Deux ans de pen pour Rochefort, le coopérant abuseur

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Denis Rochefort au moment de sa comparution en février au palais de justice de Québec.

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Guy Benjamin
Le Soleil

(Québec) Le travailleur humanitaire Denis Rochefort, arrêté en février à Québec pour des crimes à caractère sexuel commis sur des adolescents en Haïti, a reconnu sa culpabilité hier. L'homme qui aura 60 ans le mois prochain a été condamné à deux ans de pénitencier.

En moins de trois mois de travail dans un orphelinat de la région de Les Cayes, entre décembre 2006 et mars 2007, Rochefort a fait six victimes, des garçons âgés entre 14 et 16 ans. Il oeuvrait comme professeur d'anglais.

Les classes le jour devenaient des chambres sans lit la nuit pour les pensionnaires de l'orphelinat. Sauf que Rochefort avait, lui, une chambre avec un lit. Les jeunes étaient invités par Rochefort à venir dans sa chambre, et c'est là qu'une dizaine de gestes à caractère sexuel ont été posés, de dire Me Carmen Rioux. La procureure de la poursuite a précisé que les gestes répréhensibles étaient des caresses et de la masturbation mutuelle.

La plupart des six victimes n'ont subi qu'une seule agression de la part de Rochefort, sauf le plus âgé, que Rochefort avait décrit aux policiers comme étant son préféré.

Des aveux dès le départ

L'accusé a largement collaboré avec les policiers dès son arrestation. Il avait étonné tout le monde en déclarant lors de sa comparution qu'il regrettait ce qu'il avait fait. Presque des aveux dès la première présence devant le tribunal.

Dans sa déclaration aux policiers, Rochefort avait dit que «de toutes les gaffes dans ma vie, c'est la pire et je le regrette», rappelait hier son avocat, Me Jacques Parent.

Des négociations entre la poursuite et la défense ont permis aux deux parties de présenter au juge Pierre Verdon une suggestion com­mune pour la peine de deux ans

de pénitencier.

Les plaidoyers de culpabilité arrivent 72 heures avant le début prévu d'une enquête préliminaire qui devait durer une semaine.

Le plaidoyer de culpabilité évitant aux victimes d'avoir à témoigner est le principal élément atténuant jouant en faveur de l'accusé. Côté aggravant, Me Rioux a beaucoup insisté sur le fait que Rochefort est un coopérant qui se rendait en Haïti pour aider, pour aller faire du bien.

Abus d'autorité et de confiance

L'homme bénéficiait d'un statut particulier, et il a donc commis un abus d'autorité et de confiance, d'insister la procureure de la poursuite. «Ils n'ont rien, ces jeunes-là», de dire Me Rioux. Tout ce qu'ils possèdent, c'est le linge qu'ils ont sur le dos, a-t-elle ajouté.

Avant le prononcé de la peine, Rochefort a remis au juge une lettre de quatre pages dans laquelle il exprime à sa façon ses remords, et ce qu'il vit depuis sa mise en accusation.

Le juge Verdon s'est dit peu impressionné.

Rochefort reconnaît avoir eu tort «en acceptant» des contacts sexuels avec des adolescents. Le juge a dit souhaiter que des thérapies viennent conscientiser davantage l'accusé sur sa responsabilité. Un peu plus loin dans la lettre, Rochefort écrit «que la chair est faible».

L'accusé peut se sentir soulagé que la justice canadienne s'occupe de son dossier plutôt que ce soit la justice haïtienne, de souligner le juge.

Ce dernier a lui aussi insisté sur l'abus d'autorité et de confiance commis par Rochefort à l'endroit «de jeunes particulièrement démunis et vulnérables».

Me Rioux a plaidé en faveur d'une peine de deux ans afin que le juge puisse y ajouter une période de probation de trois ans, dont 18 mois avec suivi, période pendant laquelle Rochefort devra se soumettre à toute thérapie jugée pertinente par l'agent de probation.

Interdiction pour Rochefort de se rendre en Haïti pendant sa probation, d'occuper un emploi rémunéré ou non qui le placerait en contact avec des jeunes de moins de 16 ans, et défense de fréquenter des lieux publics où il est prévisible d'y rencontrer des jeunes.

Une première au Québec

Pour la première fois au Québec, une personne est accusée et condamnée ici pour des crimes à caractère sexuel commis dans un autre pays. Denis Rochefort a écopé hier deux ans de prison après avoir plaidé coupable à six chefs d'agressions sexuelles commises en Haïti.

Le Code criminel canadien contient un article dont on se sert peu souvent, et selon lequel tout citoyen canadien qui commet des crimes à caractère sexuel à l'égard d'enfants ou d'adolescents dans un autre pays peut être poursuivi au Canada comme si les crimes avaient été commis ici, d'expliquer Me Carmen Rioux.

Un article rarement utilisé, d'ajouter la procureure de la poursuite en raison de la complexité de faire des enquêtes à l'étranger. Notamment en Haïti où les moyens d'enquête ne sont pas aussi développés qu'ici.

Rochefort a quitté Haïti en mars 2007, et les accusations sont tombées en février 2008. Un long délai qui s'explique par la difficulté de l'enquête, et par le fait que les autorités haïtiennes n'ont pas porté d'accusations à la suite d'une première investigation.

Un pensionnaire victime des attouchements de Rochefort s'est plaint au directeur de l'orphelinat. La police haïtienne a été avisée, a fait enquête, et l'affaire s'est arrêtée là.

Dénonciation sur les ondes

Sauf qu'un policier haïtien a décidé d'en parler à des policiers canadiens qui étaient là-bas comme membres de la mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti. En même temps, des enfants se sont rendus dans une station de radio, et sur les ondes ont dénoncé des crimes commis contre eux par un Blanc.

Les policiers canadiens en poste là-bas ont décidé de refaire une enquête, une vraie, cette fois, de dire Me Rioux. La procureure de la poursuite explique que la justice haïtienne exige la présence de blessures ou de marques qui corroborent les dires des enfants. Une exigence qui n'existe plus depuis très longtemps au Canada. «De nombreux crimes à caractère sexuel ne laissent pas d'empreintes physiques», d'ajouter Me Rioux.

De plus, dans le cadre de l'enquête haïtienne, les jeunes devaient raconter les gestes dont ils avaient été victimes en présence de leur abuseur, d'ajouter la procureure.

Dans le cadre de l'enquête policière, et avant d'autoriser des plaintes au Québec, Me Rioux s'est rendue sur les lieux du crime. «J'ai l'obligation de m'assurer que les victimes sont disposées à témoigner.» De plus, de dire la procureure, il faut s'assurer que les victimes ne subissent pas plus de torts en témoignant que ce qu'ils ont déjà subi au moment de la commission du crime.

Dans le dossier de Rochefort, les victimes étaient prêtes à témoigner à compter de lundi dans le cadre de l'enquête préliminaire. Des témoignages par téléconférence à partir de l'ambassade canadienne à Port-au-Prince.

Ils n'auront pas à le faire dans le dossier de Rochefort qui a plaidé coupable hier. Reste l'enquête préliminaire d'un autre travailleur humanitaire, Armand Huard, arrêté en même temps que Rochefort

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