Comment te dire adieu: les départs de 2012

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Le 5 septembre, au lendemain de sa défaite électorale, le premier ministre Jean Charest tire sa révérence de la vie politique, après «28 ans de service public».

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(Québec) Il y a eu les départs en coups de vent. Les départs planifiés au quart de tour. Les départs élégants et les départs qui ressemblaient davantage à des sorties de route. Sans oublier les départs qui ressemblaient à des au revoir! Retour sur l'année 2012 à travers 12 départs qui ont fait du bruit.

«Toutes les portes de sortie permettent d'entrer quelque part», répétait un dramaturge britannique.

Facile à dire. Reste qu'au moment de quitter la scène, il est déconseillé d'afficher son amertume, comme l'a fait le vice-président des États-Unis John Nance Garner, en 1941. «La vice-présidence ne vaut même pas un pichet de pisse chaude», avait-il déclaré devant un auditoire stupéfait.

De la même manière, le départ ne constitue pas le moment idéal pour révéler un secret jalousement gardé. «J'ai été chancelier de l'échiquier [ministre des Finances] durant cinq ans, et je n'ai jamais compris en quoi consistait le travail», avait confié Winston Churchill.

Mais revenons en 2012.

Le 5 septembre, au lendemain de sa défaite électorale, le premier ministre Jean Charest a opté pour un départ sobre et classique. Quelques larmes. Le décor solennel de l'Assemblée nationale. «Après 28 ans de service public, [...] le temps est venu pour moi et ma famille de [...] tourner une page. [...] Je rentre maintenant à la maison.»

Fin renard, Jean Charest a laissé à son équipe le soin de chanter ses louanges. Même qu'à force d'entendre des ministres comparer leur chef démissionnaire à Jean Lesage, on finissait par se demander pourquoi ils laissaient partir un si grand homme. Ne dit-on pas qu'il vaut mieux un lion conduisant une armée de pucerons qu'un puceron conduisant une armée de lions?

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Le président français Nicolas Sarkozy concède la victoire au candidat socialiste François Hollande, le 6 mai dernier.

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De l'autre côté de l'Atlantique, le président français, Nicolas Sarkozy, a fait les choses différemment. Il a évoqué son départ bien avant sa défaite du 6 mai. «[En cas d'échec], vous n'entendrez plus jamais parler de moi», avait-il déclaré en début d'année. Imperturbables, ses adversaires avaient aussitôt persiflé : «Encore une promesse qu'il ne pourra pas tenir.»

Vrai qu'à 57 ans, Nicolas Sarkozy est un jeunot, d'après les standards de la politique française. Charles de Gaulle a quitté la présidence de la République à l'âge de 78 ans. François Mitterrand aussi. À peine moins durable, Jacques Chirac s'est retiré à 74 ans.

Le candidat républicain à la présidence américaine, Mitt... (Photothèque Le Soleil) - image 3.0

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Le candidat républicain à la présidence américaine, Mitt Romney, s'incline devant la victoire de Barack Obama.

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Partir, c'est mourir un peu, disaient nos grands-mères. Mais pas tant que ça, lorsqu'il s'agit de politique. L'ancien président Bill Clinton en constitue la preuve vivante. Dans les mois qui suivirent son départ de la Maison-Blanche, on raconte qu'il aurait gagné autant d'argent que durant les 53 premières années de sa vie...

Le même Bill Clinton avait provoqué la risée générale en étirant un peu trop sa tournée d'adieu, en l'an 2000. «Au fond, il fait le tour du pays pour se remercier lui-même d'avoir été notre président», avait conclu un commentateur désabusé.

D'accord. Mais que se passe-t-il lorsqu'un politicien trop sûr de lui néglige de s'aménager une porte de sortie?

Demandez-le au républicain Mitt Romney. Ne doutant pas de son triomphe, M. Romney n'avait pas rédigé de discours de défaite au soir des élections américaines, le 6 novembre. Pire, son équipe avait mis en ligne la page Web célébrant son élection comme président des États-Unis.

Le ridicule ne tue pas, mais il faut le consommer avec modération...

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Le général David Petraeus quitte ses fonctions de chef de la CIA, après s'être retrouvé au centre d'un triangle amoureux.

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Qui m'aime me suive

Dans certaines situations embarrassantes, le communiqué de presse constitue le meilleur ami du démissionnaire. En juillet, c'est un simple communiqué qui a rendu publique la démission de Bev Oda, la ministre fédérale de la Coopération internationale. Pas un mot sur les 3000 $ de transport en limousine et le jus d'orange à 16 $ qui avaient achevé de plonger madame dans l'embarras.

En novembre, un autre communiqué a annoncé que le chef de la CIA, le général David Petraeus, quittait ses fonctions «pour des raisons personnelles». Une manière polie d'expliquer qu'il s'était retrouvé au centre d'un triangle amoureux, pour ne pas dire un «pentagone amoureux».

Gérard Depardieu décide de s'établir en Belgique, selon... (Photothèque Le Soleil) - image 5.0

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Gérard Depardieu décide de s'établir en Belgique, selon ses dires pour «les paysages». D'autres soupçonnent l'exil fiscal.

