Poser une question à Ottavio Cinquanta s'apparente parfois à s'engouffrer dans un labyrinthe. Aux commandes de l'Union internationale de patinage (ISU) depuis 17 ans, l'homme sait patiner. Aussi membre du Comité international olympique (CIO) depuis 15 ans, l'Italien de 73 ans manie l'art de la métaphore et du louvoiement verbal à la perfection.
Après plusieurs détours, Cinquanta révèle néanmoins qu'«à mon opinion personnelle, j'aurais essayé. Mais si le Canada décide de ne pas y aller, c'est leur choix. Le CIO ne travaille pas avec des opinions. Moi, j'aurais essayé, mais peut-être que j'aime trop la loterie», sourit-il.
Né à Rome, élevé à Milan, Cinquanta a aussi habité Paris. Ce qui ne l'empêche pas de dire que «Québec est l'une des plus belles villes au monde» parce qu'elle «allie modernité et histoire». «Si j'avais à déménager, ce serait à Québec, en Scandinavie ou en Bavière», dans le sud-est de l'Allemagne, énumère-t-il.
Cinquanta n'adhère pas aux prétentions d'un René Fasel, président de la Fédération internationale de hockey sur glace, ou encore d'un Gian Franco Kasper, président de la Fédération internationale de ski. Selon eux, la règle de l'alternance promet les Jeux olympiques de 2022 à l'Europe.
«Mon ami René s'est senti un peu comme Dieu», lâche d'abord Cinquanta. «Il n'existe aucune règle qui dit de suivre l'alternance. À l'ISU, on peut choisir où on veut aller, mais ça ne marche pas comme ça au CIO. C'est le congrès qui vote. On ne peut pas prédire! Qui aurait dit que Rio de Janeiro allait battre Madrid 66 votes contre 32? Personne!» souligne-t-il, à propos du scrutin final pour la présentation des Jeux d'été de 2016.
Cinquanta était membre de la commission de coordination du CIO pour les Jeux d'hiver de 2010, à Vancouver, et l'est de nouveau pour ceux de 2014, à Sotchi. Il se rappelle aussi qu'il était à Budapest, en juin 1995, quand Salt Lake City a eu le meilleur sur Québec pour l'obtention des Jeux de 2002.
«Avec Vancouver 2010 et Québec 2022, le Comité olympique canadien [COC] peut trouver que c'est trop près, et je le comprends. Ce que le maire de Québec dit est intéressant aussi. Mais René Fasel n'est pas Canadien.»
«La décision vient du COC, qui lui dépose une candidature au CIO, qui lui vote ensuite. À mon avis, si un pays comme le Canada avec une ville comme Québec a peur de se porter candidat pour 2022, on ne peut rien y faire. Parfois, vaut mieux savoir prier que plaire», résume-t-il dans une formule énigmatique dont il a le secret.
Pour conclure - ou freiner les ardeurs? -, Cinquanta rappelle que la Finlande et la Suède n'ont jamais tenu les Jeux d'hiver, bien que personne ne puisse nier le caractère hivernal de ces pays. «C'est la vie!» lance-t-il à la volée, pour mettre en évidence les mystères insondables du mouvement olympique.