Enquête sur la tragédie de L'Isle-Verte: douloureux souvenirs

Avant de sortir de la Résidence du Havre,... (Collaboration spéciale Johanne Fournier)

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Avant de sortir de la Résidence du Havre, Arnaud Côté a réussi à prendre sous son aile trois de ses voisines de chambre.

Collaboration spéciale Johanne Fournier

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Johanne Fournier

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Rivière-du-Loup) Moments pénibles mercredi pour Conrad Morin et Arnaud Côté, alors qu'ils ont dû revivre, du moins en souvenirs, la nuit d'horreur du 23 janvier à L'Isle-Verte. Ils ont eu la chance d'être épargnés, mais jamais ils ne pourront oublier que la Résidence du Havre est devenue, cette nuit-là, le tombeau de 32 des leurs. L'incendie meurtrier a d'ailleurs emporté la femme de M. Morin, Éva Saindon.

C'est la toux qui a sauvé Conrad Morin. «Ça m'a réveillé, est-il venu raconter dans le cadre de l'enquête publique sur cette tragédie. Il y avait de la fumée. J'entendais une femme crier.» L'homme de 89 ans s'est dirigé vers l'escalier pour tenter de rejoindre sa femme, qui était dans une autre section de la résidence. C'est en touchant à la poignée, qui était brûlante, qu'il a dû se faire à l'idée qu'il était trop tard.

Revenu à sa chambre, il a déchiré le plastique qui se trouvait autour de sa porte-fenêtre. «J'ai pris mes draps, je les ai attachés ensemble, j'ai enjambé le balcon et je me suis glissé en bas, raconte cet ancien pompier de 31 ans d'expérience. Mais ça a cassé. Je suis tombé sur la glace. J'ai perdu connaissance. Je me suis réveillé à l'hôpital.» M. Morin souffrait de sept fractures.

Arnaud Côté a été réveillé par l'alarme d'incendie. «Je suis sorti de ma chambre, se remémore l'homme de 84 ans. J'ai frappé à la porte de trois chambres pour réveiller les femmes. On s'est dirigés dans le garage à M. Bernier. J'ai pas vu les pompiers. Quand j'ai vu le brasier, je me suis demandé combien de morts ils sortiraient de là...»

Les premiers témoins

«C'était le free for all», est venu raconter un citoyen, Pascal Paquin, dont le témoignage a souvent été interrompu par des sanglots. L'homme est arrivé sur la scène vers 0h30, soit huit minutes après l'appel au central 9-1-1. Pendant qu'il tentait des manoeuvres de sauvetage, sa soeur filmait.

La vidéo de Nathalie Paquin-Tanguay démontre l'intensité du feu qui faisait rage. On y entend la détresse des victimes. Cette vidéo est d'ailleurs frappée d'une ordonnance de non-publication du son.

«J'ai eu le temps d'aller tester la porte, rapporte le passant en pleurant. Elle était barrée. Je suis allé aider le monsieur qui voulait sauver sa mère. Je suis redescendu. Il était temps que je redescende.»

La commissaire adjointe, Me Marie Cossette, lui demande : «Est-ce que vous avez réussi à faire des manoeuvres de sauvetage?» L'homme a du mal à répondre. «J'ai réussi à monter au deuxième étage pour essayer de sauver un monsieur», réussit-il à dire. Le silence qui suit témoigne de son impuissance. Pascal Paquin affirme que quand il a aperçu le premier pompier, il lui a semblé s'être écoulé une éternité. «Le pompier n'avait aucun masque à oxygène, s'étonne-t-il encore. Il était trop tard...»

Des employés qui ne savaient pas vraiment quoi faire

En clôture de la sixième journée de l'enquête publique sur l'incendie mortel de la Résidence du Havre, les témoignages de deux employés de l'établissement ont été troublants.

Diane Néron, qui a été préposée de nuit pendant 10 ans, n'a jamais participé à un exercice d'évacuation et a affirmé n'avoir jamais reçu de formation en ce sens. «Je savais qu'il y avait un plan d'incendie, je l'avais vu, a confirmé la femme de 66 ans. Mais je l'aurais pas trouvé. Je me souviens pas où il était.» «Auriez-vous su quoi faire en cas d'incendie?» lui demande alors le coroner Cyrille Delâge. «Non», répond-elle. Elle ajoute plus tard qu'elle aurait sûrement essayé d'évacuer des résidents par l'ascenseur «parce qu'avec l'escalier, ça aurait été trop long».

La nuit du drame, André-Jules Lévesque dormait chez le copropriétaire de la résidence pour personnes âgées, Roch Bernier. Le préposé aux bénéficiaires a accouru sur les lieux dans les minutes qui ont suivi le déclenchement de l'alarme. Même s'il dit avoir participé aux manoeuvres de sauvetage, M. Lévesque a davantage raconté ce qu'il a vu que ce qu'il a fait. «J'ai vu le toit s'enflammer comme un feu de paille, témoigne-t-il. J'entendais des gens comme un disque de vinyle qui n'est pas à la bonne vitesse.»

«La seule chose que j'ai retenue de mon cours de secouriste, c'est de reculer d'un pas avant de poser acte, a aussi déclaré M. Lévesque. C'est ce que j'ai fait.»

Les prochains témoignages seront cruciaux

Au moins une journée sera ajoutée à l'enquête publique sur l'incendie mortel de L'Isle-Verte afin d'entendre les témoignages très attendus des deux copropriétaires, Irène Plante et Roch Bernier, tout comme celui du préposé de nuit lors du drame, Bruno Bélanger. La commission d'enquête prendra fin avec les témoignages d'experts de la Sûreté du Québec. La reprise des audiences est prévue le 17 décembre dès 9h au palais de justice de Rivière-du-Loup

Vidéo: images inédites du début de l'incendie




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