Le Centre Vidéotron, le défi d'une carrière

Après 35 ans d'exil aux États-Unis, Benoît Robert... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

Agrandir

Après 35 ans d'exil aux États-Unis, Benoît Robert qualifie de «rêve» son retour au Québec afin de prendre les commandes de la programmation du Centre Vidéotron. «J'ai gagné à la loterie des défis.»

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Dossiers >

Vers un nouveau Colisée

Actualité

Vers un nouveau Colisée

Un groupe de gens d'affaires veut doter Québec d'un nouvel amphithéâtre multifonctionnel pouvant accueillir tant des matchs sportifs que des spectacles. Le projet a ses partisans comme ses détracteurs. »

(Québec) Assis dans les gradins du Centre Vidéotron, en ce petit lundi matin gris, Benoît Robert flotte toujours sur le nuage des festivités de l'inauguration de l'amphithéâtre. La journée de samedi 12 septembre, forte en émotions, restera à jamais gravée dans sa mémoire. «Je suis un homme très chanceux. À la loterie des défis, j'ai sorti le bon numéro.»

«C'est la première fois que tu viens? Qu'est-ce que t'en penses? C'est beau, hein?», lance le gaillard, alors que des ouvriers s'affairent à monter les installations de l'historique spectacle de Metallica, le premier à être présenté dans l'amphithéâtre.

Tout au long de l'heure passée en sa compagnie, l'homme de 55 ans ne cesse de revenir sur la chance et la fierté qu'il éprouve à présider à la destinée sportive et artistique de l'immeuble de 370 millions $ que la population a déjà fait sien.

«Samedi [le 12 septembre], sur le tapis jaune, je n'ai jamais vu un endroit où il y avait autant de bonheur. Les gens de Québec sont tellement chaleureux, ce sont des passionnés de hockey. Dans ce temps-là, c'est facile de se lever le matin pour venir travailler pour eux autres et de ne pas compter ses heures», lance-t-il, un léger accent anglophone trahissant ses 35 années d'exil.

Au Connecticut

Benoît Robert a lui aussi le hockey dans la peau. Jeune, comme à peu près tous les gamins de son âge, il rêve d'une carrière professionnelle. Ses deux idoles sont Jean Béliveau et Guy Lafleur. Or, après avoir joué dans la Ligue du Richelieu et la Ligue métropolitaine, avec les Hawks de La Prairie, il s'aperçoit qu'il y a loin de la coupe aux lèvres. «Je me suis rendu compte que ça ne marcherait pas. Je voulais jouer à l'avant, mon coach voulait que je sois défenseur. Finalement, j'ai toujours été un mix des deux...»

Qu'à cela ne tienne, le jeune Robert décide de continuer à vivre sa passion, mais tout en cherchant à décrocher un diplôme. À 19 ans, à la faveur d'une bourse d'études, il quitte le domicile familial de Brossard, sur la Rive-Sud de Montréal, pour évoluer à l'Université de New Haven, au Connecticut. Après avoir obtenu son MBA avec spécialisation en marketing, il travaille successivement pour Nortel Networks, Qualcomm et Ericsson.

Relancer les... Lancers

En 2008, le chemin qui le conduit à Québec commence à se profiler à l'horizon. Il se joint à AEG, l'une des plus puissantes firmes dans le domaine de la gestion de mégacomplexes sportifs et culturels, également propriétaire des Kings de Los Angeles. Deux ans plus tard, sa passion pour le hockey toujours aussi forte, il devient propriétaire et président des Lancers d'Omaha, un club de la United States Hockey League (USHL), de calibre junior majeur, qui éprouve des difficultés à l'extérieur de la glace. Le déménagement de l'équipe, de l'autre côté de la rivière Missouri, avait nui aux affaires. Les amateurs n'avaient jamais digéré cette décision.

«J'ai pris une équipe avec une grande histoire, mais qui s'en allait vers le bas financièrement. Je me suis retroussé les manches. Avec le gouvernement de l'État, j'ai travaillé à faire bâtir un nouvel amphithéâtre et à ramener l'équipe du "bon côté" de la rivière. C'est ce dont je suis le plus fier.»

Au terme de la saison 2009-2010, le club du Nebraska est sacré meilleure organisation du circuit et Benoît Robert, «executive of the year». Ses faits d'armes commencent à circuler dans le monde du hockey. Son grand ami Luc Robitaille est aux premières loges pour faire sa publicité (lire l'autre texte).

Fier de ses origines

Même s'il n'est pas originaire de Québec, Benoît Robert a néanmoins le sentiment de revenir au bercail, ses parents ayant grandi dans la région. Son père, Armand, aujourd'hui décédé, qui a oeuvré chez Nortel comme superviseur, est natif de Saint-Évariste de Beauce; sa mère, Liette Girard, de Saint-Irénée, dans Charlevoix.

Lorsqu'on lui demande de nommer ses sources d'inspiration, ce sont ces deux noms qui lui viennent à l'esprit. «Ils avaient le sens du travail et de l'honnêteté. Ils étaient prêts à tous les sacrifices pour que moi et mes deux frères puissions réussir dans la vie. Je viens d'une bonne place. Je suis un gars humble.» L'aîné et le cadet ont fait carrière dans le monde des affaires et des assurances.

