Inverser le mouvement de la révolution industrielle

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Les recherches de Richard Bélanger visent à développer des méthodes autres que les pesticides chimiques pour traiter les maladies agricoles.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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Recherche: défis de société

Société

Recherche: défis de société

De la santé aux ressources naturelles, des communautés intelligentes à l'éthique en passant par le Nord durable, toutes ces questions constituent des domaines de recherche conduisant souvent à des applications concrètes pour améliorer nos vies. Ce sont de grands défis de société. »

<p>Camille B. Vincent</p>
Camille B. Vincent

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Québec) L'homme est le grand responsable de la destruction d'écosystèmes et de l'épuisement de ressources naturelles. Mais grâce notamment à 420 chercheurs de l'Université Laval, il devient également partie prenante de la solution.

Car un des grands thèmes de recherche priorisés par l'Université est la gestion et la valorisation des ressources naturelles de manière responsable. Il s'agit en quelque sorte «d'inverser le mouvement» enclenché par la révolution industrielle, tel que le mentionne l'institution dans son Plan de développement de la recherche 2015-2010.

Pour que le tout se réalise intelligemment, tous les secteurs doivent être mis à contribution. Et déjà, plusieurs se démarquent à l'Université Laval pour leurs travaux innovateurs. 

Parmi eux : la conservation des ressources aquatiques et de l'eau, l'écoefficience en production agricole, la réhabilitation des sites miniers, la restauration des tourbières, la consommation écologique d'énergie et l'élaboration de nouveaux modèles d'affaires écoresponsables.

Développement durable

Par ailleurs, et depuis plusieurs années, l'Université Laval fait du développement durable la pierre d'assise de toutes ses grandes orientations. Derrière ce grand principe, le vice-recteur principal et au développement à l'Université, Éric Bauce.

Il cherche ainsi à favoriser un développement qui ne compromettra pas la qualité de vie des générations futures. Selon le ministère du Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, le développement durable «s'appuie sur une vision à long terme qui prend en compte le caractère indissociable des dimensions environnementale, sociale et économique des activités de développement».

«Avec cette vision-là, c'est ce qui nous a amenés à être premiers au Canada [l'Université Laval] en développement durable», affirme Éric Bauce.

L'élément oublié

>> Domaine de recherche: Phytoprotection (lutte contre les maladies de plantes)

Situation: 

  • Il s'est vendu près de quatre millions de kilogrammes d'ingrédients actifs de pesticides au Québec en 2011. Un chiffre significativement supérieur à celui des trois millions de kilogrammes vendus en 2001, soit 10 ans avant. À ce moment, le secteur agricole était responsable de 79 % de ces ventes.
  • À l'échelle mondiale, le blanc poudreux est la troisième maladie d'importance chez les plantes. Aux Pays-Bas, elle est associée à 70 % de l'utilisation de pesticides illégaux dans le marché de la rose.
  • Seulement en 2003, la rouille du soya a causé pour 2 milliards $ de pertes agricoles au Brésil, le deuxième producteur de soya au monde.
Sources : Environnement Canada, La Presse et Richard Bélanger

Les plus assidus lecteurs de cette série d'articles se souviendront qu'il a été question, la semaine dernière, de l'utilisation du silicium pour améliorer l'efficacité des fibres optiques employées en communications. Cette fois, le silicium vient à la rescousse des plantes, grâce aux travaux de Richard Bélanger, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en phytoprotection.

«Le silicium, c'est le grand élément oublié. C'est le deuxième élément en importance à la surface de la Terre, et pourtant, en agriculture, c'est considéré, du moins au niveau des plantes, comme un élément non essentiel à la croissance», mentionne le Dr Bélanger.

Pourtant, depuis plusieurs années déjà, bon nombre de rapports font état de la résistance accrue aux maladies que confère aux plantes l'absorption de silicium. Une notion d'ailleurs bien ancrée dans les recettes de grands-mères.

Ce qui restait toutefois incompris par la communauté scientifique, c'était la manière dont était absorbé le silicium. C'est maintenant chose faite, grâce notamment à la contribution du Dr Bélanger et de son équipe.

«Ce dont on est passablement fier, c'est qu'on a fait une découverte - sur laquelle je ne peux pas m'étendre trop, trop - dans le soya, qui est une des plus grosses productions au monde en ce moment», ajoute le chercheur. «Cette découverte-là a fait qu'une des plus grosses compagnies au monde a dit que "ça pourrait révolutionner la façon dont on fait pousser le soya". Puis, ils sont venus investir dans nos recherches.»

La compagnie en question : Syngenta, une société suisse qui atteignait en 2013 un chiffre d'affaires de près de 15 milliards $.

Bien qu'il demeure mystérieux quant à la nature exacte de la découverte, Richard Bélanger précise qu'elle est liée à l'absorption du silicium.

«L'entreprise salive à regarder ça. [...] En termes d'agriculture durable, l'impact que ça aurait serait absolument phénoménal», se réjouit le chercheur.

Admiration ironique

De manière plus générale, la recherche de Richard Bélanger porte sur le développement de méthodes alternatives aux pesticides chimiques pour la répression des maladies agricoles. 

