 le début du procès.
  • 13 novembre: Magnotta plaide à nouveau non coupable.
  • 7 février 2014: le juge Guy Cournoyer, de la Cour supérieure, accepte que des témoins soient entendus en France et en Allemagne.
  • 21 juillet: le juge refuse d'émettre une ordonnance de non-publication sur l'ensemble de la preuve.
  • 8 septembre: début de la sélection des jurés en vue du procès.
  • 19 septembre: le jury est complété, après huit jours.
  • 29 septembre: à l'ouverture du procès, l'avocat de la défense, Luc Leclair, annonce que Magnotta admet sa culpabilité pour les cinq accusations, mais qu'il plaidera la non-responsabilité criminelle pour cause de maladie mentale.
  • 31 octobre: le procureur de la Couronne, Louis Bouthillier, clôt sa preuve, après avoir appelé 48 témoins à la barre.
  • 25 novembre: la défense appelle son 12e et dernier témoin.
  • 4 décembre: les jurés entendent six derniers témoins en contre-preuve.
  • 10 décembre: dans sa plaidoirie finale, Me Leclair demande aux jurés de reconnaître Magnotta non criminellement responsable des crimes, et de ne pas se laisser s'embourber dans les témoignages contradictoires des experts - «la folie, c'est la folie».
  • 11 décembre: dans sa plaidoirie finale, Me Bouthillier demande aux jurés de ne pas retenir la non-responsabilité criminelle pour cause de maladie mentale, car l'accusé était «déterminé, sain d'esprit, extrêmement bien organisé, et finalement responsable de ses actes».
  • 15 décembre: le juge Cournoyer livre ses dernières directives aux jurés, qui devront maintenant parvenir à une décision unanime sur les cinq chefs d'accusation et la responsabilité criminelle de Magnotta.
  • 16 décembre: le jury commence à délibérer.
  • 23 décembre: à leur huitième jour de délibérations, les jurés reconnaissent Magnotta coupable des cinq chefs d'accusation qui pesaient contre lui.

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