Marie-Philip Poulin: l'héroïne timide

Marie-Philip Poulin elle est devenue, mercredi, la quatrième... (Photo fournie par les Terriers de Boston University)

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Marie-Philip Poulin elle est devenue, mercredi, la quatrième Canadienne de l'histoire à marquer quatre buts dans un match du Mondial.

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(Boston) On la surnomme la «Sidney Crosby du hockey féminin». Un surnom qui va bien à l'attaquante de 22 ans. Mercredi à Ottawa, elle est devenue la quatrième Canadienne de l'histoire à marquer quatre buts dans un match du Mondial. Récemment, nous l'avons rencontrée à l'Université de Boston. Portrait d'une jeune étoile qui apprend à apprivoiser la gloire.

Le match vient de finir au Walter Brown Arena. Une autre victoire des Terriers de Boston University, par la marque de 7-5, au terme d'une spectaculaire remontée. Marie-Philip Poulin a à peine retiré son équipement lorsque deux joueuses de hockey de la région la félicitent pour une autre belle performance. Trois passes. L'athlète de Beauceville les salue timidement.

Marie-Philip n'a peut-être pas rempli le filet, ce soir de février. Mais en préparant les trois buts de ses partenaires de trios, la centre de 22 ans a fait étalage de ses remarquables aptitudes : coup de patin fluide, bonne vision du jeu, passes précises, flair offensif, efficacité dans le cercle des mises en jeu. Un ensemble de qualités qui lui ont valu très tôt le surnom de «Sidney Crosby du hockey féminin».

Étanchant sa soif devant une fontaine d'eau, les cheveux attachés en couette sur le côté - sa marque de commerce-, Marie-Philip se désole. «Ça n'a pas été le meilleur match, mais au moins, ça s'est bien terminé!» lance-t-elle au Soleil, avec le sourire.

Les fins heureuses, elle en a fait sa spécialité. Aux Jeux olympiques de Vancouver, elle a soulevé le pays en entier en inscrivant les deux buts d'Équipe Canada dans le match pour la médaille d'or face aux Américaines. À 18 ans, elle devenait une héroïne nationale.

Que de chemin parcouru, depuis ses premiers coups de patin - des patins blancs - à Beauceville. «Du patinage artistique, j'en ai juste fait un an. J'aimais mieux suivre mon frère Pier-Alexandre, je le regardais jouer au hockey, et j'étais vraiment passionnée par ça. Mes parents m'ont supportée et m'ont proposé de l'essayer», relate celle qui, avec ses coéquipières d'Équipe Canada, défend présentement son titre au Championnat du monde de hockey féminin, à Ottawa.

Le coup de foudre a été instantané! «La première fois que j'ai mis les patins de hockey, j'ai eu la piqûre!» s'emporte-t-elle, des étincelles dans les yeux.

Avec les garçons jusqu'à 15 ans

C'est donc avec une passion dévorante qu'elle s'est mise à pratiquer le sport, son sport. Elle joue d'abord avec les garçons, étant donné le sous-développement du réseau féminin québécois. «J'ai fait tout mon hockey mineur à Beauceville. J'ai joué avec les garçons jusqu'à 15 ans [Élites de Beauce-Amiante]. Par la suite, j'ai essayé de faire le camp midget AAA. C'est là que j'ai réalisé que jouer avec les gars, c'était rendu vraiment trop dur physiquement.»

En étant «one of the boys», elle a toutefois beaucoup appris sur les ficelles du sport et la discipline nécessaire.

«Les coachs m'ont toujours donné la chance de jouer avec les gars et ils me traitaient comme une parmi les autres. Ça, ç'a été un plus. Des fois, j'entends des histoires de coachs qui ne sont pas trop ouverts à l'idée de donner une place à une fille, mais ça n'a pas été mon cas. J'ai été chanceuse.»

Ses coéquipiers, eux, l'ont accueillie sans retenue, avec la même ouverture d'esprit. «C'était comme des grands frères pour moi, ils me protégeaient. C'était vraiment le fun! Il y en a quelques-uns avec qui j'ai gardé contact. Certains sont allés dans le junior majeur, d'autres jouent en Europe. C'est cool de pouvoir les suivre! Facebook aide un peu...»

