La vie devant soi

Marie-Noëlle Désy, 23 ans...

Agrandir

Marie-Noëlle Désy, 23 ans

Partager

Sur le même thème

(Québec) Si tout était à refaire, Marie-Noëlle Désy, 23 ans, aimerait être cow-boy. Pour la nature. Pour l'Ouest. Pour la musique. Si tout était à refaire, Samuel Georget, 23 ans, débarquerait de nouveau à Québec, pour la première fois, en provenance de sa Bretagne natale. «La chose qui m'a tout de suite marqué, c'est l'accueil et la générosité des gens. En France, quand on ne connaît pas quelqu'un, on ne lui parle pas.»

Samuel Georget, 23 ans... - image 1.0

Agrandir

Samuel Georget, 23 ans

Marie-Noëlle et Samuel ne se connaissent pas. Plus différents qu'eux, ça se peut pas. Mais chacun à leur façon, ils veulent changer une parcelle du monde, grâce à l'enseignement. Insuffler à leurs élèves le petit supplément d'âme qui faisait dire à Robert Kennedy: «Il y a des gens qui regardent le monde et qui se demandent pourquoi les choses sont ainsi. Moi, je vois des choses qui n'existent pas encore, et je demande : pourquoi pas?»

Marie-Noëlle veut enseigner les sciences dans un programme d'immersion française à Victoria, en Colombie-Britannique. Dans une société qu'elle trouve plus portée vers l'entraide et le bénévolat. Depuis trois ans, Samuel travaille à concilier le sport et les études, à l'école secondaire Samuel-De Champlain, dans l'arrondissement de Beauport. Il participe à la minirévolution qui fait du soccer le sport le plus pratiqué par les jeunes Québécois. Devant le sacro-saint hockey!

Finie l'époque où les mauvais plaisantins disaient : «Les optimistes disent que la coupe est à moitié pleine. Les pessimistes disent que la coupe est à moitié vide. Et le soccer nord-américain, lui, ne verra jamais la coupe...»

Peu importe. L'essentiel est ailleurs. Un Lionel Messi par génération, ce serait bien. Mais des milliers d'élèves qui restent aux études grâce au sport, et qui deviennent les ingénieurs, les musiciens, les médecins, les poètes ou les cuisiniers de demain, c'est encore mieux.

Agronome de fortune

Joueur étoile pour le Rouge et Or à l'Université Laval, entraîneur, professeur, étudiant à la maîtrise, Samuel a un horaire aussi chargé que celui d'un président de la République. Mais le soccer et l'enseignement sont restés deux balises, deux repères, dans un Nouveau Monde où tout était à découvrir. L'hiver. Le territoire immense. L'université québécoise. «Une autre chose qui m'a frappé en arrivant ici, c'est que les étudiants universitaires ont deux vies. Une vie d'étudiant et une vie de travailleur. En France, l'université, c'est un travail à temps plein.»

Pour Marie-Noëlle, le parcours vers l'enseignement des sciences s'est révélé plus compliqué, avec un petit détour par l'agronomie. «J'aimais les cours de sciences, mais pour le côté agricole, c'était moins évident. L'un des cours s'appelait Visite agronomique. Le premier jour, nous sommes allés rencontrer un cultivateur. D'emblée, il nous a dit : "C'est difficile. Y a pas de relève. Je n'ai pas pris de vacances depuis 50 ans. J'ai très mal au dos."»

Après un discours de motivation semblable, parions que les étudiants désiraient autant se lancer en agriculture qu'apprendre par coeur le bottin téléphonique du grand Tokyo, avec ses millions d'entrées!

Marie-Noëlle se défend d'être intello. Ou militante. Elle n'a pas participé aux manifs étudiantes du printemps. Ça ne l'empêche pas d'être fière de sa génération. «Lors des grosses manifs, je trouve formidable que les choses se soient passées de manière pacifique. Pour moi, ça parle plus fort que tous les slogans du monde. Des fois, je me demande si le monde ne devrait pas être dirigé par des gens de 25 ans. Ça ne pourrait pas être vraiment pire.»

Quand la société de consommation finit par l'étourdir, Marie-Noëlle a une recette : partir en canot. Pour oublier. Pour échapper à un milieu universitaire hyper compétitif, «où des étudiants hésitent à prêter leurs notes à un confrère qui a dû s'absenter d'un cours». Mais pour elle, rien ne vaut la côte du Pacifique. «Je pourrais rester des heures à regarder la mer.»

La distance n'a plus d'importance

Marie-Noëlle et Samuel ne se connaissent pas. Ils ne se ressemblent pas.

Mais tous les deux, ils ne trouvent pas contradictoire d'insister sur l'importance des liens familiaux, tout en s'établissant à l'autre bout du monde. Samuel a même une jolie expression qui résume la situation : «Je suis à distance, sans prendre mes distances.»

«La famille est éparpillée, mais ça ne nous empêche pas de nous réunir», explique Marie-Noëlle.

«Au Québec, je n'ai pas l'impression d'être plus loin que si j'habitais à l'autre bout de la France, ajoute Samuel. Avec le téléphone et des logiciels comme Skype, je parle très souvent à ma famille. On se voit tous les six mois. Chaque fois, j'ai l'impression qu'on vient de se quitter.»

Samuel vit au jour le jour. Sans essayer de prévoir l'avenir. Par exemple, il aimerait avoir des enfants, mais il ne se fixe pas d'échéancier. «J'apprécie la vie comme elle vient. Je ne me dis pas qu'il faut que j'aille à Las Vegas avant de mourir, ou des choses du genre.»

Avec Marie-Noëlle, c'est tout le contraire. Quelque part dans ses affaires, elle traîne aussi une bucket list. Traduction: une liste des choses réalisables qu'on veut faire pendant qu'on est en vie.

? Vivre à Victoria

? Aller en Californie

? Se marier

? Devenir une bonne professeure

? Voir un hippocampe

? Consulter une voyante

Pour la voyante, elle n'y croit pas vraiment. Son attitude ressemble à celle de l'économiste qui avait placé un fer à cheval au-dessus de son bureau, mais qui répétait à tout le monde qu'il n'était pas superstitieux.

«Mais alors, pourquoi l'avoir accroché? lui demandait-on.

- C'est parce que ça marche, que l'on y croie ou non, répondait l'économiste.»

Ne souriez pas. Dans le cas du mariage, c'est un peu la même chose. Marie-Noëlle voudrait une affaire modeste. Pas une grande fête «à l'américaine». On la sent à des années-lumière de l'humour grinçant de Groucho Marx : «Le mariage est une institution merveilleuse. Mais qui veut vivre en institution?»

Revenons à Samuel. «Avec le temps, peut-être que je sentirai le besoin de me rapprocher de la famille en France, conclut-il. En attendant, chaque fois que je débarque à l'aéroport Charles-de-Gaulle [à Paris] et que je vois des gens stressés courir partout, le Québec me manque. Je réalise à quel point c'est un monde cool

Marie-Noëlle se montre plus fataliste.

«Peut-être que je reviendrai à Québec au bout d'un an, dit-elle. Mais les Québécois qui vivent en Colombie-Britannique m'ont prévenu: "Tu verras, tu ne reviendras pas".»

Partager

lapresse.ca vous suggère

  • La revanche des <em>geeks</em>

    Qui sont les jeunes?

    La revanche des geeks

    Si en ce samedi soir pluvieux d'automne vous sentez le besoin que quelqu'un vous prenne dans ses bras, il doit être rassurant de savoir que Yokomarjo... »

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

publicité

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer