Une manifestation dégénère à Montréal

La Presse Canadienne
Montréal

Le Palais des congrès de Montréal a été assiégé, vendredi, alors qu'une violente manifestation a fait rage dans les rues entourant l'édifice où se tenait le Salon Plan Nord, auquel participait le premier ministre Jean Charest.

La manifestation, qui se déroulait sous le thème «Non à la gratuité minière! Oui à la gratuité scolaire!», a rapidement dégénéré. Au moins 10 personnes ont été arrêtées et trois personnes ont été blessées, dont un policier qui a subi de légères blessures, selon un bilan provisoire dressé par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) en milieu d'après-midi.

Les citoyens de Montréal sont évidemment priés d'éviter le secteur du Palais des congrès.

À la demande du SPVM, le service de métro à la Place d'Armes a été interrompu pour une durée indéterminée, a confirmé la porte-parole de la Société de transport de Montréal (STM), Marianne Rouette.

Selon le SPVM, qui a appelé la Sûreté du Québec en renfort, certains manifestants installés sur le viaduc Saint-Laurent ont lancé des roches sur des automobiles qui circulaient sur l'autoroute Ville-Marie.

Pendant ce temps, à l'intérieur du Palais des congrès, le salon où se trouvait Jean Charest était sous haute surveillance policière. Plus d'une vingtaine de policiers ont monté la garde devant la porte qui avait été verrouillée pendant quelque temps au début de la manifestation après que des protestataires eurent tenté d'entrer de force dans le Palais des congrès.

Charest moqueur

Les activités prévues à l'horaire du Salon Plan Nord ont été retardées. L'allocution du premier ministre Charest a ainsi débuté environ 30 minutes plus tard que prévu. Sur un ton moqueur, Jean Charest a fait allusion au branle-bas de combat qui se déroulait à l'extérieur.

«Le Salon Plan Nord, que nous allons ouvrir aujourd'hui, est déjà très populaire; les gens courent de partout pour entrer», a-t-il lancé, déclenchant l'hilarité dans la salle où étaient réunies quelque 1200 personnes principalement issues des milieux d'affaires.

«À ceux qui frappaient à notre porte ce matin, on pourrait leur offrir un emploi - dans le Nord si possible -, ce qui va tous nous permettre à continuer de travailler fort», a-t-il conclu, sourire aux lèvres.

Excuses exigées

Ces propos ont fait bondir Martine Desjardins, présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ).

La leader exige des excuses publiques de la part du premier ministre Charest, qui, a-t-elle rappelé, est aussi responsable des dossiers jeunesse au sein du gouvernement.

«Franchement, d'avoir autant de mépris de la part d'un premier ministre dans les circonstances actuelles, c'est insultant», a-t-elle déploré.

«Ça fait déjà une journée que je demandais au premier ministre de reprendre le dossier, parce qu'on voyait bien que Mme Beauchamp (Line, ministre de l'Éducation) en avait fait une question d'ego, et je vous avoue qu'aujourd'hui, je me demande en fait qui peut reprendre le dossier de façon sérieuse», a-t-elle ajouté.

Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, ne s'est pas fait prier pour condamner, lui aussi, la réaction du premier ministre.

«Je considère que c'est totalement inacceptable ce que M. Charest a fait», a-t-il lancé en marge du congrès de fondation de son parti, qui se tient cette fin de semaine à Victoriaville.

«Est-ce que vous en connaissez beaucoup, des chefs d'État qui font des blagues alors qu'il y a une émeute à l'extérieur? C'est triste à dire, mais je pense qu'aujourd'hui, le Québec n'avait pas de premier ministre.»

Groupes radicaux

La Coalition large de l'association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) avait invité les étudiants en grève à prendre part à cette action, mais d'autres citoyens s'y sont également greffés. Le coporte-parole de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois, avait déclaré que l'objectif était de forcer l'annulation du Salon Plan Nord.

Selon l'un des porte-parole du SPVM, le sergent Ian Lafrenière, une vaste majorité des casseurs qui ont commis des méfaits font partie de groupes radicaux qui ont profité du rassemblement de vendredi pour faire du grabuge.

«Je trouve que c'est presque insultant de dire que c'est des étudiants. J'étais sur place, j'ai vu les gens sur place et ce sont des groupes radicaux, des gens qui étaient masqués, qui ont lancé des projectiles sur les policiers, qui ont fait des incendies», a-t-il relaté.

«C'est très triste à voir et on est très loin du message que ces gens-là (étudiants et groupes sociaux) voulaient envoyer», a plaidé le sergent Lafrenière.

Violents affrontements

La situation est vite devenue hors de contrôle, vers midi vendredi. Quelques minutes à peine après le début de la manifestation, des dizaines de protestataires avaient réussi à entrer dans un garage du Palais des congrès.

D'autres encore ont pénétré dans le hall d'entrée principal du Palais, mais ils ont été rapidement repoussés vers l'extérieur par les policiers. Ces derniers ont eu recours à des bombes assourdissantes et aux gaz irritants pour arriver à leurs fins.

Des fenêtres et des portes vitrées de l'édifice ont été brisées, une borne d'incendie a été ouverte et plusieurs objets, dont des poubelles, ont été lancés dans les rues. L'imposant contingent policier qui a été déployé aux alentours de l'édifice est rapidement intervenu.

L'escouade antiémeute a fait son arrivée sur les lieux, et aux alentours de 12h45, la manifestation a été déclarée illégale. Quelques balles de caoutchouc ont été tirées par les policiers, a pu constater La Presse Canadienne.

Environ une heure après le début des événements, la foule a commencé à se disperser dans les rues du Vieux-Montréal et du centre-ville. Des barricades de fortune ont été érigées à l'aide de matériaux de construction à l'intersection des rues Bleury et Dowd et des rues Saint-Antoine et Saint-François-Xavier.

Vers 14 h 30, des groupes de jeunes marchaient toujours dans le secteur, ramassant au passage tout ce qui leur tombait sous la main - tables, matériaux de construction, pavés d'asphalte - afin d'ériger des barrages ou de s'en servir comme projectiles.

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