Il y a toujours une petite part de hasard dans quelque aventure que ce soit. En 2004, le destin a fait en sorte que Simon et Natacha ont croisé un fermier de la région qui possédait une centaine d'oies domestiques.
Simon Brousseau a étudié à l'Université Laval la biologie, en particulier l'ornithologie. Natacha Jobin a été guide dans le secteur du Mont-Sainte-Anne. Un projet personnel de parc ornithologique ouvert au public était dans l'air.
L'agriculteur leur a prêté pour l'été ses oiseaux. À l'automne, il les leur a laissées. Les bêtes ont fini à l'abattoir. Ce qui est ressorti des casseroles a été testé auprès de clients. Québec-Oies avait démarré. Hasard ne signifie pas improvisation. Bien qu'elle soit une authentique PME - nos deux propriétaires ont un seul employé -, Québec-Oies se déploie sur plusieurs fronts.
Il y a l'élevage du troupeau. Cinq pour cent est vendu sans transformation. Le reste passe par la cuisine du chef Simon pour devenir foie gras, confits ou autres terrines.
Les produits sont vendus à la boutique de Saint-Ferréol, mais aussi à l'étal qu'occupe la petite firme, au Marché du Vieux-Port, à Québec. C'est sans compter le volet visite à la ferme, en développement.
Natacha Jobin insiste : l'aventure nécessite beaucoup d'expertises. Elle n'a pas de diplôme en marketing et en comptabilité, mais «il faut un minimum de connaissances» dans ces domaines dont elle s'occupe. «Élever des oies, ça en prend aussi, ajoute-t-elle. Et tu ne peux pas t'improviser cuisinier.»
Québec-Oies prend lentement mais sûrement de l'envergure. L'élevage comptait 100 têtes, au début. Puis, il y en a eu 400. Maintenant, elles sont 800 oies à se promener sur les terres de l'entreprise. L'an prochain, ce sera au moins 1500. Nous ne sommes pas en face d'une ferme biologique, mais nous n'en sommes pas loin, raconte Simon Brousseau.
«Tout est naturel», dit-il en soulignant que le troupeau mange de grandes quantités d'herbe dans les champs et qu'il est aussi nourri avec du grain acheté localement.
Les deux jeunes entrepreneurs ne sont pas enfants d'agriculteurs. Mais depuis un séjour d'un an en Suisse, relate Natacha, «moi, c'était la vie à la ferme». Le père de Simon a déjà possédé quelques bêtes, mais c'était un passe-temps. «J'ai toujours rêvé de faire ça», signale Simon.
Les fondations pour l'entreprise agricole ont rapidement été jetées. «Lorsque nous nous sommes assis avec un plan d'affaires, le parc ornithologique était loin derrière nous», raconte la jeune mère de deux bambins.
Évidemment, pour lancer leur affaire, ils ont fait appel à plusieurs ressources spécialisées en entrepreneurship. Il y a eu la Financière agricole - pour la terre où paissent les oies. Il y a eu le Centre local de développement. Et, surtout, «la formation et le suivi» par le Fonds d'emprunt économique, un organisme communautaire. Un soutien toujours nécessaire, explique Natacha. «Après cinq ans, je les appelle encore» pour des conseils. Et comme dans l'histoire de beaucoup de petites entreprises, il y a eu un coup de pouce des proches. Dans le cas présent, celui des parents de Simon, qui eux demeurent tout près, sur la Côte-de-Beaupré (Natacha est originaire de la Mauricie).
Dans l'immédiat, Simon et Natacha se préparent à boucler l'année. En novembre, les oies seront conduites à l'abattoir. La saison pour écouler les produits demeure le temps des Fêtes.
Avec 2010 viendront de nouvelles étapes d'une entreprise qui n'a pas encore atteint sa forme définitive.