Pour comprendre l'importance du site, il faut remonter l'horloge, imaginer les scènes historiques... Début de la colonie, Samuel de Champlain, fondateur de Québec, fait construire une petite chapelle en bois à l'endroit où trônera la basilique-cathédrale Notre-Dame, dans le Vieux-Québec. Un peu avant 1650, le bâtiment est transformé en véritable église de pierre. Sur les deux flancs, des cimetières; un pour les premiers colons, l'autre réservé à leurs enfants emportés trop tôt.
Avec les années qui s'écoulent, le temple semble quelconque. On agrandit donc par-dessus les sépultures. Mais, une fois les cimetières disparus sous l'église, où sont inhumés les fidèles? «Pendant plus de 250 ans, on enterre les paroissiens directement dans la cathédrale», répond le sacristain Jean-Claude Côté, notre guide pour l'exploration des caveaux du monument historique. On enlevait les planches, on creusait la tombe puis on refermait le tout à la fin de la cérémonie. Les prêtres et les évêques avaient le privilège d'entamer leur voyage vers le paradis catholique dans un espace réservé, sous le choeur. À l'époque, la tâche mortuaire incombait aux sacristains, aux prédécesseurs de M. Côté... qui étaient payés en eau-de-vie. Il jure que cette coutume est disparue!
Les Anglais ont chamboulé la tradition au cours du siège de Québec. En juillet 1759, les Britanniques bombardent la cité avec des projectiles incendiaires. L'église ne résiste pas.
Résilients, les ancêtres reconstruisent. Des inhumations reprennent, mais de moins en moins de laïcs ont l'honneur d'être ensevelis sous le bâtiment. Les saisons se succèdent sans trop de pépins jusqu'à ce que le feu ravage encore la cathédrale en 1922. La basilique actuelle est alors érigée; sur les plans, on prévoit l'aménagement sommaire d'une crypte qui sera parachevée, décorée, durant les années 50.
Du monde à la messe!
Il faut dire que le clergé de Québec avait besoin d'espace pour les défunts des alentours. Il y avait les pensionnaires des deux cimetières de la fondation de la capitale à reloger. Ajoutons les vestiges des inhumations réalisées sous le plancher de l'église durant des siècles. Au total, sur le terrain de la basilique-cathédrale, les restes d'environ 850, peut-être 1000 personnes, reposaient. Ajoutons encore qu'il fallait trouver un espace paisible pour les prêtres de la paroisse, les évêques, quelques élus ainsi que des gouverneurs que l'on voulait glorifier après leur trépas en leur offrant une place de choix dans la crypte.
Aujourd'hui, les restes de ces ancêtres sont presque tous sous les pieds des visiteurs, note Jean-Claude Côté, en nous ouvrant une porte à droite du choeur. Un escalier étroit nous permet alors de descendre dans le caveau.
Champlain dans la crypte?
La crypte est un couloir de pierre. Dans les parois sont aménagés des tombeaux pouvant chacun accueillir soit un cercueil privé, soit les ossements de nombreux défunts. Ainsi, 19 évêques, en commençant par le premier de Québec (Monseigneur de Laval), jouissent d'une dernière demeure exclusive. Sur les pierres fermant leur sépulture, on observe leurs armoiries et des rappels historiques. Quelques sites vides attendent les prochaines dépouilles mortelles. Au bout de la section des évêques, une chapelle commémorative a été aménagée.
Quatre gouverneurs de la Nouvelle-France reposent à leurs côtés : Louis de Buade de Frontenac, Louis-Hector de Callières, Philippe de Rigaud de Vaudreuil et Jacques-Pierre de Taffenel de la Jonquière. Même Samuel de Champlain, le fondateur de la capitale québécoise, reposerait dans la crypte... mais la controverse perdure.
Certains historiens sont convaincus que son cercueil est encore sous une rue voisine de l'église. Un peu avant notre visite, un groupe d'experts avait scruté le secteur avec un sonar dans l'espoir de le retrouver, expose notre guide Jean-Claude Côté. Une plaque installée dans le sous-sol de la basilique-cathédrale fait toutefois état d'une autre théorie populaire : «[...] Il y a tout lieu de croire que [ses] restes mortels furent placés dans la crypte de la cathédrale et ils doivent reposer aujourd'hui dans cet ossuaire.» Ainsi, lorsque les ossements des centaines de défunts furent récupérés, réunis, ceux de Champlain auraient été jetés dans le tas!
M. Côté nous guide vers les ossuaires où pourrait se trouver Champlain, du moins ce qu'il en reste. En suivant le couloir de la crypte, on croise quelques cases collectives. Dans une, par exemple, sont entassés les ossements d'une vingtaine de prêtres d'une même communauté religieuse. Les dates des décès : de 1685 à 1898.
Un peu plus loin, des espaces sont réservés au Séminaire de Québec voisin. La crypte est toujours utilisée. En 2011, deux prêtres séminaristes y ont été installés. À l'extrémité ouest du couloir, des portes de bronze rendent d'ailleurs hommage à la communauté dont le siège social jouxte la cathédrale. Depuis peu, les visiteurs peuvent les franchir.
Les fameux tas d'os dans lesquels serait Champlain sont ici. Rien de spectaculaire, ni de morbide... on a coulé le tout dans quatre gros blocs de béton et de pierres! N'empêche, les plus alertes pourront voir un os par-ci, des morceaux de cercueil par-là, en jetant un oeil dans un secteur qui n'a pas encore été excavé, nettoyé.
Quelques artefacts sont exposés dans la petite pièce : une croix de 1665, des outils du culte de 1790, etc. Au centre, le cercueil de François de Laval, retrouvé «par hasard» en 1878, au cours de travaux, raconte Jean-Claude Côté.
Pour les curieux, l'église a compilé les noms de nos aïeuls dans un document que l'on peut consulter sur place. «La cathédrale, c'est également un lieu où reposent nos ancêtres. Plusieurs des grandes familles ont leurs ancêtres ici.» Notre guide a ainsi appris que le premier Côté (on écrivait Costé) et sa femme sont dans les ossuaires. «Ici, il y a l'histoire de la Nouvelle-France qui est encore présente.»
La courte visite publique prend fin dans cette pièce. Le reste du sous-sol est privé... surtout parce qu'on y retrouve la mécanique du bâtiment, le chauffage, la soufflerie de l'orgue, le rangement. Pour les curieux, il est possible de descendre dans la crypte durant l'été, presque tous les jours, entre 9h30 et 15h30. De midi à 13h30, la porte est close puisque c'est la messe! Il faut réserver à la boutique de la cathédrale et payer 5 $ pour le privilège.
À chaque communauté sa crypte
«La plupart des communautés religieuses ont leur propre crypte», explique Martina de Vries, de la Corporation du patrimoine et du tourisme religieux de Québec. Le lieu est toutefois généralement réservé aux sépultures des membres de la congrégation.
Dans le Vieux-Québec, on en retrouve, par exemple, chez les Augustines, les anciennes hospitalières de L'Hôtel-Dieu, dont la communauté a été fondée en 1639. Les soeurs éducatrices des Ursulines, débarquées la même année, ont aussi établi leurs pénates dans les limites de la vieille ville. Leur résidence compte une crypte. Il en est de même pour les anglicans, qui ont aménagé leur crypte sous la cathédrale Holy Trinity, plantée dans le même secteur, rue des Jardins. Une autre est cachée à deux pas de la basilique-cathédrale Notre-Dame : «Le Séminaire de Québec a une immense crypte qui est pleine. Ils n'ont plus d'espace du tout.» Voilà pourquoi la communauté a acheté des places dans celle de la basilique!
Crypte: Endroit caché. [Notamment] caveau souterrain construit sous une église et servant généralement de sépulcre.
Source : Centre national de ressources textuelles et lexicales du Centre national de recherche scientifique, France