Tragédie de L'Isle-Verte: le préposé de nuit inapte à évacuer les résidents

Le préposé de nuit de la Résidence du... (Photo collaboration spéciale Johanne Fournier)

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Le préposé de nuit de la Résidence du Havre, Bruno Bélanger, a demandé d'être escorté par un agent de sécurité jusqu'à l'extérieur du palais de justice, par crainte de représailles de la part des membres des familles des victimes de l'incendie.

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Johanne Fournier

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Rivière-du-Loup) La septième journée d'audiences de l'enquête publique sur la tragédie de L'Isle-Verte, qui a repris mercredi, aura été éprouvante pour un témoin fort attendu: le préposé de nuit, Bruno Bélanger, qui était de garde dans la nuit du 23 janvier au cours de laquelle 32 bénéficiaires de la Résidence du Havre ont péri dans un incendie.

L'homme de 57 ans a livré un témoignage truffé de contradictions et de confusion qui a suscité de l'impatience de la part du coroner et de son adjointe. À un certain moment, il a même été chahuté par l'assistance.

Ses propos ont provoqué une telle grogne de la part de plusieurs personnes, dont des membres des familles des victimes, qu'il a dû être escorté par un agent de sécurité jusqu'à l'extérieur du palais de justice de Rivière-du-Loup.

Bruno Bélanger n'avait jamais participé aux exercices d'évacuation. Par contre, il connaissait le protocole d'urgence qui prévoyait, en priorité, avertir la copropriétaire des lieux, Irène Plante, avec qui il a admis entretenir une relation amoureuse.

D'ailleurs, lorsque l'alarme d'incendie a retenti, il a tenté de l'appeler, mais le téléphone ne fonctionnait pas. Il s'est donc dirigé vers ses appartements. Me Marie Cossette lui a alors énuméré toutes les chambres devant lesquelles il est passé. «Vous n'avez pas crié ou cogné dans ces portes-là pour essayer de réveiller les gens...», a-t-elle laissé tomber d'un air dépassé. «Non», a répondu l'homme. «Pourquoi?» a-t-elle alors enchaîné. «Protocole», s'est-il résolu à répondre, avant que les réactions de désapprobation de la salle se fassent entendre. Il a mentionné avoir essayé d'aller sauver quelqu'un, mais qu'il a dû rebrousser chemin. «Je voulais essayer de sauver du monde, mais je savais pas comment», a-t-il admis.

Lors de l'audience, il a déclaré de nouveaux éléments. Il a notamment mentionné que, lors du déclenchement de l'alarme, il a pris le temps d'aller fermer la porte de la cuisine. C'est à ce moment que le coroner a explosé. «Vous me prenez pour qui?» lui a lancé Me Cyrille Delâge. «Ce serait pas parce que le feu était dans la cuisine?» Le coroner l'a d'ailleurs informé qu'aujourd'hui, les policiers déposeront la preuve que le foyer d'incendie provenait de la cuisine.

Un peu plus tôt, Bruno Bélanger a raconté qu'un résident, Paul-Étienne Michaud, avait voulu sortir dehors pour fumer, mais qu'il l'en avait dissuadé. L'employé a alors présumé que l'homme avait allumé une cigarette dans sa chambre, ce qui aurait ainsi provoqué l'incendie.

***

Critiques du coroner contre Bruno Bélanger

• Il n'a jamais participé aux exercices d'évacuation.

• Son témoignage est truffé de contradictions.

• Il est passé devant plusieurs chambres sans réveiller leurs occupants.

• Plusieurs de ses affirmations sont remises en doute.

• Il a refusé de se soumettre au test du polygraphe.

• Il n'a jamais pensé déverrouiller le loquet de la porte principale.

• Il n'a jamais utilisé un extincteur alors qu'il en avait vendus pendant 15 ans.

***

Contradictions en série

Bruno Bélanger a contredit d'un bout à l'autre les déclarations qu'il a faites aux policiers, à qui il a refusé de se soumettre au test du polygraphe. «Lors de l'interrogatoire de l'enquêteur de la police, j'étais encore traumatisé. Je me suis senti attaqué. Si j'ai dit ça, c'est l'énervement. J'étais sur les nerfs.» Il a raconté s'être senti intimidé par les policiers. «Vous avez été brassé par la Sûreté du Québec?, a continué Me Cossette. Vous vous êtes senti maltraité?» «Oui, madame», lui a-t-il répondu.  «J'étais pas en état à ce moment-là», a-t-il dit pour expliquer ses contradictions. «Il y a des mots qui sont pas ceux que j'ai dits. C'est ceux du policier.» Un peu plus loin, il ajoutera, d'un ton colérique : «On est arrivés à l'hôpital pour m'interroger. J'avais un masque à oxygène dans le front. Ce que j'ai dit, je l'ai pas inventé, mais c'est pas tout à fait vrai.»

Témoignages nébuleux des deux copropriétaires

Les deux copropriétaires de la Résidence du Havre, Irène Plante et Roch Bernier, ont livré un témoignage parfois nébuleux et difficile à suivre.

Les deux patrons ont confirmé n'avoir jamais exigé de leur employé, Bruno Bélanger, qu'il participe aux exercices d'évacuation. «Pourquoi?» a alors demandé la coroner adjointe, Me Marie Cossette. «C'est parce que ça se passait de jour et qu'il travaillait de nuit, a prétexté Roch Bernier. La raison n'est peut-être pas bonne, mais c'est comme ça.»

Divergence autour du téléphone

L'autre copropriétaire, Irène Plante, a affirmé que même si elle entretenait une relation de couple avec son employé, il ne bénéficiait pas de privilèges particuliers. Le récit de la femme, qui vivait dans le bâtiment, s'est résumé à bien peu de mots. De ses appartements, elle ne pouvait pas entendre l'alarme d'incendie. Par contre, lors de la nuit tragique, elle a entendu les quatre portes coupe-feu se fermer l'une après l'autre. Auparavant, elle affirme que son téléphone avait sonné. Cette version contredit celle de Bruno Bélanger, qui a dit que le téléphone ne fonctionnait pas.

«Bruno Bélanger est venu cogner à ma porte, raconte-t-elle. Il était paniqué. Il avait le visage noir. Il m'a dit que le feu venait de la chambre de M. Paul-Étienne Michaud.» Elle s'est dirigée vers la cuisine, mais c'était noir de fumée. Après être sortie de la résidence, elle dit avoir voulu retourner à l'intérieur, mais qu'elle n'a pas pu.

Lors de son appel au 9-1-1, elle a affirmé que les résidents étaient coincés à l'intérieur et qu'elle n'avait pas la clé de la porte principale. Pourtant, elle avait la clé sur elle. Elle croit que c'est la panique qui lui a fait dire le contraire. Cette déclaration ne concorde pas non plus avec celle de Roch Bernier, qui a dit qu'une fois arrivé sur les lieux de l'incendie, il lui avait été impossible de déverrouiller la porte d'en avant puisque les deux clés étaient dans son bureau.

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