Le mot se passe 

Maintenant que les festivités d'ouverture du Centre Vidéotron, «le plus moderne sur la planète», et le spectacle de Metallica font partie de l'histoire, Benoît Robert est le premier à reconnaître que la population de Québec s'attend à voir débarquer de gros noms. Avec un taux d'occupation de

85 % et plus de 100 000 billets vendus pour les premiers spectacles, la réponse est plus que favorable, estime-t-il. Le grand patron d'AEG, Bob Newman, «qui a eu le souffle coupé» lors de l'inauguration de l'amphithéâtre, a déjà commencé à répandre la bonne nouvelle dans l'industrie du spectacle américain.

«Je peux vous assurer que les artistes savent ce qui se passe ici, que Québec est devenue un arrêt pour eux. Les nouvelles vont vite; ça se parle, dans l'industrie.» 

On garde la sempiternelle question du retour des Nordiques pour la fin. Toute ressemblance avec des propos déjà tenus n'est pas pure coïncidence... «On a un amphithéâtre de calibre mondial, des propriétaires capables de faire l'acquisition d'une équipe. On respecte le processus, la suite appartient à la Ligue nationale. J'ai toujours pensé que les bonnes choses arrivent aux gens qui font les choses de la bonne façon...»

Benoît Robert en bref

Bientôt résident de Québec

Si sa vie familiale le ramène toujours à Omaha, dans le Midwest américain, Benoît Robert l'avoue sans faux-fuyant, ce n'est qu'une question de temps avant que sa femme et lui s'établissent dans la capitale. Leur garçon de 18 ans, nouvellement admis à l'Université du Nebraska, commence à voler de ses propres ailes, mais il en va autrement pour leur cadette de bientôt 15 ans. «Il lui reste encore deux années de high school. Je ne voudrais pas la déraciner. Ce serait difficile pour elle de quitter son milieu et ses amis», explique-t-il. À l'inverse, il n'aura pas à négocier longtemps avec son épouse, originaire de Los Angeles, qui est littéralement «tombée en amour» avec Québec. «Elle comprend très bien le français et le parle un peu.»

***

Goûts musicaux éclectiques

Les goûts musicaux de Benoît Robert teinteront-ils la programmation du Centre Vidéotron? Là-dessus, le principal intéressé refuse de s'avancer. «J'ai beaucoup d'idoles dans le monde du spectacle. J'en ai tellement que je ne pourrais pas tous les nommer. Je suis un amoureux de musique. Dans mon iPhone, il y a de tout, du classique, du metal, du country, du disco. [...] Nous allons offrir une programmation diversifiée. Il faut être capable d'avoir un bon équilibre pour conserver une bonne vitesse de croisière.»

Le grand copain Luc Robitaille

C'était le 7 juillet de l'an dernier, Benoît Robert s'en souvient comme si c'était hier. Alors employé de la firme AEG à Los Angeles, il reçoit un courriel de son grand copain Luc Robitaille. L'ex-joueur vedette des Kings, devenu président des opérations hockey de l'équipe californienne, se trouve à la soirée de remise des prix de la LNH, à Las Vegas. 

«Benoît, Québecor se cherche quelqu'un pour prendre en charge sa section Sports et divertissement à Québec. Ça t'intéresses-tu?»

«???» répond Robert, interloqué, ajoutant : «Luc, y a même pas d'équipe de hockey... - Justement, tu vas les aider à aller en chercher une. Je te rappelle demain matin.»

De rencontres en pourparlers avec le patron de Québecor, Pierre Dion, avec lequel il se trouve des atomes crochus, Benoît Robert réalise qu'il est l'homme tout désigné pour cette mission, d'autant plus que, rendu au mitan de la cinquantaine et après 10 ans dans le même poste, il se sent mûr pour relever un nouveau défi. «J'étais prêt pour quelque chose d'autre, mais je ne savais pas quoi.»

Benoît Robert a connu Luc Robitaille par l'intermédiaire d'amis communs, à Montréal-Nord, à la fin des années 70. Curieux et loquace, la future vedette de la LNH voulait en savoir davantage sur la vie de ce joueur étudiant à l'Université de New Haven, de

cinq ans son aîné.

En 1984, lorsque Robert apprend que Robitaille est repêché par les Kings tardivement, au 171e rang, à la séance tenue au Forum de Montréal, il s'étonne : «Hein? Pas le p'tit gars qui me posait des questions?»

Ami et parrain

Même s'ils se sont perdus de vue quelques années, les deux amis ont toujours gardé contact. En 2006, Robitaille a été pendant un an président des Lancers d'Omaha, équipe dont Robert a été propriétaire. Signe de leur amitié, Robert est le parrain du garçon de Robitaille. «Ce qui est beau de Luc, c'est qu'il n'a jamais cessé de travailler, alors qu'on n'arrêtait pas de lui trouver des défauts.»

Dimanche matin, au lendemain de l'inauguration de l'amphithéâtre de Limoilou, le cellulaire de Robert a sonné. À l'autre bout du fil, Luc Robitaille.

«La première chose que j'ai faite, c'est de le remercier de m'avoir permis de vivre ça. Ça a été un grand moment de ma vie. Comme mon mariage, la naissance de mes enfants, le championnat national gagné par les Lancers et la Coupe Stanley qu'il a remportée [avec Detroit, en 2002]. C'est un moment qui va m'accompagner le reste de mes jours.»

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer