Dans les films d'action, pirates et flibustiers s'imposaient souvent un code d'honneur, et étaient souvent mandatés pas un État légitime. Mais à la limite d'une image de voyou sympathique on peut se demander quelle perception domine : celle du héros ou celle du retors. Toujours est-il que depuis l'ouverture en juin 2008 de la microbrasserie Le Corsaire à Lévis, l'équipe a surtout misé sur l'authenticité des produits et sur l'air «bon vivant» d'un personnage barbu au regard bleu et pénétrant.
C'est sa tête qui apparaît sculptée sur l'affiche suspendue au-dessus de la porte du pub de la rue Saint-Laurent et qui a mérité à son créateur, Ghislain Grenier, un premier prix de la Canadian Sign Association en 2008.
Les propriétaires des lieux, Julie Gagnon et Martin Vaillancourt, assument volontiers l'ambiguïté de cette identification qui équivaut à dire : «on va s'amuser», tout autant que : «on ne suit pas le troupeau».
Mais avec une vue sur le fleuve et le traversier, c'est aussi un clin d'oeil à l'histoire maritime de Lévis. Comment décliner une telle thématique dans ses produits et ses communications?
Les mâts
Il y a bien sûr le bois verni des piliers de la salle qui rappellent des mâts de voilier et la rusticité du mobilier. Mais surtout, les tableaux noirs portent des noms de bières évocateurs comme Barbe Noire, ou Seeraüber («corsaire» en allemand).
La piraterie s'associe-t-elle mieux au rhum de la mer des Antilles qu'aux bières du pourtour de la mer du Nord et de la Manche? Qu'à cela ne tienne! La maison propose une sélection de rhums de tous âges en plus de ses whiskeys single malt.
Les logos de six des produits de l'entreprise ont déjà été imprimés sur plusieurs centaines de t-shirts très prisés des partenaires de l'entreprise, précise Mme Gagnon. L'image a aussi été gravée sur des bocks distribués dans divers points de vente.
De plus, on devrait bientôt voir le nom du pub se promener dans les rues de Lévis, affiché sur un gros taxi noir.
La tête colorée du corsaire de l'affiche n'apparaît toutefois pas encore sur le site Web de l'entreprise caractérisé par un graphisme résolument difficile à lire sur fond sépia. Ça va changer bientôt, assure Martin Vaillancourt, en commençant pas l'ajout d'une vingtaine de noms à la page des points de vente.
Ces derniers mois, note Julie Gagnon, Corsaire s'est associée à diverses causes, comme l'association locale de lutte contre l'arthrite. Des efforts ont aussi été déployés pour améliorer les relations avec le voisinage où les gens ne semblent plus, comme au début, craindre d'être dérangés par une grosse disco.
L'entreprise est aussi à revoir l'organisation des horaires de travail parce que le principal actionnaire deviendra papa ces jours-ci, si ce n'est déjà fait. Le premier employé de Corsaire a reçu une formation de brasseur et doit être remplacé pour une partie de ses présences sur le plancher. Deux nouveaux employés polyvalents ont même été embauchés pour des tâches allant de la production à la livraison en passant par le service aux tables.
Options
Les deux associés sont aussi à envisager diverses options financières et techniques d'ajouts d'équipements pour suffire à une demande qui pourrait bien doubler d'ici un an.
M. Vaillancourt se préoccupe néanmoins de changements éventuels aux redevances sur les contenants à remplissage unique qui, parmi les membres de l'Association des microbrasseries du Québec, n'affecteraient que la sienne et la maison Archibald à Lac-Beauport, qui ont toutes deux opté pour la mise en canettes qui protègent mieux leurs bières que le verre. Déjà, dit-il, le prix de vente dans les dépanneurs comprend une marge de profit si mince qu'on peut presque parler davantage d'un outil de promotion que d'une source de bénéfices.
Les propriétaires ont aussi sorti des tiroirs les plans d'aménagement de la terrasse, incluse dans le concept initialement approuvé, mais qui n'a pas été réalisée au cours de l'été faute d'une autorisation municipale.