L'arrêt des caravanes de Jean Charest et de Pauline Marois au point de ralliement du Carrefour Soumande a retenu l'attention et retardé d'environ 30 minutes la marche qui devait s'amorcer vers midi pour se rendre à l'hippodrome. C'était alors le royaume des autographes de politiciens et personnalités publiques sur place, que ce soit le maire Régis Labeaume, Jean Charest, la légende Peter Stastny ou le pdg de Québecor, Pierre Karl Péladeau. Pauline Marois a vite mis fin à son bain de foule après s'être fait huer par quelques partisans des Nordiques.
Voyant que Jean Charest ouvrait la marche aux côtés du maire Labeaume et de Mario Bédard, président de la Fondation J'ai ma place, des membres de la foule qui attendaient derrière ont pesté contre l'intérêt accordé au premier ministre sortant et à son équipe de candidats régionaux.
«Regardez, ils sont déjà en marche», a lancé Marie-France Bédard, qui ne voulait pas partir «avec eux», les libéraux. «C'est du pur opportunisme électoral à la veille des élections», a ajouté la résidante de Val-Bélair, qui disait être venue pour montrer son appui au maire. «C'est une façon de dire qu'on a hâte, qu'on veut que ça bouge à Québec, qu'on aime le sport. C'est important, on a acheté notre pelle, on s'habille en bleu, on s'identifie», a-t-elle exposé.
Michel Patry était venu, lui, avec sa propre pelle bleue aux couleurs de la Coalition avenir Québec. «Je pense qu'on est dû pour du changement, un vrai balayage. Ça va aller plus vite pour l'échéancier» de l'amphithéâtre, a-t-il illustré. «J'ai montré ma pelle à Mme Marois, elle a fait une drôle de face», rigole-t-il. «Les gens en majorité, ils se foutent de la politique aujourd'hui, c'est l'amphithéâtre qui importe», termine-t-il.
Arrivés à l'hippodrome, les milliers de partisans - l'organisation ne s'est pas avancée sur une estimation officielle - ont eu droit à la première pelletée de sable du futur amphithéâtre, qui doit être terminé en septembre 2015.
«La fin d'un cycle de déprime»
Juste avant, Régis Labeaume a parlé de «la fin d'un cycle de déprime», en faisant référence au départ des Nordiques en 1995.
«Normalement, les politiciens, quand ils font des annonces comme ça, ils se mettent un beau casque blanc sur la tête avec une belle pelle chromée, pis ils disent à la population qu'ils sont bien heureux de leur avoir donné cet amphithéâtre-là. Le mystère de Québec, c'est qu'on ne fait pas ça comme ça. On s'est donné ensemble un amphithéâtre, on le paye tous, alors on commence les travaux ensemble», a-t-il affirmé devant une foule en liesse.
Le maire a aussi paraphrasé René Lévesque en avançant qu'«on est peut-être quelque chose comme une grande ville».
Il a finalement remercié Jean Charest, «qui a ouvert son carnet de chèques et décidé de payer la moitié de l'amphithéâtre».
M. Charest a été acclamé, contrairement à Pauline Marois, qui a une fois de plus mérité des huées quand le maire Labeaume l'a remerciée d'avoir appuyé le projet de loi 204, visant à protéger l'entente entre la Ville et Québecor sur la gestion du nouveau colisée. «On est bons joueurs, s'il vous plaît», a tempéré M. Labeaume.
S'il avait été annoncé que le maire Labeaume serait le seul politicien à prendre la parole et à faire la pelletée de sable symbolique, Jean Charest s'est finalement joint à lui.
Des amateurs de hockey comme Roxane Beaumont étaient loin de s'en offusquer. «On est vraiment contents de pouvoir avoir un amphithéâtre, on veut encourager tous ceux qui ont participé comme Régis, comme M. Charest, qui y est pour beaucoup», a-t-elle partagé.
Les festivités ont culminé avec des prestations des Porn Flakes avec Kevin Parent, Jean-Pierre Ferland, David Usher, Jean-Marc et Mélissa de Star Académie. Des séances d'autographes avec d'anciens joueurs des Nordiques et des démonstrations de motocross étaient également au menu.
Ferland en confiance pour Québec
Même s'il ne chante «jamais» le jour, Jean-Pierre Ferland a fait une exception pour la journée J'ai ma pelle, lundi. «C'est parce que c'est Québec», dit-il, un «endroit si cher à ceux qui m'ont fait vedette».
Le «petit roi» n'a pas hésité à participer à l'événement, bien que l'amphithéâtre soit souvent associé à la politique. «Je ne pense pas que ce soit politique. Tous les politiciens s'en servent! Mais de dire ce que M. Charest a dit, que si Mme Marois est élue, ça donne moins de chances d'avoir un club de hockey, je pense qu'il charrie un peu, commence-t-il. C'est pas ça qui va changer, c'est les Québécois ensemble qui en veulent un, puis vous allez en avoir un!»
M. Ferland a suivi avec intérêt la saga de l'amphithéâtre et pense que les Montréalais seraient tout aussi heureux que la capitale retrouve son équipe de hockey professionnel.
«J'étais très content quand les Québécois donnaient une volée au Canadien», laisse tomber celui qui se considérait néanmoins «des deux bords».