Il déplore que se soit développée au fil du temps une dépendance à ces agents chimiques, mais en comprend par ailleurs la raison. Ironie du sort, il dit d'ailleurs avoir «développé une certaine admiration» pour l'efficacité de ces produits.

Actuellement, cesser l'utilisation des pesticides chimiques «causerait plus de tort que de bien», assure-t-il. «Mais à plus long terme, avec les avancées qu'on est en train de faire, surtout au niveau de la génomique [...], c'est certain qu'on va aller vers une moins grande dépendance de ces produits-là», mentionnant au passage la «remarquable» progression réalisée en ce sens au cours des 20 dernières années.

Le chercheur Louis Bernatchez a été un des... (Photo fournie par Louis Bernatchez) - image 3.0

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Le chercheur Louis Bernatchez a été un des premiers à s'intéresser à l'utilisation de la génétique en biologie aquatique, durant ses études doctorales. Il est aujourd'hui un leader mondial dans le domaine.  

Photo fournie par Louis Bernatchez

Le gardien du phare

>> Domaine de recherche: Génomique des poissons

Situation:

  • À ce jour au Québec, 61 espèces aquatiques sont répertoriées dans la Loi canadienne sur les espèces en péril, et un grand nombre d'espèces sont à l'étude en vue d'y être inscrites. À titre d'exemple, les stocks du saumon de l'Atlantique ont diminué de moitié depuis 20 ans.
  • Effectuée en 2012 par le gouvernement Harper, une modification à la Loi canadienne sur les pêches a retiré les références à la protection de l'habitat des poissons dans ladite loi, ce qui compromet la réalisation d'études environnementales avant le développement de tout grand projet industriel.
  • L'ensemencement de poissons est depuis longtemps pratique courante pour supporter la pêche sportive. Chaque année, jusqu'à sept millions de truites mouchetées (ombles de fontaine) sont relâchées dans la nature au Québec.

Sources : Pêches et Océans Canada, Le Devoir et Louis Bernatchez

Il peut sembler anodin de vouloir augmenter la population d'une espèce aquatique sur un territoire donné. Si ça peut aider à supporter la pêche sportive, et que le tout se fait dans le respect des autres espèces de l'environnement en question, pourquoi pas, diront plusieurs.

Louis Bernatchez, spécialiste en génomique des poissons, met un bémol : ces poissons sont produits en environnement artificiel. «Ils ont des caractéristiques qui commencent à s'éloigner des caractéristiques des poissons sauvages, qui sont dans leur environnement naturel et qui sont adaptés à ces environnements-là. [...] Le poisson domestique va s'hybrider avec le poisson sauvage, et les bagages génétiques vont se mélanger. Ce que ça peut avoir comme conséquence, c'est de diminuer l'adaptation des populations sauvages à leur environnement et de diminuer les rendements. En fait, c'est une perte nette au niveau de la biodiversité.»

Similairement, le Dr Bernatchez aborde le cas de la morue, qui est aujourd'hui pratiquement absente des cours d'eau québécois. Elle n'est pas totalement disparue, mais détient un taux de croissance beaucoup plus faible qu'auparavant. 

«En ayant pêché pendant des décennies les plus gros poissons, ceux qui sont restés, c'est ceux qui avaient une croissance plus faible», explique Louis Bernatchez. En d'autres termes, les morues grossissant moins vite ont été favorisées, car elles pouvaient échapper à la pêche. 

«On a changé la trajectoire de l'évolution de ces populations-là», fait remarquer le Dr Bernatchez. Un constat déroutant tout de même - autant pour le chercheur que pour l'auteur de ces lignes - que de constater l'impact de l'activité humaine sur un processus aussi complexe que celui de l'évolution.

Et ce n'est que le début, annonce Louis Bernatchez, considéré comme un des leaders mondiaux en recherche génomique portant sur les espèces aquatiques. «Dans les pêches sportives, c'est la même chose qui va se passer. Quand on va à la pêche et qu'on peut remettre des poissons à l'eau, qu'on peut en garder juste quelques-uns et qu'on va viser toujours à garder les plus gros, qu'est-ce qui va se passer? Ça va être la même chose.»

Mais l'homme est-il le principal responsable des problèmes liés à la biologie marine?

«C'est clair!» lance le Dr Bernatchez. Non seulement par cette pêche sélective, mais également par la contamination des milieux, la destruction des habitats et l'introduction d'espèces invasives, pour ne nommer que ça.

À propos de la destruction des habitats aquatiques, le chercheur déplore d'ailleurs la décision de modifier la Loi sur les pêches, décision prise en 2012 par le gouvernement Harper.

«Ils ont édulcoré pas mal la loi, ce qui fait que dans plusieurs situations, les études d'impacts ne sont plus nécessaires. [...] Selon la [nouvelle] loi, un poisson, ça correspond à quelque chose qui est exploité soit par la pêche sportive, soit par la pêche commerciale, soit pour la subsistance par les Premières Nations. Si ça ne tombe pas dans ça, t'es pas un poisson. Je ne fais même pas de caricature, ça fait une espèce qui n'est pas sujette à la protection de son habitat.» 

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