Le sexto, la nouvelle lettre d'amour?

Francine Lavoie est professeure en psychologie à l'Université... (Le Soleil, Pascal Ratthé)

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Francine Lavoie est professeure en psychologie à l'Université Laval à la Faculté des sciences sociales et chercheuse au Centre de recherche interdisciplinaire sur les problèmes conjugaux et les agressions sexuelles.

Le Soleil, Pascal Ratthé

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Penser l'humain

Société

Penser l'humain

Depuis 75 ans, la Faculté des sciences sociales de l'Université Laval place l'humain au coeur de ses réflexions tout en étant un acteur important dans les changements sociaux du Québec. Portraits. »

(Québec) Alors qu'Internet prend de plus en plus de place dans notre quotidien, et ce, même en bas âge, avec des réseaux sociaux tels que Facebook et Twitter, et que les téléphones intelligents sont de plus en plus performants, aujourd'hui, il est plus facile de se dévoiler à quelqu'un, d'où l'apparition du sexto et du sextage, une tendance qui semble s'accroître à travers le monde depuis quelques années.

Tout d'abord, qu'est-ce que le sextage et le sexto? «C'est l'envoi et la réception de deux types de documents. En premier, ce sont des messages écrits qui sont sexuellement explicites. En deuxième, ce sont des photos ou des vidéos de la personne nue ou semi-nue, des images sexuellement suggestives ou encore explicites», explique Francine Lavoie, professeure en psychologie à l'Université Laval à la Faculté des sciences sociales et chercheuse au Centre de recherche interdisciplinaire sur les problèmes conjugaux et les agressions sexuelles. Précisons que les personnes elles-mêmes ont créé les images.

«Ce n'est pas une photo des finissants du cours de natation de la Croix-Rouge. Ce n'est pas dès qu'il y a un costume de bain», ajoute-t-elle. Depuis quelques années, «le cellulaire est devenu un incontournable dans la création et le maintien des liens sociaux. Le sexting n'est pas nécessairement une lettre d'amour, car le destinataire n'est pas toujours le chum ou la blonde».

Une bonne chose? «Ce n'est ni ange ni démon», estime Mme Lavoie, qui s'est penchée sur la question de l'utilisation du sextage au moyen d'une webcam ou d'un téléphone cellulaire chez les jeunes de 14 à 17 ans fréquentant l'école secondaire. Mme Lavoie, subventionnée par les Instituts de recherche en santé du Canada, a réalisé trois enquêtes dans la région de Québec, avec un nombre d'élèves variant entre 300 et 800.

«Il est pertinent de s'intéresser à ces phénomènes pour trois raisons : ces modes d'entrée en relation sont encore méconnus; ces comportements sont adoptés par plusieurs jeunes et la réflexion sur l'éducation sexuelle et la santé sexuelle doit tenir compte des comportements contemporains. Ces activités ont été décrites jusqu'à maintenant de diverses façons, entre autres comme une saine transgression des schèmes sexuels féminins traditionnels, comme un moyen sécuritaire de vivre sa sexualité, comme un mode de communication romantique ou amusant, mais aussi comme de l'exploitation et de l'objectification.»

Données partielles

On ne dispose pas au Québec de données sur de vastes échantillons représentatifs, ce type de recherche reste à faire; on ne dispose donc que de données partielles. La recherche de Mme Lavoie a toutefois révélé qu'en 2006 et qu'en 2011, 6 % des élèves avaient envoyé une photo explicite d'eux-mêmes par cellulaire ou Internet. En 2013, ce nombre est de 13 %. De l'autre côté de la frontière, aux États-Unis, des recherches américaines ont montré qu'entre 4 % et 28 % des jeunes de 10 à 19 ans avaient envoyé des photos explicites d'eux. «La majorité des jeunes ne font donc pas de sexting», tient à préciser la professeure.

Pour les filles et les garçons qui envoyaient des photos, en 2006 et en 2011, le pourcentage était égal. En 2013, il y a plus de filles que de gars qui l'utilisent : 7 % pour les gars et 19 % pour les filles. «C'est quand même une fille sur cinq...», soutient Mme Lavoie, ajoutant qu'environ 56 % des jeunes éprouvent des regrets par la suite.

À la question s'ils croyaient que lessextos pouvaient leur nuire dans l'avenir, 30 % d'entre eux ont affirmé que c'était improbable. «Les jeunes sont un peu trop optimistes selon moi, car il y a des dangers qui sont bien réels.» Par exemple, une photo peut voyager longtemps sur Internet.

Pour ce qui est des jeunes qui ont reçu des sextos, il y a deux concepts. Il y a ceux qui l'ont demandé et ceux qui l'ont reçu «par accident, alors qu'ils ne voulaient rien savoir de ça». «C'est environ 25 % des jeunes [par accident ou lors d'une demande] qui ont dit en avoir reçu dans l'enquête de 2013.»

Pourquoi utiliser les sextos? C'est souvent à la suite d'une demande ou lorsqu'on reçoit des pressions, estime Mme Lavoie, «Il y a aussi la mise au défi par jeu entre camarades.»

Lorsque l'idée provient de l'adolescent qui envoie une photo de lui-même, «il y a des buts mixtes».

«Quelquefois, c'est pour se mettre en valeur ou montrer son amour à quelqu'un qu'on fréquente. Parfois, c'est aussi utilisé pour séduire quelqu'un qui nous intéresse.»

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