Arrestations massives: des manifestants songent au recours collectif

La marche féministe organisée par la CLASSE le... (Le Soleil, Pascal Ratthé)

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La marche féministe organisée par la CLASSE le 27 avril a rapidement été interrompue par les policiers. Quatre-vingt-un citoyens ont reçu un constat d'infraction pour avoir bloqué la circulation des véhicules sur la voie publique.

Le Soleil, Pascal Ratthé

Le vendredi 27 avril, la police de Québec mettait fin abruptement à une manifestation étudiante sur Grande Allée, à deux pas de l'Assemblée nationale. Bilan : 81 constats d'infraction, un sommet dans la capitale depuis le début du conflit étudiant. De plus en plus de voix s'élèvent pour condamner l'opération policière, jugée nettement «exagérée» vu le caractère pacifique de la manifestation. Une semaine plus tard, des citoyens témoignent et le chef de police explique.

Ce qui devait être une simple marche féministe contre la hausse des droits de scolarité s'est soldée la semaine dernière par la distribution de 81 constats d'infraction à des étudiants en grève, mais aussi à des mineurs, à des enseignants, à des manifestantes féministes et à de simples citoyens. Tous contestent «l'abus» des policiers, qui, à leur avis, leur ont posé un piège.

«C'était 100% injustifié! Il y aurait dû y avoir un avis de dispersion», dénonce Marianne Gravel, professeure de cinéma au Collège François-Xavier-Garneau qui avait justement choisi de participer à titre individuel à l'événement à caractère féministe parce qu'il lui apparaissait «inoffensif». «J'ai senti qu'il y avait une forme d'embuscade afin de dissuader les gens de participer à une manifestation», ajoute-t-elle.

La manifestation organisée par la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante et qui comptait plus d'une centaine de participants avait débuté au parc de l'Amérique-Française, mais a été interrompue rapidement par les policiers sur Grande Allée devant la place George-V. Les policiers auraient averti les marcheurs à l'aide d'un porte-voix que s'ils tournaient à droite, ils seraient dans l'illégalité.

Droits et libertés

Selon les divers témoignages recueillis par Le Soleil, les manifestants ont ensuite été confinés à l'intérieur d'un cordon de sécurité, certains pendant plus de deux heures, avant d'être reconduits à bord d'un autobus du Réseau de transport de la Capitale, puis transportés à la centrale de la police du parc Victoria. La majorité d'entre eux ont reçu des constats d'infraction de 494$ pour avoir bloqué la circulation des véhicules sur la voie publique.

Toutes les personnes arrêtées, sauf une, se sont tournées cette semaine vers la section locale de la Ligue des droits et libertés. La possibilité d'un recours collectif sera discutée à l'occasion d'une rencontre prévue la semaine prochaine avec l'avocat qui sera choisi pour conseiller les manifestants, a expliqué le coordonnateur de la Ligue, Sébastien Harvey.

«Rien à se reprocher»

«On m'a dit que j'étais sous état d'arrestation parce que j'ai contrevenu à l'article 500.1 du Code de la sécurité routière», explique Simon Marcoux-Piché, un élève de la quatrième secondaire de l'école secondaire Joseph-François-Perreault. L'adolescent de 16 ans, qui s'est fait passer de «vraies menottes en métal» par les policiers, a été le premier à être amené à l'écart pour identification.

«On m'a dit à moi et au groupe au moins quatre fois que si on retournait ce soir, on allait être arrêtés comme récidivistes et qu'on allait passer toute la nuit en prison», raconte le jeune homme qui a reçu un constat d'infraction de 128$, plutôt que de 494$, en raison de son âge. «On n'avait absolument rien à se reprocher, on ne bloquait qu'une partie de la route», dénonce sa camarade de classe aussi arrêtée, Camille Freytag.

Malentendante, Marie-Andrée Boivin, 33 ans, n'a pas réalisé tout de suite ce qu'il se passait. «J'étais tétanisée de colère, je ne comprenais pas», explique cette enseignante au Cégep du Vieux-Montréal qui qualifie l'intervention d'«abusive». «Ils ont utilisé le prétexte de la sécurité routière pour nous arrêter», soutient-elle.

«Le temps de le dire, on a entendu qu'on était en état d'arrestation», raconte Tracy Bruns, âgée de 49 ans. «Est-ce que les policiers ont peur que ça dégénère comme à Montréal?» s'interroge la professeure d'anglais du Collège François-Xavier-Garneau qui raconte avoir vu deux policiers sortir leur matraque alors que toutes les personnes présentes obtempéraient.

Voyant que le groupe était pris en souricière, Véronique Laflamme a tenté, sans succès, de négocier avec les policiers. «On leur a proposé de quitter les lieux», raconte l'organisatrice communautaire du Front d'action populaire en réaménagement urbain.

Francine Lacombe estime que le message des policiers sur l'illégalité de la marche n'a pas été transmis correctement. «Tout ce que j'ai entendu, c'est Grande Allée», explique cette handicapée visuelle qui dit pourtant avoir l'ouïe assez fine. Son conjoint, Guy Roy, a écrit à la députée Agnès Maltais pour lui faire part de son indignation. Le couple dans la soixantaine, qui a voulu montrer son appui aux étudiants, est reparti à la maison non seulement avec une facture de près de 900$, mais aussi plus que jamais en colère contre les autorités.

La CSN s'en mêle

Puisque les enseignants du Cégep Limoilou et du Collège François-Xavier-Garneau sont membres de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), celle-ci a décidé d'embaucher un avocat afin de se pencher sur les arrestations de quatre d'entre eux lors des manifestations qui ont eu lieu à Québec.

Lors de la manifestation du 18 avril devant le Cégep Limoilou, un professeur de l'établissement et un autre du Collège François-Xavier-Garneau ont reçu des constats d'infraction alors qu'ils s'étaient joints aux étudiants pour démontrer leur appui pour leur cause. Le même scénario s'est reproduit le 27 avril sur la Grande Allée, alors que deux enseignants du Collège François-Xavier-Garneau ont été interpellés par les policiers.

Selon la porte-parole de la CSN, Jacqueline Rodrigue, l'avocat analysera leurs dossiers afin de déterminer si le syndicat doit payer les contraventions ou les contester. La CSN pourrait également élargir son mandat et défendre les étudiants qui ont été arrêtés.

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