Retour au calme à Ferguson après une nuit d'émeutes

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Jim Salter, David A. Lieb
Associated Press
Ferguson, Missouri

Les rues de la ville de Ferguson étaient plutôt calmes, mardi matin, au terme des violences qui ont éclaté quand un grand jury a décidé de ne déposer aucune accusation contre le policier blanc Darren Wilson, qui avait tué par balles un jeune Noir non armé en août.

Les trottoirs étaient jonchés de verre brisé et plusieurs commerces incendiés pendant la nuit fumaient encore. Un autre brûlait toujours et les pompiers avaient fort à faire.

La nuit a été le théâtre d'affrontements violents entre les manifestants et les forces de l'ordre. De nombreux commerces ont été pillés et plusieurs incendies allumés. Des coups de feu ont retenti, empêchant temporairement les pompiers de combattre les flammes.

Le chef de la police du comté de St. Louis, Jon Belmar, avait prévenu qu'à défaut de pouvoir compter sur 10 000 hommes, son agence serait incapable de s'opposer à ceux qui sont vraiment déterminés à tout casser. Près d'une centaine de personnes ont été arrêtées, notamment pour intrusion et cambriolage.

Les hôpitaux de la région rapportent avoir soigné 14 personnes blessées pendant les émeutes. La nature des blessures n'a pas été précisée.

La décision du grand jury a été annoncée par le procureur Bob McCulloch peu après 20h lundi, heure locale. Le policier Wilson ne fera donc l'objet d'aucune accusation en lien avec la mort de M. Brown, un incident qui avait ravivé de vives tensions raciales entre les Américains noirs et la police.

M. McCulloch a indiqué que le jury composé de neuf Blancs et trois Noirs s'est rencontré pendant 25 journées différentes réparties sur trois mois. Les jurés ont entendu 70 heures de témoignages provenant de 60 personnes, dont trois médecins légistes et des experts de domaines comme le sang, la toxicologie et les armes à feu.

Il a rappelé que ces jurés sont les seuls à avoir entendu tous les témoins et examiné tous les éléments de preuve. Il a ensuite assuré qu'ils se sont dévoués corps et âme à la tâche.

Le chef de la police, M. Belmar, dit avoir demandé à ses hommes de tout d'abord faire preuve de retenue et de se comporter comme s'il s'agissait d'un festival ou d'une partie de baseball. Mais la situation a rapidement «dégénéré» quand des manifestants ont commencé à piller des commerces et à incendier des voitures, dont au moins deux véhicules de la police.

Des policiers retranchés à l'intérieur de véhicules blindés ont alors eu recours à des gaz lacrymogènes pour disperser les foules.

Famille déçue

La famille de la victime, Michael Brown, s'est dite «profondément déçue que celui qui a tué [son] fils n'aura pas à faire face aux conséquences de son geste». Dans un communiqué publié peu après l'annonce de la décision, elle a prié ceux qui l'appuyaient de «manifester leur déception de façon à favoriser un changement positif», ajoutant que tout le monde devait travailler ensemble afin d'améliorer un système qui a permis cette décision. Comme elle l'avait fait précédemment, elle a demandé aux gens de demeurer pacifiques, affirmant que répondre à la violence par la violence «n'est pas une réaction appropriée».

La mère de Michael Brown, Lesley McSpadden, assise sur une automobile à l'extérieur, a fondu en larmes à l'annonce de la décision avant de crier sa peine. Elle a été éloignée des lieux par des proches. C'est à ce moment que les manifestants ont commencé à s'en prendre aux policiers, qu'ils ont notamment bombardé de tout ce qui leur tombait sous la main.

Le président des États-Unis, Barack Obama, a exhorté la population à demeurer calme et, si c'est le cas, à manifester leur déception ou leur colère de façon pacifique. Il a rappelé que le père de la victime avait demandé aux manifestants de respecter la décision du grand jury, quelle qu'elle soit.

M. McCulloch s'est adressé aux médias pendant 45 minutes. Il a notamment reproché aux journalistes leur appétit insatiable pour le moindre détail concernant cette affaire et la couverture médiatique incessante dont elle a fait l'objet.

Il a ensuite mentionné les récits erronés et contradictoires fournis par plusieurs témoins. Il n'est toutefois allé jusqu'à en accuser certains de parjure. «Je pense qu'ils croient vraiment avoir vu ce qu'ils pensent avoir vu, mais ce n'est pas le cas», a-t-il dit.

1000 pages de documents

Peu après l'annonce, les responsables ont rendu publiques plus de 1000 pages de documents consultés par le grand jury, y compris le témoignage de M. Wilson.

Ce dernier a raconté aux jurés avoir tout d'abord croisé M. Brown et un ami qui marchaient dans la rue. M. Brown l'aurait insulté quand il leur a demandé de plutôt circuler sur le trottoir. M. Wilson dit avoir à ce moment remarqué que M. Brown tenait une poignée de petits cigares et avoir fait le lien avec un vol commis dans un dépanneur quelques minutes plus tôt.

M. Wilson aurait ensuite appelé des renforts, avant de reculer son véhicule devant M. Brown et son ami. Il affirme que M. Brown l'a empêché de sortir de sa voiture et a commencé à le frapper.

«J'ai sorti mon arme, a dit M. Wilson aux jurés. J'ai dit: "Reculez ou bien je tire". Il [Brown] s'est immédiatement emparé de mon arme et il m'a dit: "Tu es trop peureux pour me tirer dessus".» M. Brown aurait ensuite retourné l'arme contre le policier et enfoncé le canon dans sa hanche.

Quand on lui a demandé pourquoi il avait ressenti le besoin de sortir son arme, M. Wilson a dit aux jurés qu'il craignait qu'un autre coup au visage «ne m'assomme ou pire encore».

M. Brown a pris la fuite et M. Wilson l'a poursuivi après que des coups de feu aient été tirés dans la voiture. M. Brown s'est éventuellement retourné vers le policier. Des témoins ont raconté que M. Brown a marché, titubé ou couru en direction de M. Wilson avant d'être abattu, a dit M. McCulloch.

On ne sait pas non plus avec certitude si les mains de M. Brown étaient levées ou non. Son corps est tombé à environ 45 mètres du policier.

Ailleurs aux États-Unis

Des milliers d'autres personnes ont manifesté, essentiellement pacifiquement, à travers les États-Unis lundi soir en réaction à la décision du grand jury.

Aux États-Unis, c'est un grand jury, et non le bureau du procureur du district, qui décide si la preuve est suffisante pour porter des accusations et citer un individu à procès. Le grand jury ne se prononce donc pas sur la culpabilité du prévenu, qui devra être déterminée plus tard par un autre jury, lors du procès.

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