Le rapatriement des corps: un cauchemar

Plusieurs Canadiens séjournaient à l'hôtel Montana, à Port-au-Prince,... (Photo: David Boily, La Presse)

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Plusieurs Canadiens séjournaient à l'hôtel Montana, à Port-au-Prince, lors du séisme.

Photo: David Boily, La Presse

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Gilbert Lavoie, envoyé spécial
Le Soleil

(Haïti) Près de trois semaines après la découverte du corps de Richard Proteau, sa fille Nathalie attend toujours. Pourtant, la dépouille mortelle de son père a été dégagée le 22 janvier, en même temps que Serge Marcil. Le corps aurait pu être ramené au pays mercredi, mais son retour a été bloqué: les pathologistes exigent l'original des radiographies dentaires envoyées par Internet, pour attester l'identité.

Il a donc fallu qu'un policier aille chercher les originaux chez le dentiste la semaine dernière et les transmette à un agent de la GRC qui devait se rendre mercredi à Port-au-Prince. Pourtant, Richard Proteau a fait l'objet d'une identification informelle. L'autopsie a été complétée, son portefeuille et sa caméra ont été trouvés sur lui. Mais légalement, ce n'est pas suffisant. Nathalie Proteau s'est débattue au bureau du ministre Lawrence Cannon, à celui de Gilles Duceppe, mais ça n'a rien donné.

«Dans le cas de mon père, il y a deux corps qui ont été retrouvés en même temps. Et le mien, il est encore dans le congélateur. Je peux comprendre un délai de quelques journées, mais pas trois semaines.»

Les trois personnes envoyées à Port-au-Prince par Tecsult, l'employeur de M. Proteau, ont confirmé à sa fille que le corps était intact même si le temps avait fait son oeuvre. Ils ont constaté à leur arrivée que les sauveteurs chiliens sur les lieux ignoraient les noms des Canadiens pris sous les décombres. Pourtant, le gouvernement fédéral soutenait que des Canadiens surveillaient la sortie des corps au Montana. C'est l'arrivée des gens de Tecsult qui a permis de guider les sauveteurs vers les chambres des Canadiens.

Voyage profitable

L'histoire ne surprend pas Christiane Pelchat, la conjointe de Serge Marcil, qui s'est déplacée à Port-au-Prince le 22 janvier malgré tous les avis contraires du fédéral. Pendant le vol de retour, le pathologiste en chef de l'Ontario lui a dit : «Si vous n'étiez pas venue ici pour identifier votre mari... ils appellent ça une identification positive... votre mari ne serait pas avec vous dans l'avion». Le même pathologiste lui a confié que pendant qu'il identifiait le corps de son mari, il avait reçu au moins neuf autres corps sans aucune identification. Ce qui illustre les difficultés à venir dans l'identification des autres victimes.

Pourtant, les fonctionnaires fédéraux avaient tenté «au moins 10 fois» de dissuader Mme Pelchat de se rendre là-bas. C'est une discussion avec un représentant du gouvernement du Québec qui l'a convaincue du contraire. «On m'a dit que quand ils allaient retrouver le corps de Serge, ça prendrait des semaines, sinon des mois avant de pouvoir l'identifier. Quand j'ai raccroché la ligne, ce jeudi-là, j'ai appelé mon frère. Et là, excusez-moi, mais j'ai dit : «Tabar... je m'en vais en Haïti».

Il lui a fallu jouer du coude pour se rendre de Saint-Domingue jusqu'à Port-au-Prince. Le corps de son amoureux a été trouvé une heure avant son arrivée.

C'est John Green, un secouriste bénévole de Rescue Team Canada, qui a retrouvé les corps de M. Marcil et de M. Proteau. Les deux hommes étaient dans les chambres 506 et 406. Il lui a fallu un courage exceptionnel pour s'y rendre. Mme Pelchat raconte qu'il a dû se frayer un chemin si exigu à travers les décombres qu'il a été coincé à la sortie. Tellement coincé qu'il lui a fallu «s'amincir pour en sortir, c'est-à-dire qu'il a dû éliminer ce qu'il avait dans ses intestins...»

Même si elle est critique à l'endroit des fonctionnaires à Ottawa, Mme Pelchat n'a que des bons mots pour les gens de l'ambassade à Port-au-Prince. «Ce sont des gens extraordinaires, mais débordés.»

Malgré les difficultés d'identification, elle appuie la démarche de la famille Trân. «J'ai dit à Joliette: "Je ne veux pas être responsable de ce que vous allez faire, mais allez-y. Vous ne pouvez pas ne pas y aller, vous allez vous en vouloir tout le reste de votre vie.»

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