La veille du départ, le skipper David Augeix a prévenu. Les ordres viennent, ils sont directs et impliquent une réaction immédiate. Rien de personnel, absolument, mais «ça peut être sec». Des situations nécessitent une prise en charge urgente afin de ne pas dégénérer. «Vite, vite, vite». Et c'est bon pour tout le monde.
«Pour moi, en mer, "putain" et "con", ce ne sont pas des mots, c'est de la ponctuation», blaguait le marin la veille du départ.
Chassé-croisé
Après l'épisode de la bouée frappée il y a une dizaine de jours, Augeix a opté pour la prudence, hier, lors du départ de la transat. Pas question de jouer du coude pour sa position et risquer d'endommager encore la bête. Reste que le EDF Énergies nouvelles a drôlement tiré son épingle du chassé-croisé initial où les voiliers se frôlent au point où les skippers s'interpellent les uns les autres. Le bateau a passé l'ensemble de la journée au sein du peloton de tête.
Clairement, les gars savent ce qu'ils font. Ils choisissent leur route en fonction de leur propre évaluation, quitte à faire cavalier seul - ou presque - d'un côté du Saint-Laurent. «Insiste plus pour me le dire quand tu penses que je fais une connerie», demande Augeix à son second, Rémi Fermin, qui a compris avant lui une situation.
Partout autour, les autres. Ceux qui nous pourchassent. Ceux que nous poursuivons. Les écarts se creusent, puis se rétrécissent. Chaque manoeuvre est épiée, décortiquées, pour tenter de deviner les stratégies des autres.
Comme les autres 40 pieds de course, le EDF est gréé d'une multitude de poulies, auxquelles sont reliées des cordes de différentes couleurs, elles-mêmes enroulées ici et là autour d'équipements de traction, de voiles ou autres pièces du bateau. Les deux semaines de la traversée suffiront peut-être à se familiariser avec l'ensemble des mécanismes.
En attendant, l'impression d'être parfois un encombrement pour un équipage expert - et qui n'en tient pas rigueur - est difficile à dissiper.
Manoeuvres nombreuses
Le passage en eaux charlevoisiennes a été particulièrement prenant. Gros vent de dos, manoeuvres nombreuses et des profondeurs parfois inquiétantes pour un bateau dont la quille mesure trois mètres. Rémi entre aux deux minutes vérifier si «ça passe» sur la carte de navigation, et demande quelques fois l'imprimatur du skipper. «C'est fou d'aller aussi vite avec si peu de profondeur», a remarqué Rémi. On frôlait les 18 noeuds (multiplié à peu près par deux pour les km/h) avec sept mètres au profondimètre.
Les manoeuvres de navigation ont gardé l'équipage occupé tout l'après midi. Il était loin, le déjeuner, lorsque vers 17h30, il a été possible de prendre une bouchée. Le segment le plus difficile du Saint-Laurent est derrière nous.
Outre le réglage des voiles, une partie du travail consiste à répartir le poids du matériel à l'intérieur du bateau afin de favoriser son équilibre en fonction du vent. La tâche est laborieuse puisque toujours à refaire. Mais l'impact sur la rapidité est surprenant. Impressionnant quand même d'atteindre La Malbaie en sept heures de voile seulement.
La nuit risque d'être longue. Déjà, le vent s'est beaucoup calmé. Les voiles ballotent. Il faudra manoeuvrer pas mal pour tirer le meilleur de la situation. «C'est pas facile, la pétole», laisse tomber Augeix. Les 15 ou 20 minutes de sommeil seront grappillées à gauche à droite.