Marie-Philip a ensuite dû «s'expatrier» pour poursuivre sa progression. Elle a complété sa dernière année du secondaire à la Kuper Academy, à Kirkland, ce qui lui permettait d'apprendre l'anglais et de joindre les Stars de Montréal. À sa première saison avec l'équipe professionnelle de la Ligue canadienne de hockey féminin (CWHL), elle inscrit 22 buts et 21 passes en 16 matchs. Elle est élue recrue de l'année!

Au collégial, à Dawson, elle orchestre l'attaque des Blues (29 buts et 29 passes en 15 matchs), tout en continuant d'évoluer avec les Stars, qu'elle aidera à remporter une Coupe Clarkson, l'équivalent féminin de la Coupe Stanley, au printemps 2009. C'est à ce moment qu'elle fait ses débuts avec l'équipe nationale, où elle rejoint les Kim St-Pierre, Catherine Ward, Caroline Ouellette et Hayley Wickenheiser. Elle n'avait que 17 ans.

«C'était vraiment intimidant! Le premier camp que j'ai fait avec elles, je shakais, seulement à les regarder! Je ne savais pas quoi faire! J'étais tellement impressionnée. Je les avais vues à la télé aux Olympiques de 2002, 2006... C'était mes idoles. Ce sont encore mes idoles. Et j'avais la chance de jouer avec elles, d'être amies avec elles, d'apprendre à chaque jour. C'était incroyable», admet Poulin.

Une médaille qui ouvre des portes

La médaille d'or des Jeux de Vancouver allait lui ouvrir les portes des meilleurs programmes collégiaux américains, dont les réputées universités du Minnesota-Duluth et du Dakota du Nord. «Mais Catherine Ward allait faire son MBA à Boston University. Je pense que c'est là que je me suis mise en tête d'aller visiter», se rappelle l'étudiante en psychologie, qui a craqué pour l'atmosphère du campus, le personnel d'entraîneur et la ville.

L'intérêt était mutuel. Le pilote Brian Durocher se considère «privilégié» de la diriger depuis trois ans. «Elle est une excellente joueuse, mais elle est surtout une extraordinaire coéquipière. Elle ne gravite pas seulement autour de ses partenaires de trio, mais aussi de la joueuse de quatrième ligne. Elle est tout aussi intéressée par ce qui se passe avec la gardienne partante que la gardienne auxiliaire. Elle travaille extrêmement fort sur la glace et hors de la glace, mais elle demeure une leader silencieuse», constate Durocher.

Malgré ses succès, Marie-Philip tarde à assumer ce rôle de leader. À Hockey Canada, on l'incite à embrasser ce rôle. «Les coachs m'ont fait part de ce message-là. Ils m'avaient dit qu'ils auraient besoin de moi sur le plan du leadership. Mais c'est sûr que je suis une fille un peu gênée. Je m'améliore tranquillement.»

Sur la glace, elle continue de prêcher par l'exemple. Boston University s'est rendu en finale nationale de la NCAA cette saison. Dans le match pour le titre, une défaite de 6-3 contre Minnesota-Duluth, la co-capitaine a inscrit un but et une passe, le clou d'une remarquable troisième campagne universitaire (19 buts et 34 passes en 30 matchs) faisant oublier l'année précédente, marquée par les blessures.

«J'ai subi une rupture de la rate... Ma pire blessure. Trois mois sans jouer, ça avait été épeurant. Heureusement, j'avais ma mère ici... Ça avait été dur pour mes parents aussi. Ils avaient été shakés. Tu prends conscience de beaucoup d'affaires quand ça t'arrive...»

Lorsqu'elle aura complété sa dernière année universitaire en 2013-2014, elle compte rejoindre les Stars de Montréal, où évoluent plusieurs autres filles de l'Équipe canadienne. Et puis après?

«Dans 10 ans? Ouf! C'est loin! J'espère encore jouer au hockey, avoir une famille. J'aimerais aussi participer à deux autres Olympiques. On va voir d'ici là. On ne sait jamais ce qui peut arriver demain...»

*****

La leçon olympique

L'apothéose de sa carrière, Marie-Philip Poulin l'a connue à Vancouver, en 2010. Une médaille d'or olympique, dans une victoire portant sa signature, à la maison. «C'était un rêve», convient le numéro 29 d'Équipe Canada. Et avec le rêve est venue l'attention médiatique. La vie de la Beauceronne venait de changer du tout au tout.

Les images ont fait le tour du monde. Les filles d'Équipe Canada, euphoriques, célébrant leur victoire au centre de la glace à Vancouver, cigares et bouteilles de champagne à la main. À 18 ans, «Pou» ne pouvait pas boire, selon la loi en vigueur en Colombie-Britannique. Elle a bu. Il s'en est suivi une controverse médiatique aux dimensions... olympiques. Et une leçon mémorable.

«Ç'a été un autre apprentissage. Je n'avais pas fait attention. C'est arrivé. C'était malheureux parce que je n'étais pas d'âge. Je voulais profiter de la finale. Je ne sais pas ce que j'ai pensé...», indique celle qui prenait alors la mesure de la proverbiale «rançon de la gloire».

Depuis, elle n'a jamais perdu de vue la responsabilité venant avec son statut de joueuse-vedette. Et à un an des Jeux de Sotchi, elle demeure consciente que des yeux sont constamment posés sur elle. «J'y pense tout le temps, maintenant. C'est toujours là. Et ma mère me le rappelle aussi! Elle est ma bonne conscience!» lance-t-elle en riant.

Le malheureux épisode n'est toutefois pas parvenu à teinter le souvenir que Marie-Philip Poulin garde de ce jour-là. «D'être là-bas à Vancouver, de représenter notre pays, surtout de gagner la médaille d'or, c'était comme un conte de fées. Les deux buts, c'était magique. Mais je n'aurais jamais pu imaginer ça, en sautant sur la glace. Si j'avais pu écrire un conte de fées, je ne l'aurais pas écrit autrement.»

*****

Une famille de hockey

S'il faut un village pour élever un enfant, il faut une famille organisée pour élever un joueur de hockey! Surtout quand il y en a deux! Chez Robert Poulin et Danye Nadeau, le quotidien a longtemps été réglé autour des calendriers de compétition de l'aîné, Pier-Alexandre, aujourd'hui âgé de 25 ans, et de Marie-Philip.

«Mon frère et moi, on n'aurait pas pu demander des meilleurs parents. Quand on était jeunes, ma mère partait d'un bord avec moi, mon père, lui, allait avec mon frère. On essayait d'arranger nos horaires pour pouvoir se rencontrer et souper ensemble après les games, la fin de semaine», se rappelle Marie-Philip.

Ces expériences en famille ont eu pour résultat de tisser des liens serrés. Marie-Philip est particulièrement proche de son frère, son premier professeur. «J'étais sa petite soeur et il m'amenait partout avec lui. Même quand il allait jouer au hockey, avec sa gang de chums. Il leur disait toujours: "C'est ma soeur et elle est capable de suivre... Donnez-lui une chance!" Je jouais avec eux. C'était vraiment le fun! Même quand mon frère jouait bantam, je m'assoyais dans les estrades pour le regarder et apprendre de lui. J'étais la petite fille dans les estrades qui avait les yeux grands ouverts!»

Repêché au premier tour par les Olympiques de Gatineau en 2004, Pier-Alexandre a évolué deux saisons avec les Fog Devils de St. John's, avant de subir une blessure qui allait mettre un terme à son stage junior. Le produit des Commandeurs de Lévis allait néanmoins poursuivre sa carrière dans les rangs universitaires à Moncton. Pendant ce temps, Marie-Philip quittait elle aussi le nid familial afin de poursuivre son rêve, compliquant du coup la vie de ses parents.

«Quand mon frère jouait dans la midget AAA, on venait tous les deux de déménager. Mais c'était pour jouer au hockey, notre passion. Nos parents étaient pris pour voyager d'un bord pis de l'autre. Encore dernièrement, c'était soit Moncton ou Boston!»

Loin d'eux, toutefois, l'idée de s'en plaindre. Les Poulin aiment autant Boston que Marie-Philip! Même qu'à chacune de leurs visites, ils se plaisent ensemble à découvrir de nouveaux restaurants. «Un bon repas, c'est toujours le fun! J'aime aussi me promener le long de la rivière, prendre de l'air. Ou encore aller dans le centre-ville. C'est tellement beau, Boston!»

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