La Ville de Québec et ses sous-traitants évaluent différents scénarios pour gérer cette quantité phénoménale de terre et tentent d'établir les coûts de l'opération, selon une source fiable du Soleil. Il n'est toutefois pas question d'en parler publiquement. «Tout est sous étude», s'est borné à dire François Picard, vice-président du comité exécutif, interrogé cette semaine.
Lors de l'agrandissement du Centre de foires, dans le même secteur d'ExpoCité, environ 80 000 mètres carrés de sols contaminés ont dû être transportés dans des lieux d'enfouissement à sécurité maximale de la Mauricie et du Centre-du-Québec. La facture est montée à 8 millions $, soit le double de ce qui avait été budgété.
La même procédure appliquée au terrain de l'amphithéâtre impliquerait donc des déboursés de 10 à 15 millions $ minimum.
À la Pointe-aux-Lièvres, la décontamination de trois des six terrains du futur écoquartier pourrait coûter jusqu'à 14 millions $. Seulement 40 000 mètres cubes y seront traités plutôt qu'enfouis.
Cette solution n'est pas envisagée sur le terrain d'ExpoCité, car les sols sont trop contaminés pour être valorisés, nous a-t-on révélé. Une première analyse des Laboratoires d'expertises de Québec a établi la présence de plomb, d'étain, de zinc, d'hydrocarbures pétroliers et de substances cancérigènes.
L'endroit a déjà servi de lieu d'enfouissement pour les cendres de l'incinérateur municipal. Certaines matières, comme le verre, n'ont pas brûlé complètement, si bien que des fragments sont visibles à l'oeil nu. Des résidus témoignant du passé industriel de Limoilou, notamment des souliers et des bottes, ont aussi été trouvés dans le sous-sol.
La bonne nouvelle, c'est que la matière est plutôt inerte. Il y a donc très peu de biogaz - hyper polluants - à capter.
Le ministère de l'Environnement a été informé des résultats de ces études préliminaires et invité à participer à la réflexion sur la gestion des sols contaminés, confirme Frédéric Fournier, porte-parole pour les régions de la Capitale-Nationale et de la Chaudière-Appalaches.
Mais le provincial attend le rapport final de caractérisation des sols, préparé par la firme Labo SM, pour s'impliquer davantage. «Pour l'instant, le Ministère ne peut se prononcer sur la gestion et la destination des sols contaminés. On est au tout début» des discussions, dit M. Fournier.
Plan de réhabilitation
Le ministère de l'Environnement doit approuver un plan de réhabilitation pour les terrains destinés à un nouvel usage et contaminés au-delà d'une valeur limite fixée par règlement. Le temps requis pour obtenir les autorisations est variable.
Pour creuser l'immense trou sur lequel sera déposé le futur amphithéâtre, il faut prévoir de «trois à quatre mois d'ouvrage à plein régime», selon un entrepreneur spécialisé dans ce genre de travaux. L'excavation doit commencer en septembre, après les festivités d'Expo Québec.
Le maire Régis Labeaume et ses lieutenants répètent inlassablement que chaque jour compte pour respecter l'échéance de l'automne 2015.
Les 200 000 à 300 000 mètres cubes de terre devant être sortis du trou nécessiteront entre 6600 et 10 000 voyages de camions. Si la moitié de cet impressionnant volume peut être réutilisée sur des sites à proximité, l'autre moitié devra être dirigée vers un lieu d'enfouissement spécialisé en raison de la contamination.
À titre de comparaison, le contenu d'environ 5000 camions aboutit chaque année au dépotoir de Saint-Tite-des-Caps et Saint-Joachim, sur la Côte-de-Beaupré. Géré par la Ville de Québec, ce lieu d'enfouissement de capacité limitée ne peut accueillir que des sols légèrement contaminés pour recouvrir les déchets domestiques.
Longues distances
Les sols plus toxiques doivent être confinés dans des cellules dites «à sécurité maximale». À proximité de Québec, les sites d'Enfouibec, à Bécancour, et Horizon Environnement, à Grandes-Piles, en possèdent. C'est d'ailleurs vers Grandes-Piles et Saint-Rosaire, près de Victoriaville, que les déchets liés à l'agrandissement du Centre de foires ont été dirigés.
Pour atteindre ces lieux, les camions chargés de terre doivent rouler sur une distance de 230 à 300 kilomètres aller-retour.
Richard Béliveau, directeur général de Gesterra, à Saint-Rosaire, a été de nouveau approché pour accueillir une partie des sols contaminés d'ExpoCité, a-t-il indiqué au Soleil. Le gestionnaire s'est dit disposé à dépanner la Ville de Québec. Même enthousiasme chez Horizon Environnement, où Guy Fortin, directeur à l'information et aux projets spéciaux, affirme qu'il sera sur les rangs quand les contrats seront attribués.
Bien que le budget de l'amphithéâtre soit bloqué à 400 millions $, la Ville de Québec n'a pas déterminé encore si elle allait inclure la facture de décontamination du terrain dans cette enveloppe. Déjà, des travaux de réfection des conduites d'eau dans le secteur d'ExpoCité et le réaménagement du boulevard Wilfrid-Hamel, des dépenses de plus de 15 millions $, ont été exclus.