Société
Depuis 75 ans, la Faculté des sciences sociales de l'Université Laval place l'humain au coeur de ses réflexions tout en étant un acteur important dans les changements sociaux du Québec. Portraits.
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(Québec) Depuis 75 ans, la Faculté des sciences sociales de l'Université Laval place l'humain au coeur de ses réflexions tout en étant un acteur important dans les changements sociaux du Québec. De nombreux chercheurs travaillent à comprendre et à améliorer la vie. Le Soleil vous en présente quelques-uns dans une série d'articles. En guise de texte d'ouverture, nous avons donné la parole à des personnalités qui ont étudié sur les bancs de la faculté des sciences sociales
>> Le service social, un choix personnel pour Pauline Marois
Pauline Marois a étudié en service social (1968-1971), un choix qui servait ses intérêts personnels beaucoup plus qu'un plan de carrière. À cette époque, la politique n'effleurait pas celle qui, enfant, voulait être comédienne, hôtesse de l'air ou missionnaire en Afrique. En plus du tronc commun, elle a opté pour des cours en organisation communautaire. «Il était question de la défense des droits et de la prise en charge des collectivités», indique-t-elle. Pour son entourage, cette voie d'études était toute naturelle pour celle qui s'était toujours intéressée à la condition des moins nantis.
«Ce qui m'a le plus frappée, ce sont les expériences terrain desquelles il fallait extraire une théorie, des réflexions», se souvient-elle. «Je m'en inspire tous les jours. C'est une formation qui apprend à écouter les gens et à les amener à trouver leur solution. Chaque personne est capable de trouver sa voie de passage et c'est vrai pour les collectivités, les peuples, les États. Ce n'est parfois pas sans mal, il n'y a pas toujours de solutions parfaites», explique la première ministre, très fière de sa formation. Si, au départ, la politique ne lui trottait pas dans la tête, Pauline Marois se rend compte aujourd'hui que son cursus la sert bien. «Ma formation m'amène à poser un regard critique et avoir confiance dans les peuples à changer leur destin», dit-elle dans un entretien avec Le Soleil
En 1970, alors que son mari travaille à Ottawa, dans le cadre de sa formation, elle fait un stage à Hull pour la remise sur pied d'un organisme de défense des consommateurs. En pleine crise d'Octobre, celle qui ne baignait pas dans la politique se retrouve les deux pieds dedans. «C'est à ce moment que je suis devenue souverainiste», se remémore-t-elle.
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Régis Labeaume a été charmé par la diversité proposée par le programme de sociologie.
Photothèque Le Soleil, Erick Labbé
>> Ça répondait au goût d'apprendre de Régis Labeaume
Le maire de Québec, Régis Labeaume, sort lui aussi tout droit de la Faculté des sciences sociales. De sociologie, plus exactement (1980). «J'avais toujours fait des choix par goût, j'ai fait deux ans en littérature avant ça, alors j'ai continué à choisir par goût», indique-t-il.
Ce qui plaisait à M. Labeaume, c'était la diversité proposée par le programme de sociologie.
«Il y avait de la sociologie de la santé, de la socio de ci, de la socio de ça... Mes goûts étaient divers et ça répondait à mon envie d'apprendre dans la diversité», indique-t-il.
Au moment où il commençait son cursus, rien ne prédisposait le jeune Labeaume à la politique. «Mais dans tout ce que j'ai fait et encore plus aujourd'hui, je fais appel à ma formation, car dans le fond, la sociologie, c'est le rapport avec les groupes de la société, c'est la compréhension du rapport de force en société. On apprend que rien n'est noir, rien n'est blanc, mais que tout est gris... Ça ressemble pas mal à la politique, ça!» dit le maire.
«Et dans une ville, on s'occupe de tout, des canalisations jusqu'à Robert Lepage. Le spectre des dossiers qu'on a est extraordinaire et la largeur de l'apprentissage en sociologie m'a beaucoup aidé», ajoute-t-il.
Et la sociologie mène loin : «Le maire est sociologue, le chef de cabinet est sociologue, le directeur général de la Ville est sociologue... C'est parlant!» rit-il.
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Claude Bernatchez a fait son baccalauréat en science politique de 1983 à 1986.
Photo Le Soleil, Erick Labbé
>> «Saisir la complexité du monde» - Claude Bernatchez
L'animateur de l'émission matinale de la radio de Radio-Canada à Québec, Claude Bernatchez, a fait son baccalauréat en science politique (1983-1986), un des sept départements que regroupe la Faculté des sciences sociales. C'est un peu le hasard de la vie qui l'a mené là puisqu'il voulait initialement s'inscrire en droit, influencé par un paternel avocat. Mais il n'a pas été admis.
L'objectif était de faire une année dans une autre faculté, puis de bifurquer vers le droit, comme prévu. «Mais après une année, je me suis rendu compte que j'aimais beaucoup ça», dit Claude Bernatchez. À la fin de son bac, il se souvient qu'il a reçu deux enveloppes le même jour : une réponse positive à sa demande d'admission en droit, et une offre pour aller enseigner le français à Saint-Paul, en Alberta. Il a opté pour le plan B. C'est à Saint-Paul qu'il a fait ses premiers pas dans une petite radio locale, puis plus tard à Radio-Canada Edmonton.
À l'époque où il étudiait, son entourage ne voyait pas toujours où allait le mener cette formation en science politique. «Le principal employeur était le gouvernement québécois, mais c'était à une époque où il y avait de grosses compressions», relate-t-il. Les débouchés n'étaient pas clairs. Certaines tantes le voyaient politicien; pas lui.
«Je suis convaincu que c'est une formation qui reste et qui cadre avec ce que je fais maintenant», mentionne Claude Bernatchez en précisant que son cursus a aiguisé son sens de la curiosité, assouvi son plaisir d'apprendre et de comprendre.
«Les sciences politiques m'ont permis de saisir la complexité du monde, des relations sociales et organisationnelles, leur fragilité aussi», ajoute-t-il, ce qui lui permet aujourd'hui d'aborder ses sujets journalistiques, ses entrevues, avec les nuances qui s'imposent. La méthode de travail, la rigueur, la recherche sont des acquis qui lui servent au quotidien.
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Le doyen de la Faculté des sciences sociales, François Blais
Photothèque Le Soleil, Steve Deschênes
>> La diversité, une force pour le doyen François Blais
Le doyen François Blais pense que 75 ans d'évolution ont amélioré la Faculté des sciences sociales. Aujourd'hui, la connaissance des pratiques internationales domine, la Faculté recense les meilleures pratiques et les intègre.
La recherche est aussi une pierre angulaire de l'enseignement : les étudiants sont très tôt mis en face des résultats de recherche de pointe dans des secteurs variés. La diversité a été et est toujours une force de la Faculté des sciences sociales, mais elle a su suivre les besoins de la société et s'est beaucoup rapprochée de son milieu pour offrir aux étudiants toujours plus d'occasions de faire des stages, de travailler sur le terrain, y compris dans les matières les plus fondamentales.
Une chose demeure cependant : «La Faculté est traditionnellement engagée socialement tout en ne dérogeant pas de l'objectivité et de la scientificité», dit François Blais en parlant d'une certaine «tension» que l'on peut qualifier de positive.