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Le départ précipité du général Petraeus a pris le monde par surprise. Mais pas autant que celui du politicien chinois Bo Xilaï, surnommé «le prince rouge».

Tous les ingrédients d'un grand polar sont ici réunis. Une femme accusée d'avoir empoisonné un homme d'affaires britannique. Un chef de police réfugié à l'ambassade américaine. Des maîtresses plus nombreuses que des mouches à fruits autour d'un panier de fraises trop mûres. Des centaines de millions de dollars évaporés.

La commotion provoquée par l'affaire a permis au président chinois, Hu Jintao, de formuler un autre proverbe à cinq sous dont il possède le secret. «La Chine est malade du Parti communiste, mais seul le Parti communiste peut la soigner.» Traduction libre : le Parti constitue à la fois la maladie et le remède. L'allumette et le baril de poudre. Le moustique et le pare-brise...

Mais délaissons les eaux troubles de la diplomatie pour les lumières scintillantes du sport et du show-business. Car l'année 2012 a vu le triomphe du martyre fiscal, une sorte de réfugié économique, mais à l'envers.

«Montréal ne me convient plus», a déclaré l'ancien pilote de Formule 1 Jacques Villeneuve, qui se prépare à faire ses valises. De sources officielles, M. Villeneuve veut que sa progéniture fréquente le système scolaire français. Mais comme par hasard, il songe à s'établir en Andorre, un paradis fiscal situé entre la France et l'Espagne.

À croire que son très cacophonique album Private Paradise (Paradis privé) constituait une oeuvre prémonitoire...

L'acteur français Gérard Depardieu s'est engagé lui aussi sur la route de l'exil «fiscal». Officiellement, Depardieu répète qu'il a déménagé en Belgique pour «les paysages». Il a même promis de revenir à Paris «pour faire la fête». «Poutine m'a déjà expédié mon passeport», a bravé l'acteur, dans une ultime provocation.

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Le maire de Montréal Gérald Tremblay démissionne, parlant de l'«ultime sacrifice».

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La fête des maires

Que dire du départ de la ministre de l'Éducation Line Beauchamp, en pleine crise étudiante? Ou de la démission du ministre de l'Environnement Daniel Breton pour cause de loyers impayés? M. Breton n'aura fait que passer. Les mauvaises langues diront même qu'il n'est pas vraiment parti, puisqu'il n'est jamais vraiment arrivé.

Peu importe. Car au moment de quitter la scène, il n'est pas interdit de faire preuve d'imagination. Évitez tout de même les explications grandiloquentes d'un Gilles Taillon, l'ancien chef de l'Action démocratique du Québec, qui prétendait s'en aller «pour des raisons d'État». Et dites-vous que le moment apparaît mal choisi pour régler des comptes, comme l'a fait l'ancien premier ministre australien qui détestait la ville de Darwin. Un jour qu'on lui demandait son avis sur la meilleure façon de découvrir cette dernière, il s'était écrié : «D'une altitude de 20 000 pieds, en route vers Paris.»

Règle générale, la dramatisation excessive ne produit pas l'effet recherché. «Du sublime au ridicule, il n'y a qu'un pas», disait Napoléon. Au moment de sa démission, le 5 novembre, le maire de Montréal, Gérald Tremblay, a parlé «d'un dernier acte d'amour». De «l'ultime sacrifice». On aurait dit un soldat donnant sa vie pour sauver son régiment, plutôt qu'un politicien cerné par les affaires de corruption.

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Gilles Vaillancourt fait ses adieux à la mairie de Laval.

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La sortie de Gilles Vaillancourt, le maire de Laval, sur lequel pèsent des soupçons de corruption, a été plus spectaculaire. Le 9 novembre, dans son hôtel de ville, le maire a fait ses adieux sous la garde d'une douzaine de policiers, prétextant des menaces «du crime organisé italien».

Au besoin, le Groupe tactique d'intervention se tenait prêt à intervenir. Il ne manquait que Jack Bauer pour tourner un épisode de 24 heures chrono. Mais jusqu'au bout, le «roi de Laval» aura été fidèle à son personnage de dur. Pas de jérémiades. M. Vaillancourt s'est seulement dit «profondément blessé».

Mais le maire Vaillancourt a de quoi se consoler. Une heure avant son allocution, ses collègues du conseil municipal lui ont voté une indemnité de départ totalisant 246 947 $. Et comme si cela ne suffisait pas, les plaisantins ont réadapté une vieille blague politique pour lui tout seul.

C'est jour d'élections au Québec. Un homme va voter en compagnie de son chien. Rendu à proximité du bureau de vote, il attache l'animal à un poteau. Aussitôt, le chien se met à japper.

Durant la vingtaine de minutes que l'homme passe dans le bureau de vote, le chien ne cesse d'aboyer. À la fin, une scrutatrice intriguée demande au gars ce qui cloche avec son animal.

«Oh, ce n'est rien. Nous avons déménagé, et ça le rend un peu nostalgique, répond-il. Pendant des années, nous habitions dans la ville de Laval. Lors de la dernière élection municipale, il avait pu voter 14 fois pour le maire Gilles Vaillancourt.»

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