Lévis, la ville de plus de 100 000 habitants la plus sûre

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«Le fait que les gens travaillent a, selon moi, un impact positif important sur un taux de criminalité faible», avance le maire de Lévis, Gilles Lehouillier.

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Matthieu Boivin
Le Soleil

(Québec) Le portrait de la criminalité réalisé par La Presse place Lévis comme la ville la plus sûre parmi les cités de plus de 100 000 habitants.

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Le maire de Lévis, Gilles Lehouillier

Le Soleil, Yan Doublet

En entrevue avec Le Soleil, le maire Gilles Lehouillier a expliqué que, selon lui, différents facteurs expliquent ce bilan enviable, dont la bonne performance de la municipalité au chapitre de l'emploi et la forte présence des organismes communautaires.

«Lévis, c'est la ville du plein emploi», a-t-il indiqué, lors d'un court entretien téléphonique. «Il s'est créé ici 1000 emplois par année depuis 10 ans. Ça fait 10 000 jobs! Le fait que les gens travaillent a, selon moi, un impact positif important sur un taux de criminalité faible.»

De plus, croit-il, les organismes communautaires travaillent étroitement avec les policiers de Lévis. Quand des citoyens font face à des défis importants, dont la pauvreté ou la dépendance aux drogues et à l'alcool, les policiers peuvent les référer au bon organisme communautaire afin d'obtenir de l'aide.

«Les estimations qu'on a, c'est qu'il y aurait entre 10 000 et 12 000 bénévoles à Lévis, ajoute M. Lehouillier. Ce sont tous des gens qui sont là pour aider leur prochain. Même si Lévis progresse de façon importante en terme de population, il n'en demeure pas moins que nous demeurons une communauté tissée serrée. L'entraide est une valeur importante à Lévis.»

Le maire estime que les policiers de la Ville sont aussi responsables de ce bon bilan. «Nous avons un excellent corps de police à Lévis.»

Le classement de la criminalité de La Presse nous apprend aussi que la MRC de L'Île-d'Orléans est l'endroit le plus sûr de la province, quand on compare toutes les localités du Québec, peu importe leur superficie ou la grosseur de la population. Ce territoire loge au dernier rang des villes les plus criminalisées, sur un total de 115 villes ou MRC comptabilisées pour cet exercice.

La municipalité la plus sûre est Sainte-Marie-de-Beauce, alors qu'elle se classe en 110e position de ce même classement.

***

Pour voir le palmarès: cliquez ici

Pour lire le texte de La Presse: cliquez ici

Une démarche exhaustive

Quelles sont les municipalités et les villes du Québec où les gens risquent le plus d'être victimes d'un crime grave? La Presse a voulu le savoir.

Mais comment faire pour comparer la criminalité entre des villes ou des quartiers qui sont complètement différents les uns des autres?

Jusqu'à présent, la plupart des médias et des analystes de la criminalité utilisaient le taux de criminalité, soit le nombre de crimes commis par tranche de 1000 habitants. Mais cet indice n'est pas suffisant à lui seul pour dresser un portrait complet des phénomènes criminels.

D'abord, il ne tient pas compte de la population flottante d'une région, soit les gens qui n'y vivent pas, mais qui y séjournent pour le travail, les loisirs ou toutes sortes d'autres motifs, et qui peuvent y commettre un crime ou en être victime - donc entrer dans les statistiques.

Ensuite, le taux de criminalité ne prend pas en considération la gravité des crimes perpétrés. Par exemple, une petite ville aux prises avec un très grand nombre de vols à l'étalage pourrait paraître plus dangereuse qu'une grande ville où des incidents graves comme des tentatives de meurtre ou des agressions armées se multiplient.

Pour pallier ces lacunes et parvenir à un palmarès plus fidèle à la réalité, La Presse a fait appel aux services du chercheur en criminologie et professeur à l'Université de Montréal Rémi Boivin.

