Garçon? Pour le café, attendez un peu...

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Transat Québec-Saint-Malo

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Transat Québec-Saint-Malo

Tenue pour la première fois en 1984, à l'occasion du 450e anniversaire du premier voyage de Jacques Cartier, la Transat Québec-Saint-Malo est la plus ancienne course transatlantique sans escale en équipage à être disputée d'ouest en est. »

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L'équipage du EDF Énergies nouvelles s'affairait à récupérer... (Photo collaboration spéciale Simon Boivin)

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L'équipage du EDF Énergies nouvelles s'affairait à récupérer le grand spi déchiré de haut en bas qu'il faudra envoyer à l'atelier.

Photo collaboration spéciale Simon Boivin

Simon Boivin
Le Soleil

Ouch! La catastrophe. Comment une journée qui avait si bien commencé peut-elle se gangrener de la sorte? Aussi vite.

Au petit matin, le skipper du EDF Énergies nouvelles, David Augeix, s'est délecté du dernier bulletin météo. «Avec ce temps, on est presque sûrs d'être à Saint-Malo le 4 août à 8h. On pourrait quasiment se commander des cafés au bistro du port.»

Engoncé dans son sac de couchage, le second, Rémi Fermin, regardait de loin les mêmes informations. «Super. Plus que deux empannages [changements de direction] et on arrive.» Il s'est remis les écouteurs de son iPod dans les oreilles et a plongé au pays des rêves. Cette météo annonçait du vent favorable, et très peu de manoeuvres en perspective.

Quelques heures plus tard, ce même Rémi, à la barre cette fois, hurle: «David! David!» Tous sur le pont. La corde qui hisse le spinnaker, la voile à la superficie la plus large, au haut du mât a cédé. Paf. Du coup, la précieuse voile se retrouve à l'eau. Avec le risque de passer sous le bateau, et d'être réduite en lambeaux par les safrans (gouvernails).

Tout le monde se précipite. La voile est récupérée saine et sauve. Le petit spinnaker est mis en attendant qu'une autre drisse permette de hisser à nouveau le grand. Question de ne pas perdre trop de vitesse entre-temps. Lorsque tout est revenu en place, le skipper Augeix a dû l'admettre: «Le café, ce sera peut-être plus pour 9h».

Un équipage a droit à huit voiles différentes pour la Transat. Chacune a ses particularités qui la rendent plus performante selon la force et la direction du vent du moment. Le grand spi est parfait pour ce qu'on a eu dimanche et qu'on aura aujourd'hui.

Peut-être 45 minutes plus tard, alors que tout semblait revenu à la normale, c'est au Soleil de sonner l'alarme. «Le spi est à l'eau!» Tous sur le pont, encore. Mais là, le constat est beaucoup plus grave. Il est déchiré. De haut en bas. On le remonte péniblement. Rien à faire. Faudra l'envoyer à l'atelier. On a perdu notre grand spi. Foutu. Ça fait physiquement mal. Il est à peine 8h du matin. Insérez votre juron préféré.

«On rentre à Saint-Malo. La course est terminée.» Il a dit ça, le skipper Augeix. Deux fois plutôt qu'une. «La course est terminée.»

Dur coup

De lourdes minutes de silence se sont installées une fois rapaillé le grand spi et mis à sa place le petit. On veillait le mort. Dur coup. Le premier vrai.

«C'est sûr que ça pénalise», a constaté Ferlin. Pendant que les autres tirent le maximum du vent, nous sommes handicapés de deux ou trois noeuds à l'heure pendant deux jours.

Puis, l'Américain Jeffrey Macfarlane, un marin compétent et volontaire, suggère qu'on lève aussi la trinquette, la plus petite voile à bord, en plus du petit spi. «Ça peut aider un peu», note-t-il.

Le skipper s'est gratté la barbe de sept jours quelques secondes. Et jugé l'idée bonne. Deux voiles sont hissées à l'avant de l'EDF, plus la grande voile. Et, dans 48 heures, il était de toute façon prévu de passer au petit spi. Les autres voiliers ont peut-être aussi quelques pépins que nous ignorons.

Puis, Augeix a passé du temps à vérifier des trucs à gauche à droite pour «pas qu'il nous arrive d'autres conneries». Jusqu'à finalement avouer qu'il mitonne une stratégie pour grappiller quelques rangs au classement. Battre des bateaux plus performants aurait été satisfaisant. Mais, dans les circonstances, tâchons de finir en tête des six bateaux vintage de la Class40.

Non, la course n'est pas terminée. Un golfeur peut perdre son bois numéro un et faire tout de même une belle partie. Un joueur d'échec ne s'avoue pas vaincu parce que sa reine est tombée.

La course n'est pas terminée. Mais pour les cafés, garçon, vous pouvez attendre un peu?

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