L'art de créer

Serge Lacasse et Sophie Stévance sont d'accord pour... (Le Soleil, Yan Doublet)

Agrandir

Serge Lacasse et Sophie Stévance sont d'accord pour dire que la musique pop est plus travaillée qu'elle en a l'air de prime abord et que ce style musical n'est pas que de la marchandisation.

Le Soleil, Yan Doublet

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Dossiers >

Recherche: défis de société

Société

Recherche: défis de société

De la santé aux ressources naturelles, des communautés intelligentes à l'éthique en passant par le Nord durable, toutes ces questions constituent des domaines de recherche conduisant souvent à des applications concrètes pour améliorer nos vies. Ce sont de grands défis de société. »

<p>Camille B. Vincent</p>
Camille B. Vincent

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Québec) À l'Université Laval, nombre de chercheurs seraient ravis de nous rappeler que la recherche n'est pas le propre des professeurs vêtus de l'illustre sarrau blanc. En effet, les travaux de plusieurs d'entre eux portent sur les domaines culturels et artistiques, des domaines qui les incitent à retirer leur habit de chercheur, et à enfiler celui d'artiste, de créateur.

Qu'ils se concentrent sur la dimension musicale, littéraire, historique, théâtrale ou culturelle de la création artistique, ces quelque 220 professeurs abordent leur recherche d'un point de vue beaucoup plus intime qu'objectif, contrairement à ce qui se fait dans la recherche scientifique traditionnelle. Car pour comprendre la création, il faut la vivre de l'intérieur.

L'Université Laval est particulièrement réputée pour son expertise en recherche-création, «où la création est à la fois l'objet de la recherche et génère la recherche, et où la démarche artistique est conscientisée et exprimée de manière réflexive».

C'est ce que fait notamment l'Observatoire interdisciplinaire de création et de recherche en musique (OICRM), un regroupement interuniversitaire qui regroupe des chercheurs et des étudiants d'ici et d'ailleurs.

À Québec, les membres lavallois de l'OICRM peuvent compter sur un terrain de jeu pour le moins inspirant : le Laboratoire audionumérique de recherche et de création, qui n'a rien à envier aux plus grands studios d'enregistrement du monde. Y est principalement étudié le processus créatif, que ce soit en ce qui a trait aux sons eux-mêmes ou à la signification des sons créés.

Par ailleurs, en tant que première université francophone d'Amérique du Nord, l'Université Laval se fait un devoir de privilégier l'étude des faits de langue et de la culture québécoise.

Vivre la musique

>> Domaine de recherche: Création musicale

Situation: Environ 400 albums d'artistes québécois sont mis en marché chaque année. En 2013, 37 de ces albums ont été vendus à 10 000 exemplaires, et seuls 15 albums québécois ont atteint le seuil des 25 000 copies vendues.

Au Canada, 125 000 auteurs, compositeurs et éditeurs sont membres de la SOCAN (Société canadienne des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique). En 2014, ils ont reçu un montant record de 299 millions $ pour des exécutions nationales, internationales et privées, une augmentation de 8 % par rapport à 2013.

Sources : SOCAN et Association québécoise de l'industrie du disque, du spectacle et de la vidéo (ADISQ)

«Moi, qu'on ne me dise pas que la musique pop, c'est du n'importe quoi parce que c'est mercantile. Qu'est-ce qu'on en a à faire que ce soit mercantile? Qu'est-ce qu'on s'en fout! Beyonce, Sia, Rihanna, c'est remarquable la technicité de ces artistes! Le degré de subtilité qu'elles parviennent à produire, ce n'est pas de la marchandisation.»

Paroles d'un fanatique de la pop? Au contraire, plutôt celles d'une musicologue de l'Université Laval et altiste, Sophie Stévance. 

Pour elle, et pour son collègue Serge Lacasse, la musique dite populaire a autant de valeur artistique que n'importe quel autre genre musical. Les préjugés à son égard ne sont le fruit que d'une tradition classique, aujourd'hui éclatée.

«Jusqu'en 1990, en musicologie, l'erreur a été d'utiliser les critères classiques pour dire que la musique pop est nulle. "Il y a deux accords et c'est toujours répétitif"», illustre le Dr Lacasse, spécialiste de la musique populaire à l'Université Laval. «Ben oui, c'est de la musique orale! Mais as-tu regardé comment sont chantés les trucs, comment ils sont joués, comment le son est produit? C'est là que ça se passe.»

Serge Lacasse sait de quoi il parle. Il est, selon les dires de Sophie Stévance, «un des plus grands spécialistes mondiaux de la musique populaire». À l'échelle canadienne, il a obtenu le premier poste consacré à la musicologie de la musique populaire en 2000, à l'Université de Western Ontario.

«Avant ça, personne ne faisait ça au Canada», souligne-t-il.

Ce qu'il retient de ses années de recherche sur la question : «Tout ce que vous entendez, non seulement c'est voulu, mais c'est hyper travaillé.»

Sophie Stévance appuie les propos de son collègue en citant l'exemple de Bruno Mars, le nouveau roi de la pop. «Bruno Mars, en studio, il est faux, alors qu'il est hyper juste en performance. Pourquoi? Parce qu'il cherche un feeling

L'artiste américain aurait d'ailleurs eu besoin de huit mois pour enregistrer sa chanson Locked Out of Heaven. «Notre hypothèse, c'est que ça a passé par chanter faux», explique le DrLacasse.