«L'analyse de la criminalité, dit-il, doit traiter d'au moins deux dimensions : le volume et la gravité des infractions. Il est démontré qu'un taux de criminalité élevé ne signifie pas nécessairement un niveau de gravité élevé, et vice versa. L'analyse des données policières sous l'angle de la gravité offre une vision plus complète du phénomène de la criminalité.»

Le chercheur a élaboré une méthode qui permet de mieux comparer le risque pour une personne d'être victime d'un crime grave d'une ville à une autre. Il a analysé pour nous les statistiques de criminalité de 29 des 30 corps de police municipaux de la province et des 86 postes de la Sûreté du Québec pour 2013. Quant aux corps policiers autochtones, ils ne participent pas tous au programme canadien de déclaration uniforme de la criminalité. Ils sont donc exclus de notre palmarès.

Comment ça marche?

Rémi Boivin mesure en premier lieu la gravité moyenne des crimes survenus dans un secteur donné en attribuant des points à toutes les infractions enregistrées par le corps de police pendant une année, en fonction de leur gravité. Pour ce faire, il utilise un pointage mis sur pied par Statistique Canada au terme de plusieurs années de réflexion et d'analyse de la jurisprudence canadienne. Par exemple, un meurtre vaut 7000 points, un vol qualifié compte pour 580 points, une introduction par effraction représente 187 points et des menaces valent 46 points.

Cependant, plutôt que de calculer la gravité moyenne des crimes par rapport à la population résidente d'un secteur, comme le fait Statistique Canada (soit le taux pondéré sur 100 000 habitants), Rémi Boivin la calcule en fonction du nombre de crimes enregistrés par la police. Par exemple, si 100 crimes ont été commis dans une ville, quelle est leur gravité moyenne? Pour le savoir, on attribue des points à chaque meurtre, vol, agression sexuelle ou autre crime. On additionne ensuite le total des points, qui est alors divisé par le nombre de crimes commis (100 dans notre exemple). C'est comme ça qu'on peut déterminer que la MRC du Fjord-du-Saguenay affiche la gravité moyenne la plus élevée (97,32 points), tandis que la Régie de police de Memphrémagog présente la plus basse (54,12 points).

La méthode de M. Boivin, qui a fait l'objet de deux publications dans des revues scientifiques révisées par les pairs, permet d'éliminer le problème de la population flottante. En effet, les crimes, qu'ils soient perpétrés par un résidant du secteur ou par quelqu'un qui ne fait que passer, sont équitablement compilés par les forces de l'ordre.

Après avoir établi un classement des villes ou quartiers basé sur cette mesure de gravité (gravité moyenne des crimes commis sur le total des infractions recensées par la police), le chercheur bâtit un deuxième classement, basé sur le taux de criminalité. Dans les deux cas, les pires scores arrivent en tête de liste.

M. Boivin fusionne ensuite les deux classements en additionnant les rangs obtenus par chaque territoire, ce qui nous donne un palmarès qui tient compte autant de la gravité des crimes que de leur fréquence. C'est ainsi que la Vallée-de-la-Gatineau (21e pour la gravité, 3e pour le taux de criminalité) arrive devant Montréal (7e pour la gravité, 20e pour le taux de criminalité).

En cas d'égalité, la ville qui affiche le plus haut taux de criminalité arrive en tête.

Cette méthode permet de comparer entre elles des régions rurales et urbaines, aisées et défavorisées.

«La méthode n'est pas parfaite, puisqu'elle ne tient pas compte de tous les facteurs qui peuvent influencer la criminalité. Par contre, elle représente une amélioration certaine par rapport aux comparaisons basées uniquement sur la fréquence des crimes [comme le taux de criminalité], croit Rémi Boivin. L'analyse permet d'expliquer des aberrations, comme le fait que Mont-Tremblant a le taux de criminalité le plus élevé de la province, loin devant les métropoles de Montréal, Longueuil et Laval.» La Presse

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