«Pour convaincre les gens du bien-fondé de recevoir les Olympiques, on répète souvent qu'ils auront des bénéfices, en premier lieu pour le tourisme. Mais nous sommes convaincus qu'ils sont très perturbateurs, qu'ils n'aident en rien l'industrie. Au contraire, ils dissuadent beaucoup de visiteurs, les incitant à ne plus venir», dit le directeur de l'AEGV, Tom Jenkins, rejoint à son bureau de Londres.
Le groupe, qui représente environ 150 grossistes du voyage attirant chaque année plus de six millions de visiteurs sur le Vieux Continent, a analysé l'achalandage des aéroports et des hôtels les années précédant et suivant les Jeux. Et tant Sydney en 2000, Athènes en 2004 que Pékin en 2008 montrent des ralentissements une fois le cirque olympique parti.
«Ils n'ont généré aucun bénéfice, point à la ligne», tranche M. Jenkins.
D'abord, l'arrivée massive de milliers d'athlètes, de leurs supporteurs et de toute la communauté olympique fait grimper en flèche le prix des chambres d'hôtel pendant quelques semaines. Le coût d'une chambre à Athènes en 2004 avait explosé de 400 % au moment des Jeux.
Or, cette rareté artificielle jouerait pour beaucoup sur les visiteurs potentiels. «Tout comme les villes hôtes pensent être pleines de touristes, les touristes se disent la même chose. Pendant les Olympiques, la motivation des visiteurs est réduite par la crainte des foules et des prix élevés. Combiner ces mauvaises perceptions peut causer un mélange catastrophique d'attentes élevées et de faible demande», conclut une étude de l'AEGV.
Bouche à oreille
Cette désaffection des touristes dits «normaux» vient annuler le meilleur outil de marketing en tourisme : le bouche à oreille. «La principale motivation des visiteurs est le bouche à oreille : les villes perdent du momentum parce que les visiteurs sont craintifs», poursuit l'AEGV.
«Les sports et le tourisme ne se mélangent pas bien. Ils attirent un public fondamentalement différent», dit Tom Jenkins. Ce dernier ne croit pas que les images des villes diffusées durant les matchs incitent les gens à s'y rendre.
«Dire ça, c'est vraiment n'importe quoi. Si c'était vrai, Wimbledon serait la principale destination touristique de Londres. Or les gens n'y vont pas en dehors du tournoi. Pendant 40 ans, Liverpool avait une équipe de soccer suivie à travers l'Europe, mais ce n'était pas ce qui incitait les gens à y aller. Est-ce que les gens visitent le Bronx à cause des [Yankees de New York]?»
Son organisation rejette également les chiffres sur l'audience potentielle de 3,9 milliards souvent avancée. Selon les données de différents diffuseurs, l'audience varie plutôt de 8 % à 20 % dans les pays développés et serait «anecdotique» dans les pays en développement, les plus populeux.
Seul bémol à cette charge contre les Jeux, Tom Jenkins spécifie que les études de son organisation portent uniquement sur les Olympiques d'été. Leur pendant d'hiver pourrait à tout le moins inciter certains sportifs à venir pratiquer leur sport.
«En voyant la descente masculine de ski, les gens peuvent se dire : "Oui, j'aimerais aller dévaler cette pente mois aussi." Mais très peu vont se dire "J'aimerais aller courir un 10 000 mètres dans cette ville."»
Est-ce assez pour contrebalancer l'effet négatif des Olympiques sur le tourisme «normal»? M. Jenkins suggère fortement de suivre de près la situation touristique en Colombie-Britannique dans les prochaines années.