Anna (nom fictif), carré noir: une camarade en marche

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Selon Anna, l'élément déclencheur a été la manifestation contre la brutalité policière à Montréal, le 15 mars dernier.

Le Soleil

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Mylène Moisan

(Québec) «Sans les carrés noirs, il n'y aurait pas eu de crise sociale.» Dans la bouche d'Anna, le constat est une victoire, un fait d'armes. Anarchiste, elle a porté le carré noir et a agi en conséquence, opposant «une violence symbolique à la violence quotidienne d'un état policier». Que vaut une vitre brisée contre l'oppression?

«Quand un camarade brise une fenêtre, c'est une violence symbolique, c'est un message qui est porté. Et c'est un message qui ne peut pas être porté par de simples manifs, en s'assoyant dans la rue.» Ou en tapant sur des casseroles. «C'était joli, les casseroles, mais il fallait plus que ça pour éveiller les consciences.»

Dans son appartement au sous-sol d'une maison de Sillery, Anna me reçoit. Petite brunette, la jeune femme a l'air toute sage. «Moi, j'étais plus en soutien. Je faisais souvent l'éclaireur, pour voir où étaient les policiers. J'apportais aussi les premiers soins aux camarades», qu'elle m'explique. Elle a passé son printemps érable à Montréal, où les carrés noirs étaient particulièrement actifs.

Les soirs de manif, le ralliement des camarades se faisait en partie par les réseaux sociaux, beaucoup sur le terrain. Chaque soir, les carrés noirs coordonnaient leurs actions en fonction des forces en présence. Les carrés noirs se multipliaient au rythme des manifs. «Beaucoup de personnes s'y sont initiées au printemps», a-t-elle constaté.

Elle-même n'était pas aussi radicale il y a six mois à peine. «Je lisais un peu les journaux, j'avais quand même une insatisfaction.» Elle votait orange, «plus social-démocrate». Aujourd'hui, elle est anarchiste, lit Bakounine, Proudhon, Tolstoï. Ses amis sont des camarades.

L'élément déclencheur a été la manifestation contre la brutalité policière à Montréal, le 15 mars dernier. «Les policiers étaient caustiques, ils voulaient clairement casser les rangs. J'ai été touchée physiquement, j'ai reçu des coups de bouclier dans le dos. C'est assez impressionnant.» Elle a été arrêtée aussi, deux fois. «J'ai vu l'État policier de l'intérieur, c'est assez pour devenir plus radicale.»

La deuxième fois où elle a été arrêtée, c'était à la mi-mai. C'est la goutte qui a fait déborder le vase. «Le policier m'a prise, m'a jetée par terre. J'ai eu un bleu sur le bras pendant deux ou trois semaines. Ils m'ont mis en cellule. Ça fait réfléchir. [...] Ça fâche, ça crée un sentiment d'injustice, t'es pris avec ça.»

Pour s'en déprendre, elle est devenue de plus en plus radicale. Les actes de violence, dont elle n'était «pas sûre» au début, sont devenus normaux. Nécessaires, même. «Il n'y aurait pas eu de printemps érable sans les carrés noirs, on a ouvert une fenêtre du conflit. Sans nous, les manifs se seraient dispersées, les gens n'auraient pas été conscientisés. Sans les images de feu à Montréal, sans les actes de violence, il n'y aurait pas eu de crise sociale. Il faut brasser de la marde pour que les gens voient l'État policier.»

Dans chacune des manifestations qui se sont tenues pendant la crise étudiante, «il y avait deux sortes de gens : ceux qui veulent une réforme et ceux qui veulent une révolution». Anna a choisi son camp. Dans son monde idéal, il n'y a pas de gouvernement, ni d'institutions. Il y a des «écoles libres, des institutions organiques. L'éducation est un moyen de se déconditionner, d'être moins à la merci des autorités, de toute forme d'autorité. Ça doit développer la pensée critique».

Inutile de dire que dans son livre à elle, toute la question de la hausse des droits de scolarité est un faux débat. Ce n'est pas pour ça qu'elle manifestait. Toutes les occasions sont bonnes pour «éveiller les consciences». Et, qui de mieux placé pour le faire que les carrés noirs, «qui ont arrêté d'avoir peur de la police et de l'autorité. Ils donnent l'exemple». Ils attendent la prochaine occasion.

Anna est tellement convaincue de la nécessité de la violence, qu'elle s'étonne que des carrés rouges aient «manqué de respect» envers des carrés noirs. «Pour certaines personnes, il n'y avait pas de respect pour ceux qui prônent la violence. Des carrés rouges ont tabassé un carré noir qui avait cassé une vitre de l'armée. Tsé, une vitre de l'armée...»

N'en déplaise à Jacques Brel, parfois, quand le ciel flamboie, le rouge et le noir ne s'épousent pas.

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