Tragédie de L'Isle-Verte : l'incendie a pris naissance dans la cuisine

Le témoignage du préposé de nuit, Bruno Bélanger,... (Collaboration spéciale, Johanne Fournier)

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Le témoignage du préposé de nuit, Bruno Bélanger, ne tient plus depuis que les experts ont prouvé que l'incendie ne pouvait pas provenir de la chambre 208, comme il l'a toujours soutenu.

Collaboration spéciale, Johanne Fournier

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Johanne Fournier

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Rivière-du-Loup) Si les enquêteurs ont pu prouver, hors de tout doute, la provenance de l'incendie qui a détruit la Résidence du Havre dans la funeste nuit du 23 janvier à L'Isle-Verte, ils ne peuvent cependant pas établir la cause.

«On ne pourra jamais déterminer, de façon explicite et sans équivoque, la cause exacte de cet incendie», a admis, en entrevue, la procureure mandatée par le bureau du coroner, Me Marie Cossette. 

Par contre, il est clair, pour les experts qui ont enquêté sur les circonstances de l'événement tragique qui a fauché la vie de 32 aînés, que le foyer d'incendie provenait de la cuisine du bâtiment et non de la chambre 208 située au-dessus, comme ont toujours soutenu le préposé de nuit, Bruno Bélanger, ainsi que les deux copropriétaires, Irène Plante et Roch Bernier.

Le policier de la Sûreté du Québec, Carol De Champlain, est arrivé sur les lieux du sinistre vers 4h du matin, le 23 janvier. L'expert, qui a enquêté sur 114 scènes d'incendie, a procédé à un examen détaillé de l'état des lieux et des éléments en place. Il a, avec son équipe, reconstitué la scène. 

Il a également analysé une bonne quantité de photos et de vidéos, dont celles réalisées par certains témoins dans les premières minutes où l'incendie s'est déclaré. D'ailleurs, une des photos fournies par Nathalie Paquin Tanguay a été déterminante aux fins de l'enquête. «Les flammes sortent nettement du rez-de-chaussée, a démontré M. De Champlain en pointant la zone sur la photo. S'il y a une lueur au-dessus, qui est la chambre 208, c'est parce que le feu était à progression ascensionnelle, avec une propagation horizontale. Le vent a joué un très grand rôle.» 

Un ingénieur en électricité de Laval, Clément Caron, qui a eu à intervenir sur 1500 scènes d'incendie au cours de ses 25 ans de carrière, en est venu à la même conclusion. 

Le gardien de nuit inflexible

La huitième journée d'enquête tenue au palais de justice de Rivière-du-Loup a ouvert, jeudi, avec la suite du témoignage du préposé de nuit Bruno Bélanger. Celui-ci a continué à dire que le feu avait pris naissance dans la chambre 208, qui était occupée par Paul-Étienne Michaud. L'employé soupçonne que ce résident, qui a été emporté par le brasier, aurait provoqué l'incendie en allumant une cigarette. Malgré le fait que les procureurs et le coroner, Me Cyrille Delâge, aient mis en doute la véracité de ses déclarations, il est demeuré inflexible sur sa version des faits qui ne correspond d'ailleurs pas avec celle qu'il a livrée aux policiers quelques heures après le tragique événement. 

L'enquête publique s'est terminée par le témoignage d'un autre enquêteur de la Sûreté du Québec, André Roussy. Celui-ci a passé en revue toutes les victimes et la façon dont elles ont pu être identifiées. Leur identité a pu être certifiée, pour plusieurs, grâce à leur fiche dentaire. Pour d'autres, cela a été possible à partir de leurs prothèses de hanches ou de genoux. Dans les situations où il ne restait que des restes humains, l'identité a été déterminée par l'ADN.

Des questions sans réponse

Même si l'enquête publique aura permis de faire la lumière et de mieux comprendre certains faits qui se sont tramés lors de la funeste nuit du 23 janvier à la Résidence du Havre, quelques questions demeurent néanmoins sans réponse :

Quelle est la cause de l'incendie?

Qui a ouvert la porte principale quelques minutes après le déclenchement de l'alarme, après quoi cette même porte est restée verrouillée?

Pourquoi le préposé de nuit Bruno Bélanger ainsi que les deux copropriétaires de l'établissement, Irène Plante et Roch Bernier, réfutent la preuve des enquêteurs?

Pourquoi Bruno Bélanger a-t-il livré un témoignage contradictoire par rapport à la déposition qu'il avait faite aux policiers?

Pourquoi Bruno Bélanger a refusé de se soumettre au test du polygraphe?

Pourquoi Bruno Bélanger n'a-t-il jamais appelé le central 9-1-1?