Il s'inscrit d'ailleurs en faux contre les jugements hâtifs portés à l'endroit de bon nombre de chanteurs pop et de la justesse de leur voix lors de performances en direct.

«Les exemples qui sont donnés sont hors contexte. C'est du monde qui ne s'entendent pas quand ils chantent. Quand tu ne t'entends pas, c'est sûr que tu fausses. Céline Dion, les gens s'attendent à ce qu'elle chante juste live, mais attention, le set-up est fait pour qu'elle s'entende, qu'elle puisse donner sa performance.»

Singularité

Sophie Stévance s'intéresse également au processus de création, et le fait en étudiant les caractéristiques individuelles de l'artiste. Car à ses yeux, les deux sont indissociables. «Quand on étudie un artiste, qui plus est un performeur, on ne peut pas faire abstraction de sa voix, du lieu où il a grandi, de ce qu'il fait sur scène...»

Depuis quelques années, MmeStévance se penche sur le processus créatif de l'artiste inuite Tanya Tagaq, qualifiée de «chanteuse de gorge», qui vient tout juste de remporter le prix Juno 2015 dans la catégorie Album aborigène de l'année pour Animism. Tanya Tagaq a également remporté le prix de musique Polaris en 2014, devant Arcade Fire et Drake.

«Je ne fais pas que regarder ce qu'elle fait musicalement. Je l'inscris dans une compréhension plus globale de son esthétique en tant qu'artiste», explique Sophie Stévance. «Pour mieux comprendre son processus de création, il faut regarder qui elle est, ce qu'elle fait.» 

René Audet, spécialiste de la littérature contemporaine, ne... (Le Soleil, Yan Doublet) - image 3.0

Agrandir

René Audet, spécialiste de la littérature contemporaine, ne croit pas que le livre soit en train de disparaître, mais que ce support traverse plutôt une période de transformation et d'adaptation. 

Le Soleil, Yan Doublet

Réinventer le livre

>> Domaine de recherche: Littérature contemporaine

  • Situation: En 2013, la vente de livres neufs par les éditeurs, les distributeurs, les libraires, les grandes surfaces et les autres points de vente au Québec a totalisé 688 millions $. C'est 10 millions $ de plus que l'année précédente.
  • Rendant accessibles les livres numériques de toutes les bibliothèques publiques du Québec, la plateforme québécoise de prêt de livres en ligne (www.pretnumerique.ca) a fortement grandi en popularité depuis sa création, en 2012, passant de 115 000 à 780 000 emprunts numériques en seulement trois ans.

Sources : La Presse et Institut de la statistique du Québec

René Audet est professeur à l'Université Laval et spécialiste de la littérature contemporaine, française et québécoise. Il s'intéresse particulièrement à «ce qui se produit actuellement, de façon très, très récente». En entrevue avec l'expert, Le Soleil ne peut s'empêcher de poser la question qui est sur toutes les lèvres: le livre est-il appelé à disparaître? 

Il y a deux réponses à cette question, répond d'emblée le Dr Audet, également directeur du Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises à l'Université Laval. «La réponse plus immédiate : le livre n'est pas en train de disparaître. Il y en a plus que jamais, et il s'adapte.»

Il répond ainsi à la vision alarmiste de la littérature que partagent nombre de lecteurs depuis l'apparition du livre numérique. Une vision qui n'a pas lieu d'être, selon M. Audet.

«L'irruption du livre de poche, dans la première moitié du XXesiècle, a été une révolution. On avait l'impression qu'on enlevait de la valeur aux livres», ajoute-t-il en guise de comparaison.

La deuxième réponse à la question portant sur l'avenir du livre consiste à «rappeler que le livre, somme toute, est une invention assez récente. Il date de la fin du Moyen Âge, c'est un petit millénaire. [...] Cette forme-là est une forme stabilisée que Gutenberg, avec l'imprimerie, a beaucoup promue, mais qui existe de façon temporaire, au sens où elle nous convient. Ça ne veut pas dire qu'on va nécessairement rester avec ça».

À ses yeux, le passage au numérique est davantage de l'ordre d'un «déplacement de support» que d'un «point de rupture».

Identité

Particulièrement intéressé par ce qui se fait en littérature québécoise, René Audet constate que le Québec s'est doté d'une identité qui lui est propre au tournant des années 60. Une identité qui n'est certainement pas étrangère au mouvement nationaliste suscité par la Révolution tranquille.

«On le voit dans les oeuvres, dans la façon dont les personnages gèrent leur rapport au territoire, à la géographie, à l'obsession du paysage, du panorama visuel. [...] On a une sensibilité particulière, un rapport au territoire qui n'est pas le même que pour un Européen.»

Avec les années se développe également une «littérature diglotte», incarnée par des auteurs québécois d'adoption. On pense notamment à Dany Laferrière, à Marco Micone et à Kim Thúy, qui ont tous trois su marquer les imaginaires québécois.

«Ils ont apporté un regard extérieur et une forme d'ouverture sur le monde», fait remarquer René Audet. «On dirait que ça a coloré ce que peut être la littérature québécoise aujourd'hui, qui a tendance à regarder vers l'extérieur.»

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer