La bataille du bois dans l'amphithéâtre est terminée. Seule entreprise homologuée et certifiée pour soumettre une offre de structure hybride bois-acier, Chantiers Chibougamau renonce à toute contestation après son exclusion.
«Nous, des recours légaux, on n'a pas de fun là-dedans. Et force est de constater qu'il est très, très tard», soutient au Soleil le porte-parole de Chantiers Chibougamau, Frédéric Verreault. «On n'a pas l'intention de perturber le processus», ajoute-t-il, écartant toute poursuite judiciaire contre la Ville de Québec.
Les grands perdants de la bataille des matériaux seront les citoyens de Québec, estime le porte-parole. «On n'aura jamais eu la chance de comparer les deux choix, de comparer des pommes avec des pommes. C'est ce qu'on voulait.»
Jusqu'à la toute dernière minute, Chantiers Chibougamau comptait faire modifier le processus d'appel d'offres de la Ville de Québec, estimant qu'il n'était pas équitable et favorisait l'industrie de l'acier.
La capitale a décidé de procéder par un appel d'offres unique pour la structure de l'amphithéâtre (le bol) et le toit. Les défenseurs du bois souhaitaient un appel d'offres en lots séparés pour la toiture. Ils auraient alors soumis une proposition de structure hybride bois-acier pour le toit.
La seule manière pour le bois de se frayer un chemin dans le toit de l'amphithéâtre aurait été de laisser tout le champ libre à l'acier, selon l'entreprise. Le gagnant de l'appel d'offres, un fabricant de structures en acier, aurait alors pu se tourner vers le fabricant de structures en bois. «Mais il n'aurait pas eu aucun avantage à se tourner vers nous», déplore Frédéric Verreault, rappelant que cet intermédiaire était aussi un compétiteur.
Trop d'incertitudes
Une voie trop incertaine pour Chantiers Chibougamau. «On ne voulait pas continuer à dépenser de l'argent sans avoir la certitude que le processus d'appel d'offres était équitable», résume Frédéric Verreault.
Résultat : le bois ne sera finalement jamais comparé à l'acier pour le toit du nouvel amphithéâtre. Seul l'acier sera considéré.
L'architecte principal du projet, François Moreau, estime que la Ville n'avait pas le choix de procéder de la sorte. «Eux [Chantiers Chibougamau], ils étaient mal à l'aise avec le principe d'appel d'offres qui était mis en place. Et honnêtement, la Ville ne pouvait pas faire autrement, pour des questions techniques de réalisation», a-t-il précisé hier. Avec la collaboration de Valérie Gaudreau
Une certification LEED argent visée
Un oubli dans la montagne de nouvelles et de précisions concernant l'amphithéâtre de Québec : le nouvel édifice sera certifié LEED, promet l'architecte principal, François Moreau. «Le projet va être certifié. On vise argent, pour avoir la certification LEED standard. C'est toujours un enjeu. En visant argent, c'est sûr qu'on va avoir la certification. On est dans une démarche LEED, c'est clair et net», insiste l'architecte de l'équipe intégrée SAGP.
La certification LEED force les concepteurs à intégrer une série de mesures vertes dans un bâtiment. L'étiquette ratisse large : conservation de l'énergie, récupération des matériaux de construction, design écologique. On retrouve LEED diamant, or... l'amphithéâtre de Québec sera argent, au mieux. Mais François Moreau promet des innovations vertes jamais vues ailleurs. «Un des éléments capotés de cet amphithéâtre-là par rapport au LEED, et qui va nous faire économiser des milliers, pour ne pas dire des millions, c'est le chauffage par les gradins», avance l'architecte. «On va couper de moitié les besoins énergétiques. L'air va arriver directement d'en dessous des sièges. Aucun amphithéâtre n'a jamais été conçu comme ça!» Samuel Auger et Valérie Gaudreau