Imaginez un peu le portrait en ce début de l'an 2000. Sur le territoire, des deux côtés du fleuve, il y a 85 organismes voués à la bonne cause du développement économique. Évidemment, tout ce beau monde se marche sur les pieds.
Pour gâter la sauce davantage, 23 villes - 10 dans la Capitale-Nationale et 13 dans la Chaudière-Appalaches dont la plupart gèrent des parcs industriels - se colletaillent pour attirer des entreprises sur leur territoire.
Et il y a les centres locaux de développement (CLD) qui ont fait leur apparition en 1998. Sans compter les chambres de commerce. Sur la Rive-Nord, il y en a quatre.
«Cette multiplicité d'organisations à vocation économique semait une confusion généralisée. Les entreprises n'arrivaient plus à s'y retrouver dans ce dédale», se remémore le vice-président exécutif et directeur général de la Chambre de commerce de Québec, Alain Kirouac.
«Même si tous ces organismes avaient des mandats différents, ils finissaient toujours par se chevaucher l'un et l'autre dans la vie de tous les jours», ajoute M. Kirouac qui roule sa bosse à la Chambre de commerce de Québec depuis 1987.
À la fin de l'année 2000, alors que le débat sur les fusions municipales fait rage, la Chambre décide de prendre le taureau par les cornes. Elle commande une étude au consortium Arthur Andersen/Municonsult pour préparer le terrain à un remue-ménage en règle dans le petit monde des organismes de développement économique.
Coordination
«Il fallait aller vers une coordination du développement sur le territoire. Il fallait également considérer les régions de la Capitale-Nationale et de la Chaudière-Appalaches comme un seul ensemble économique», explique Alain Kirouac. «La démarche devait se conclure par l'émergence d'un seul organisme de développement qui viendrait épauler les entreprises dans leur stratégie de croissance tant à l'échelle locale qu'internationale.»
Le rapport Andersen/Municonsult vise dans le mille. Adieu la Société de promotion économique du Québec métropolitain (SPEQM), la Cité de l'optique et le Groupe d'action pour l'avancement technologique et industriel (GATIQ). La Corporation de développement (CODEM) - qui deviendra ensuite PÔLE Québec Chaudière-Appalaches - prend le contrôle.
Alain Kirouac n'hésite pas à qualifier ce «coup de barre» comme l'événement marquant de la dernière décennie dans l'économie régionale.
«Au même titre que le regroupement des municipalités, l'harmonisation des interventions économiques a permis à tous les acteurs de cesser de se tirailler et de mettre l'accent sur nos secteurs d'excellence. Une vision commune du développement a pu finalement se mettre en place.»
Quant aux quatre chambres de commerce, elles n'en font plus qu'une. Même chose pour les quatre CLD.
Une économie qui sort de sa coquille
Économiste principale au Mouvement Desjardins, Joëlle Noreau estime que l'économie régionale a profité d'un environnement favorable au cours des 10 dernières années pour sortir de sa coquille.
«Pour l'économie de la région de Québec, ce fut une décennie de déploiement au cours de laquelle elle a pu récolter les fruits des efforts concertés en vue de continuer à dépoussiérer son image de région strictement administrative.»
Les chiffres sont là pour le prouver. De 2000 à 2008, le produit intérieur brut nominal a connu une croissance annuelle de 5,3 %. Durant la même période, le taux chômage moyen a affiché un beau 6 %.
«Le succès appelant le succès, la région a su attirer un bon nombre de nouveaux travailleurs venant des autres coins du Québec», précise Mme Noreau en signalant que le solde migratoire régional montrait que Québec avait attiré 11 427 personnes de plus qu'elle en avait perdu entre 2001-2006. Une performance qui fait mentir les scénarios de l'Institut de la statistique du Québec qui annonçaient en 2003 un plafonnement de la croissance de la population à compter de 2018. Selon l'économiste principale du Mouvement Desjardins, la région a su miser sur des secteurs en pleine croissance, comme les technologies (optique-photonique, défense et sécurité, jeux vidéo), les sciences de la vie, les assurances, le tourisme.
La région a fait des choix judicieux en misant, il y a quelques années, sur les centres de recherche et sur la localisation d'entreprises de haute technologie au centre-ville.
«Tout était en place pour que la région connaisse du succès. Aujourd'hui, ce succès, on le voit», conclut Mme Noreau.