Peine de mort: trois fois plus cher pour l'État que la prison à vie

Sur la peine de mort, Pierre-Hugues Boisvenu s'est... (Photothèque Le Soleil)

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Sur la peine de mort, Pierre-Hugues Boisvenu s'est dit contre, mais a avancé que la chose devrait être reconsidérée pour certains cas, quand il n'y a aucune possibilité de réadaptation.

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(Québec) Les prisonniers condamnés à la peine de mort coûtent trois fois plus cher à l'État que ceux incarcérés à vie, révèlent plusieurs études américaines, dont la dernière a été publiée en juin en Californie, où 714 détenus attendent dans les couloirs de la mort.

«On a l'impression que ce serait beaucoup plus économique de tout simplement exécuter les détenus, mais la réalité est tout autre», affirme d'entrée de jeu l'avocate et professeure à l'École de droit de Loyola à Los Angeles Paula Mitchell.

La coauteure de la recherche très médiatisée portant sur les coûts associés à la peine capitale dans l'État américain qui compte le plus grand nombre de prisonniers en attente du châtiment ultime soutient que plusieurs des 34 États américains qui ont recours à cette pratique évaluent présentement ses coûts-bénéfices pour voir s'ils ne dépensent pas eux aussi leur argent «inutilement».

Selon Mme Mitchell, les interminables procès des criminels condamnés à mort, leur représentation légale ainsi leur incarcération qui requiert des normes de sécurité très élevées représentent des dépenses faramineuses et inutiles pour les États.

Ainsi, l'étude coécrite par le juge Arthur L. Alarcon révèle que les condamnés à mort en Californie coûtent 184 millions $US de plus au gouvernement que ceux qui sont incarcérés à vie sans possibilité de libération.

Par année, le gouvernement californien dépenserait annuellement environ 150 000 $US par détenu qui attend que l'on mette fin à ses jours contrairement à 50 000 $US pour les prisonniers qui termineront leur vie derrière les barreaux.

«On peut faire beaucoup de choses avec 100 000 $, comme investir dans des programmes sociaux», suggère la professeure.

Selon Richard Dieter, le directeur du Death Penalty Info Center, un organisme américain basé à Washington, l'étude californienne n'est pas la première à révéler qu'aux États-Unis, il est trois fois plus dispendieux de garder des détenus dans les couloirs de la mort que de les incarcérer à vie.

Une recherche similaire publiée en 2009 au Maryland serait notamment arrivée aux mêmes conclusions. «Un cas de condamné à mort coûte 3 millions $, alors qu'un cas d'individu emprisonné à perpétuité s'élève à 1 million $», soutient le professeur en droit spécialisé sur la peine de mort.

Depuis la réintroduction de la peine de mort en Californie en 1978, seulement 13 des 92 prisonniers condamnés à mort décédés ont été exécutés par l'État alors que 54 sont morts de causes naturelles, 18 se sont suicidés et six autres sont décédés pour des raisons indéterminées ou à la suite de violences entre détenus.

Mais au cours de cette période, le gouvernement californien a dépensé 4 milliards $US pour soutenir son système permettant les mises à mort ou 308 millions $US pour chacun des 13 individus exécutés.

Fausse perception

«C'est vraiment une fausse perception de croire que mettre à mort des prisonniers coûte moins cher que les incarcérer à vie sans possibilité de libération qui est la solution privilégiée pour les crimes les plus haineux», soutient Mme Mitchell. «Parce que c'est la sentence ultime, les individus condamnés à mort ont droit à un nombre de procédures et de protections qui n'existent pas pour ceux qui seront emprisonnés à perpétuité», explique la juriste.

Par exemple, ces criminels sont représentés par deux avocats plutôt qu'un seul. Les enquêteurs qui travaillent sur leur procès sont plus nombreux et la sélection du jury est excessivement longue et coûteuse, ajoute l'avocate.

«De plus, il ne faut pas oublier que bien souvent, ils interjetteront appel, ce qui allonge le temps passé en prison», soutient Paula Mitchell. Selon cette dernière, entre le moment où un criminel est arrêté est son exécution, il peut s'écouler jusqu'à 30 ans. «Il y a des détenus octogénaires», illustre celle qui croit qu'avant de songer à rétablir la peine de mort au Canada, le gouvernement devrait se pencher sur les évaluations économiques réalisées à ce sujet.

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