Procès de Francis Proulx: pas d'homicide sans Effexor

Le psychiatre Louis Morissette, de l'Institut Philippe-Pinel, a... (Photothèque Le Soleil)

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Le psychiatre Louis Morissette, de l'Institut Philippe-Pinel, a soutenu hier au procès de Francis Proulx que l'antidépresseur Effexor cause chez certains individus des réactions imprévisibles.

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Richard Hénault
Le Soleil

(Québec) Le psychiatre Louis Morissette en est convaincu : si Francis Proulx n'avait pas pris de l'Effexor, il n'aurait pas commis l'homicide de Nancy Michaud. «Il s'est retrouvé devant un problème qu'il a résolu de façon catastrophique à cause de son manque de jugement induit par le médicament», a déclaré le témoin expert.

Le spécialiste de l'Institut Philippe-Pinel, de Montréal, témoignait lundi à la demande des avocats de l'individu de 29 ans de Rivière-Ouelle. L'Effexor, a-t-il expliqué, peut faire apparaître de nouveaux comportements et causer une perte de jugement social ainsi qu'une désinhibition chez une minorité de patients.

Les gens ayant une histoire chargée de maladie mentale grave dans la famille, comme c'est le cas de Proulx, y sont plus vulnéra-bles. Le syndrome de Gilles de la Tourette dont était affecté l'accusé accroît encore davantage sa vulnérabilité.

Jusqu'à 2006, de rappeler le Dr Morissette, l'accusé était une personne timide, réservée et introvertie. Il n'était ni agressif ni impulsif et il n'avait aucune tendance antisociale.

Il a alors consulté une psychiatre pour un problème de déglutition causé par son anxiété. Le Dr Morissette approuve la décision de sa consoeur d'avoir prescrit de l'Effexor à Proulx car, grâce au médicament, c'était la première fois que le jeune homme ne se sentait pas anxieux. «Je ne me suis jamais senti aussi bien de ma vie», a-t-il déclaré au Dr Morissette lorsqu'il l'a rencontré, en août dernier.

L'Effexor est un antidépres-seur courant que le Dr Morissette prescrit lui-même. Cependant, d'ajouter le psychiatre, ce médicament cause chez certains individus des réactions inattendues et imprévisibles.

Il appert d'ailleurs que Santé Canada a déjà publié des mises en garde signalant la possibilité de changements comportementaux chez les consommateurs d'Effexor. On a même vu des cas de suicides, d'agressions et d'homicides, a précisé le Dr Morissette.

Selon le psychiatre, Proulx savait ce qu'il faisait lorsqu'il commettait ses vols et il savait que ce n'était pas bien, mais il était devenu incapable d'apprécier leurs conséquences éventuelles. Ainsi, après avoir pénétré dans quel­ques maisons où il n'y avait personne, il aurait logiquement dû s'attendre à ce qu'un jour ou l'autre, il allait y avoir quelqu'un.

C'est ce qui est arrivé chez Nancy Michaud où, croit le Dr Morissette, l'accusé n'avait aucune raison d'aller. Le psychiatre estime que c'est le fruit du hasard qu'il y soit entré, puis qu'il a pensé impulsivement à l'argent lorsqu'il s'est trouvé face à la victime.

«C'est malheureux de dire que ce drame terrible est le fruit du hasard, a déclaré le Dr Morissette. Il n'avait pas l'intention de rencontrer quelqu'un. Comme les autres fois, il cherchait à augmenter ses collections. C'est d'une tristesse navrante que sa seule préoccupation ait ensuite été de récupérer ses menottes. Il a vu l'arbre, mais pas la forêt. Il n'a pas su apprécier la situation dans laquelle il se trouvait.»

Quant au viol du cadavre de Nancy Michaud, il résulte, selon le Dr Morissette, de la désinhibition marquée à cause de l'Effexor, reliée aux stimuli d'avoir pour la première fois une femme nue devant lui.

Autres témoins

Plus tôt dans la journée, Rénald Bonenfant, qui voyait Proulx cha­que année pour la préparation de ses déclarations de revenu, a dit avoir constaté un net changement dans son comportement à compter de 2007. Le garçon très réservé qu'il avait été se montrait désormais très volubile, très nerveux, ses tics étant presque continus.

Quant au Dr Jacques Talbot, un autre psychiatre à l'Institut Pinel, il a dit avoir été frappé par «l'indifférence amusée, affective et maladive» de Proulx. Il disait ne pas comprendre l'impulsivité dont il faisait preuve depuis quelque temps. L'hypothèse diagnostique du Dr Talbot a été que l'individu souffrait du syndrome de Gilles de la Tourette, de troubles de jugement très importants et de désinhibition.

Le Dr Morissette poursuivra son témoignage ce matin.

 

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