Le mythe de la pleine lune déboulonné

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La croyance selon laquelle le cycle lunaire influe sur la santé mentale des gens est «plus répandue chez les professionnels de la santé que dans les autres corps de métier» , écrivent les auteurs de l'étude qui se sont attelés à infirmer cette hypothèse. Entre 2005 et 2008, 1059 patients ont été étudiés.

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Percées scientifiques 2012

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Percées scientifiques 2012

L'année 2012 a été riche en découvertes pour la communauté scientifique de la capitale. Le Soleil vous présente les percées les plus marquantes de l'année. »

(Québec) Il y a de ces mythes qui ont la peau dure. Mais dure... Celui voulant que la pleine lune provoque des crises de folies, ou que les gens atteints de maladies mentales sont plus «actifs» ces nuits-là, fait certainement partie du lot. Mais une équipe des universités Laval et de Montréal s'y est quand même attaqué cette année - et si elle ne fut pas la première, elle a certainement entaillé une coche de plus sur l'armure de cette croyance.

Il y a longtemps que la légende court. Assez, d'ailleurs, pour avoir fait sa marque sur la langue, comme en atteste le mot «lunatique». Habituellement, ses défenseurs font valoir qu'à la pleine lune, l'astre nocturne est du côté opposé au soleil, ce qui fait que son attraction gravitationnelle agirait dans le même axe que la gravité solaire. Cela provoque, font-ils valoir, des marées plus prononcées (ce qui est vrai), et comme le corps humain est composé à 70 % d'eau, raisonnent-ils, il doit certainement en sentir les effets (ce qui est beaucoup plus contestable). La gravité, en effet, agit surtout à grande échelle et, à la surface de la Terre, l'attraction lunaire exerce une force comparable à la gravitation entre deux personnes se tenant à un mètre l'une de l'autre. Alors quand on songe à toutes les choses qui nous entourent, autant dire qu'il s'agit d'un murmure dans un océan de bruit.

Aucune étude n'a jamais corroboré ce mythe, mais malgré cela, «dans les urgences, 80 % des infirmières et 64 % des médecins croient que le cycle lunaire affecte la santé mentale de leurs patients. Cette croyance est plus répandue chez les professionnels de la santé que dans les autres corps de métier», écrivent les auteurs de l'étude, parue cet automne dans la revue savante General Hospital Psychiatry. Et c'est d'ailleurs ce qui a semé l'idée de cette étude.

«L'histoire de ce projet-là, se souvient la psychiatre de l'Université Laval Geneviève Belleville, première auteure de l'étude, c'est qu'on était un groupe de chercheurs qui étudiaient les gens qui se présentent à l'urgence avec des douleurs thoraciques non cardiaques et inexpliquées. On voulait évaluer la prévalence des attaques de panique chez ces gens-là. Donc on a été dans les urgences pendant deux ou trois ans, ça a bien sûr fini par créer des liens avec le personnel, et en jasant, on se faisait souvent dire des choses comme : Ah! là, c'est la pleine lune, alors tu vas avoir plus de participants pour ton étude. Alors une fois l'étude complétée, on s'est dit, tiens, on a déjà les données pour le vérifier, alors pourquoi ne pas le faire.»

Douleurs inexpliquées

L'article se base donc sur 1059 patients qui se sont présentés avec des douleurs à la poitrine aux urgences de l'Hôtel-Dieu de Lévis et de l'Hôpital du Sacré-Coeur de Montréal, de mars 2005 à avril 2008, et qui ont accepté de faire partie de l'étude. Du nombre, ceux dont la souffrance pouvait s'expliquer par un problème cardiaque, une blessure ou d'autres raisons du genre furent exclus, ce qui a laissé un échantillon de 771 participants.

Selon Dre Belleville, la douleur à la poitrine (tant qu'elle ne dénote pas un problème physiologique) est un bon indicateur de santé mentale. «Quand on fait une attaque de panique, le souffle est court, et ça peut donner à la longue une douleur à la poitrine, illustre-t-elle. Les gens qui sont stressés aussi vont souvent rapporter des douleurs à la poitrine, et quand on a ça de façon très intense, c'est possible de confondre ce symptôme-là avec une crise cardiaque. Quand on a beaucoup d'émotion, la boule dans la gorge, la sensation d'être opprimé au niveau de la poitrine, se sentir coincé au niveau thoracique, c'est courant.»

Tous les participants avaient été interviewés dans le cadre de la première étude, afin d'en faire un portrait psychologique; ils furent classés en quatre catégories, soit les attaques de panique, les troubles de l'anxiété, les troubles de l'humeur (comme la dépression) et les idéations suicidaires. Il ne restait donc qu'à croiser leur date d'admission à l'urgence avec les cycles lunaires, ce qui a tout de même demandé «une bonne job de bras», dit Dre Belleville.

Une croyance à abandonner

Résultat : 190 patients se sont présentés aux urgences avec des douleurs thoraciques inexpliquées pendant la pleine lune (ainsi que les trois jours la précédant et la suivant), un nombre qui est très, très proche de ceux de la nouvelle lune (192) et du dernier quartier de lune (189). Il y a bien eu moins de patients lors du premier quartier de lune (146), mais on voit bien mal comment cela pourrait appuyer les croyances sur la pleine lune.

En fait, les chercheurs ont noté une seule différence qui s'est avérée significative, d'un point de vue statistique : il y a eu moins de cas liés aux troubles de l'anxiété pendant le dernier quart du cycle lunaire. Mais encore ici, rien à voir avec la pleine lune - et de toute façon, Dre Belleville soupçonne que cela n'est qu'une fluctuation aléatoire, une possibilité qu'on ne peut jamais écarter complètement.

Au final, concluent les chercheurs, «ces résultats devraient encourager les professionnels des urgences et les médecins à abandonner leurs croyances à propos de l'influence du cycle lunaire sur la santé mentale de leurs patients. [...] Les croyances comme celle voulant que le cycle lunaire ait un effet sur les patients sont vraisemblablement maintenues par le phénomène des prophéties autoréalisantes [self-fulfilling prophecies], c'est-à-dire des attentes qui changent les comportements d'une personne de manière à ce que l'attente se concrétise.»

Autre source :

RUSSELL G. FOSTER et TILL ROENNEBERG, «Review : Human Responses to the Geophysical Daily, Annual and Lunar Cycles», Current Biology, 2008.

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