Pourquoi Bruno Bélanger n'a-t-il pas tenté de réveiller des résidents en passant devant leur chambre?

Un résident plaide pour le dépôt d'accusations criminelles

Jean-Paul Lévesque, un résident de L'Isle-Verte qui a perdu son beau-père, Claude Fraser, connaissait les 32 victimes du drame qui s'est joué dans sa municipalité la nuit du 23 janvier. L'homme ressent beaucoup de colère depuis qu'il a entendu les témoignages du préposé de nuit Bruno Bélanger, ainsi que celui des deux copropriétaires de la Résidence du Havre. 

L'homme espère même que des accusations criminelles soient déposées contre l'employé et les deux copropriétaires, Irène Plante et Roch Bernier.

«D'après moi, ils ont suffisamment d'éléments pour porter des accusations criminelles, croit-il. C'est ce que je souhaite, que les coupables soient punis.» M. Lévesque estime toutefois que si Bruno Bélanger sait des choses qu'il n'a pas dites, c'est lui qui aura à vivre avec ses remords. «C'est déjà une punition, interprète-t-il. Je croyais, à un moment donné, qu'il aurait craqué. Mais c'est pas arrivé.»

L'homme a assisté à toutes les audiences qui se sont étalées sur les huit jours qu'a duré l'enquête. Il soutient que cela lui a procuré un très grand bien. M. Lévesque accorde toute la crédibilité aux preuves de l'enquête policière qui a conclu que l'origine du feu provenait de la cuisine et non de la chambre 208, qui était occupée par Paul-Étienne Michaud, décédé dans l'incendie.

«D'après moi, tout ce qu'il [Bruno Bélanger] a dit à la commission, c'est un bateau qu'il s'est monté avec Mme Plante et M. Bernier. Il n'a même pas porté assistance. Il aurait pu en sauver quelques-uns! Tous ceux qui se sont vus mourir, ça me choque!»

Selon M. Lévesque, le préposé de la Résidence du Havre a des choses à cacher et il a voulu se protéger. «Il a passé ça sur le dos à M. Michaud, se désole-t-il. Ça passe pas, son histoire! Il s'est trouvé une raison pour rendre M. Michaud coupable, vu qu'il fumait une cigarette de temps en temps. Il est pas là pour se défendre!»

Jean-Paul Lévesque en a aussi gros sur le coeur depuis qu'il a entendu les témoignages des pompiers de sa municipalité, particulièrement celui du chef Yvan Charron. «Les gens de L'Isle-Verte n'ont plus de sympathie pour eux», observe-t-il.  

L'enquête publique terminée

Après avoir fait défiler près de 60 témoins, l'enquête publique sur l'incendie mortel de L'Isle-Verte a pris fin jeudi après-midi, au terme de huit jours d'audiences au palais de justice de Rivière-du-Loup. Présidé par Me Cyrille Delâge, assisté de Me Marie Cossette, l'événement aura fait souvent l'objet de salles combles. Le président de la commission d'enquête a tenu à remercier Me Cossette pour sa patience. «Elle m'a peut-être trouvé dur par endroits», a-t-il laissé tomber. Il a également salué la collaboration exemplaire de tous ceux qui ont participé à l'enquête. Avant de quitter la salle, le coroner de 79 ans a été chaudement applaudi. Il a été impossible de connaître la date approximative de dépôt de son rapport. «Il n'y a pas de délai prévu par la loi, a précisé Me Cossette. Mais on va se fier sur sa fidélité et sa crédibilité pour que ce soit fait avec diligence.»  

La mairesse fait toujours confiance aux pompiers

Le témoignage accablant de ses pompiers et les commentaires de réprobation exprimés par le coroner à l'endroit du chef Yvan Charron n'ont pas ébranlé la confiance de la mairesse de L'Isle-Verte, Ursule Thériault. «Je crois que le chef Charron est un très bon chef», a-t-elle dit. L'élue a qualifié les deux derniers jours d'éprouvants, particulièrement pour les familles des victimes, surtout à la suite des témoignages du préposé de nuit Bruno Bélanger, ainsi que des deux copropriétaires, Irène Plante et Roch Bernier, qui ont continué à soutenir que le feu provenait de la chambre d'un résident, alors que l'enquête a démontré que les flammes ont pris naissance dans la cuisine. Elle n'a pas voulu faire de commentaires sur les témoignages contradictoires de ces derniers témoins. «Cette commission d'enquête était un passage obligé, estime-t-elle. Elle nous aura permis de voir que c'est un ensemble d'éléments et de facteurs. Ce sera au commissaire à tirer ses conclusions.» Selon elle, l'attention n'est pas dirigée uniquement sur ses pompiers.

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