En plein coeur de la nuit, dimanche, à 3h45, l'EDF Énergies nouvelles a franchi la ligne d'arrivée dans le port de Saint-Malo. Après quelques sueurs froides. Deuxième chez les «vintages», 15e au total. Plus de 13 jours en mer.
Il est tout à fait vrai que les vagues continuent de nous faire tanguer bien après être débarqués du bateau. L'impression que le sol bouge sous ses pieds prend un certain temps à se dissiper. Même le lendemain, vos jambes obéissent par moments à des commandes qui ne viennent pas de vous.
Fou à quel point, à terre, répondre à des rages qui vous rongent en mer pendant des jours est d'une banalité déconcertante. Moins de deux heures après notre arrivée, une bière était bue, une douche chaude prise et un repas frais englouti. On y a pensé tellement souvent pendant si longtemps. Affaire classée. Reste plus qu'à trouver une crème glacée pour l'équipier Jeffrey Macfarlane.
La copine de notre skipper a déniché un petit appartement tout près du port, face à la mer, juste à côté de la plage. Juste parfait. Après autant de jours à se marcher sur les pieds, on aurait pu s'attendre à ce que chaque équipier profite de son retour sur le plancher des vaches pour prendre un peu d'air. Mais non. On a passé le premier après-midi sur nos ordinateurs à répondre à des courriels et à s'échanger films et photos, dans une cuisine pas plus grande en pieds carrés que la cabine du bateau.
Sur les quais, les skippers s'échangent les anecdotes du périple. Certaines énigmes de la course se résolvent. Dans les écluses et à la marina, au passage des bateaux de la Transat, des gens applaudissent. Un village de la Transat a été érigé sur les quais. Certains coureurs sont encore en mer.
Des inquiétudes en mer? Parfois. Au début, lorsque les bruits du bateau ne nous sont pas familiers. Le vacarme de la course est incessant et assourdissant dans la cabine. Puis, à mesure que la confiance se prend dans la solidité du voilier, ce sont dans les yeux du skipper que naissent certaines de nos insécurités. Quand lui semble inquiet, vous n'avez aucune raison de ne pas l'être. Comme avant de contourner la bouée de Gaspé, quand le vent a lâché et qu'on ne savait trop si les vagues nous pousseraient contre la falaise rocheuse. Ou quand une grosse dépression est née dans le sud-ouest de l'Irlande. Ou quand l'étai du mât a lâché.
Des scènes resteront gravées dans la mémoire. Ce coude à coude sur fond d'orage près de Matane avec quatre autres bateaux. Les dauphins dans l'océan. Toute la charge d'une mer qui se monte. La pleine lune.
À partir d'un certain niveau de connaissance de leur art, des marins sentent le besoin de se mesurer à d'autres en course. Ils ne voient pas l'intérêt d'une simple balade en mer. Il faut tirer le maximum des éléments à disposition pour les mettre au service de la vitesse de coque. Autrement, c'est du gaspillage.
Pas facile la course en mer. Peu de confort. Énormément de travail pour des gens qui, souvent, naviguent pendant leurs vacances. Du stress et des dépenses aussi. Il y a une aura très romanesque autour d'une transat. Mais le quotidien est parfois pénible. Il faut une passion dévorante pour s'imposer de tels efforts.
Une chance unique et une expérience extraordinaire que cette traversée de l'océan. Notre dernière? Peut-être pas. Qui sait. Mais en course? Probablement.
Merci à Nany Ferreira, la conjointe d'Augeix, pour tous les petits soins. Et merci au skipper David Augeix, au second Rémi Fermin et à l'équipier Jeffrey MacFarlane. Merci à eux trois de nous avoir sauvé la vie. Plusieurs fois par jour. Chaque jour.