Procès Écrevisse: des peines de 17 à 23 ans d'incarcération

De gauche à droite: Yves Denis, Serge Pomerleau... (Archives La Presse Canadienne)

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De gauche à droite: Yves Denis, Serge Pomerleau et Denis Lefebvre

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(Québec) Les trois trafiquants de drogue rendus célèbres par leur évasion en hélicoptère à la prison d'Orsainville ont écopé de peines d'emprisonnement allant jusqu'à 30 ans, en plus de recevoir des amendes grimpant à 3,2 millions $.

Yves Denis, 35 ans, Denis Lefebvre, 53 ans, et Serge «Pom-Pom» Pomerleau, 50 ans, avaient deux rendez-vous avec la justice vendredi. En matinée, ils ont d'abord écouté, tête baissée, leurs sentences prononcées par le juge Louis Dionne dans le cadre de leurs procédures pour trafic de stupéfiants, complot et gangstérisme, soit le procès Écrevisse.

Pomerleau, chef d'orchestre du réseau actif dans la région de Val-d'Or et ailleurs au Québec entre 2007 et 2010, a été le plus sévèrement puni, condamné à 22 ans d'emprisonnement et à une amende de 3,2 millions $. Protégé par la hiérarchie de la cellule, Pom-Pom tirait les ficelles et s'était entendu avec les Hells Angels pour conserver «l'hégémonie totale» sur son territoire abitibien, moyennant une cote versée aux motards criminalisés.

Son bras droit, Denis Lefebvre, a écopé de 20 ans et d'une amende de 1,3 million $. Les deux hommes ont cinq ans pour payer les faramineuses sommes, sans quoi ils se verront respectivement ajouter sept et cinq ans à leur détention.

Yves Denis, dont le statut était «moins important» dans la cellule criminelle, purgera 16 ans derrière les barreaux.

Le juge Louis Dionne a tenu compte de l'ampleur du réseau et du volume de drogue écoulé par les trafiquants. La Couronne, menée par Me Antoine Piché, avait estimé devant le tribunal qu'à elle seule, la vente de 642 kilos de cocaïne par le réseau, en quatre ans, avait généré des recettes entre 48 à 64 millions $. Du cannabis, des drogues de synthèse, du viagra et diverses autres substances faisaient aussi partie de l'offre des trafiquants.

Évasion

Les trois détenus regretteront peut-être leur spectaculaire évasion du Centre de détention de Québec, le 7 juin dernier. Le juge Louis Dionne a abondamment fait référence à leur coup d'éclat dans son préambule. Selon lui, en faisant faux bond à la justice, ils ont fait comprendre «que l'organisation a encore d'énormes moyens», et des contacts à l'extérieur des murs de la prison. L'évasion était pour lui «une démonstration frappante» que les trois trafiquants souhaitaient «fuir toute responsabilité criminelle».

En après-midi, les ex-fugitifs ont plaidé coupables à une accusation d'évasion de garde légale, leur ajoutant un an de pénitencier supplémentaire. À noter que le procès pour évasion était séparé du procès Écrevisse, bien qu'ils soient intimement liés. Jean-Louis Lemay, juge de la Cour du Québec, a indiqué que les 365 jours de détention liés à l'évasion devraient être purgés consécutivement à toute autre peine.

En comptant les 16 à 22 ans pour trafic de stupéfiants reçus en matinée, les gangsters abitibiens ont donc écopé, pour l'ensemble de leur oeuvre, d'un total de 17 à 23 ans. Pour Pomerleau, le pire des scénarios, qui surviendrait s'il n'était pas en mesure de payer son amende, le confinerait à 30 ans de pénitencier.

Effets dissuasifs

La Couronne est sortie gagnante sur toute la ligne du procès-fleuve Écrevisse, échelonné du 14 avril au 7 octobre 2014.

Alors que les avocats de la défense réclamaient entre cinq et huit ans de détention, le représentant du Ministère public, Me Antoine Piché, espérait des peines historiques. «Je pense que dans la jurisprudence, ça va demeurer parmi les peines les plus sérieuses, mais je pense que les faits le commandaient», a-t-il commenté hier.

L'avocat a soulevé le caractère dissuasif et relativement nouveau des amendes imposées à deux des trois accusés. «Pour plusieurs, le jeu en valait la chandelle: de faire de la prison, mais de conserver l'ensemble des acquis qui proviennent du trafic de stupéfiants. [...] Pour des jeunes qui seraient intéressés à s'impliquer de façon importante dans le trafic de stupéfiants, si tu te rends compte qu'à 50 ans la majorité des avoirs qui proviennent du trafic de stupéfiants sont saisis et que tu fais face à des peines d'emprisonnement de cette envergure-là, tu vas peut-être choisir d'occuper un emploi et de te construire une vie différemment.»

Me Rodrigue Beauchesne, avocat d'Yves Denis, a déjà indiqué qu'il porterait le verdict et la peine en appel, tout comme ses collègues.

Le procès en chiffres et en dates

  • 100 témoins entendus
  • 1000 enregistrements électroniques entendus
  • 4 témoins experts
  • 1 évasion
  • Plus de 250 000 $ en sécurité

***

  • 6 octobre 2010: Serge Pomerleau, Denis Lefebvre et Yves Denis sont arrêtés en Abitibi dans le cadre d'une vaste frappe policière de la Sûreté du Québec, baptisée Opération Écrevisse.
  • 17 février 2014: lors d'une audience à Val-d'Or, un juge ordonne que le procès pour trafic de stupéfiants soit déplacé dans le district de Québec.
  • 14 avril 2014: le procès débute au palaisde justice de Québec.
  • 7 juin 2014: les trois hommes s'évadent en hélicoptère du Centre de détention de Québec
  • 22 juin 2014: les fugitifs sont arrêtés dans un condo à Montréal. Ils sont immédiatement ramenés à la prison d'Orsainville et se voient imposer des conditions de détention plus sévères.
  • 9 octobre 2014: les 12 jurés les déclarent coupables de complot, de trafic de stupéfiants et de gangstérisme.
  • 19 décembre 2014: le juge Louis Dionne prononce sa sentence.

Les images de l'évasion

Le mystère plane toujours sur l'évasion en hélicoptère

En plaidant coupables à une accusation d'évasion de garde légale, vendredi après-midi, Yves Denis, Denis Lefebvre et Serge Pomerleau ont coupé court aux procédures judiciaires en lien avec leur fuite en hélicoptère.

Curieux et journalistes ne pourront donc pas connaître - du moins dans ce contexte - les dessous de l'opération planifiée dès 2011 par les trois hommes. La Sûreté du Québec a cependant confirmé au Soleil qu'une enquête était toujours active dans ce dossier. Le soir du 7 juin, un hélicoptère s'est posé dans une cour extérieure du Centre de détention de Québec pour y cueillir les écrevisses. Qui pilotait l'appareil? Qui a pu faciliter leur évasion? Ces questions demeurent sans réponses claires.

Les trois mousquetaires n'en ont pas encore fini avec la justice. En janvier 2016, ils subiront un nouveau procès, cette fois à Montréal. Denis Lefebvre et Yves Denis sont accusés de complot pour l'homicide involontaire de Kevin Walter, à Rouyn-Noranda.

Les trois évadés sont en plus accusés de complot pour meurtre et du meurtre de Johnny Coutu, un ancien notaire proche du monde interlope. Les mêmes accusations s'appliquent concernant la mort de Benoît Denis, demi-frère d'Yves Denis.

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