Tournée d'adieu au Colisée

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(Québec) Après 66 ans de vie active, le Colisée de Québec éteindra définitivement ses lumières le 14 septembre. Alors que l'amphithéâtre accueille jusqu'au 31 mai la Coupe Memorial, le dernier événement sportif d'envergure à se tenir en ses murs, Le Soleil vous propose de plonger dans l'atmosphère du vénérable édifice. Lisez les souvenirs et les anecdotes de ceux qui ont arpenté ses couloirs et qui le connaissent par coeur. En vidéo, on vous propose de visiter une dernière fois le Colisée, en explorant ses recoins secrets.

 

Patrick Dom dans le local des sucreries et... (Le Soleil, Erick Labbé) - image 2.0

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Patrick Dom dans le local des sucreries et du popcorn au sous-sol. 

Le Soleil, Erick Labbé

Les loges rénovées du Colisée ne sont pas... (Le Soleil, Erick Labbé) - image 2.1

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Les loges rénovées du Colisée ne sont pas du plus grand luxe. 

Le Soleil, Erick Labbé

Patrick Dom: passer à autre chose

Nostalgique du Colisée, Monsieur Dom? «Est-ce qu'il faut que je réponde oui?» demande-t-il avant que la caméra du Soleil ne commence à tourner. Parce que le directeur général du Tournoi international pee-wee a plutôt hâte d'en finir avec le vénérable bâtiment, qui est complètement dépassé, à son avis. 

Patrick Dom comprend toute l'histoire rattachée à l'édifice, parce qu'il est un «ti-cul» de Limoilou et qu'il l'a connu avec ses belles arches avant la rénovation de 1980. N'empêche, il espère qu'on le démolisse au plus vite, parce qu'il n'y a «plus grand-chose à faire avec ça». C'est sans parler des places de stationnement que ça libérerait. 

Cela dit, il ne faut quand même pas balayer du revers de la main toute l'histoire et les souvenirs qu'il renferme. «La beauté de l'histoire, c'est qu'on est capable de l'amener, de la transposer de l'autre côté [au Centre Vidéotron]. J'espère que la Ville sera consciente de ça», dit-il. 

Patrick Dom a été le guide du Soleil dans une tournée complète des couloirs et des recoins du Colisée Pepsi (voir notre vidéo à videos.lesoleil.com). Çà et là, des vitrines déjà aménagées avec, par exemple, des souvenirs des Nordiques et autres vieux bancs orange. Plus loin, des plaques commémoratives datant de la construction, des gravures. «Je suis convaincu qu'on ne laissera pas ça traîner dans un sous-sol à quelque part», soutient M. Dom.

Accro au popcorn au caramel

Celui qui occupe les bureaux permanents du Tournoi au Colisée depuis 2000 s'ennuiera du popcorn au caramel du Colisée. «Je suis accro!» avoue-t-il. Mais il ne regrettera pas les restaurants où tout est cuit sur place, ce qui prend un temps fou et fait s'allonger les files d'attente. «C'était la meilleure façon de faire en 1960. En tout cas, la seule qu'on connaissait», explique-t-il. 

Pour les vendeurs dans les estrades au moins, un large local était aménagé au sous-sol, où on préparait en grosses quantités toutes les barbes à papa, boissons gazeuses et autres sucreries. 

Ce qui a fait le plus rager Patrick Dom lors des dernières présentations du Tournoi pee-wee? Les lacunes technologiques de l'amphithéâtre. Alors qu'on arpentait les corridors du sous-sol, il pointait tous les petits routeurs Wi-Fi qu'il a dû acheter et attacher avec des élastiques au plafond pour s'assurer que les utilisateurs de l'amphithéâtre aient accès à Internet partout... du moins, quand ce système fonctionne bien. Et lorsque les caméras de télé débarquent au Colisée, elles doivent se dépêtrer comme elles le peuvent dans l'amas de fils et de connexions qui leur est fourni.

Bien sûr, lorsqu'il fera ses boîtes, au courant de l'été, Patrick Dom repensera à 1979, l'année où il a eu la chance de participer au Tournoi pee-wee. Il pensera aussi à 2009, l'année où son propre fils a foulé la même patinoire que lui, encore lors du Tournoi pee-wee. Il gardera ces souvenirs profondément ancrés en lui, tout en ayant les yeux résolument tournés vers le Centre Vidéotron.

Nicole Bouchard occupe le même bureau au Colisée... (Le Soleil, Erick Labbé) - image 3.0

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Nicole Bouchard occupe le même bureau au Colisée depuis 34 ans.

Le Soleil, Erick Labbé

Dans le le sous-sol du Colisée se trouve... (Le Soleil, Erick Labbé) - image 3.1

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Dans le le sous-sol du Colisée se trouve une pièce de machinerie à l'allure antique. Petite et lourde, elle est en fait... l'ancêtre de la Zamboni! 

Le Soleil, Erick Labbé

Nicole Bouchard: un pincement au coeur

Pour la première fois en 34 ans, Nicole Bouchard fera ses boîtes cet été parce que son bureau déménage. «Ça va me faire un petit pincement au coeur quand même», lance la directrice des services à l'équipe et des relations médias des Remparts de Québec

Les joueurs de hockey se sont succédé au Colisée Pepsi, mais Nicole Bouchard est toujours restée fidèle au poste, dans le même espace de travail. Elle s'est occupée des communications des Nordiques de 1981 à 1995, des Rafales de 1996 à 1998, des Citadelles de 1999 à 2002 et des Remparts par la suite. 

«Pour nous, c'est un édifice extraordinaire [le Colisée], on a vécu des belles histoires ici», dit-elle. Contrairement à Patrick Dom, directeur général du Tournoi pee-wee, elle se dit encore satisfaite des installations de l'amphithéâtre. «C'est certain que le Centre Vidéotron va être à la fine pointe, ça va être mieux, c'est sûr, mais on n'avait vraiment pas à se plaindre de ce qu'on avait ici comme installations.» 

Ses plus beaux souvenirs? Les séries éliminatoires des dernières années des Nordiques et toute la rivalité avec le Canadien. «Les matchs où on réussissait à avoir la foule tout le monde habillé en blanc, c'est des choses qu'on n'oublie pas.» 

Aujourd'hui, Nicole Bouchard est très heureuse d'avoir pu participer à l'organisation de la Coupe Memorial avec les Remparts. «On voulait faire vivre aux gens un dernier événement de sport majeur dans le Colisée Pepsi après 66 ans d'histoire.»

Installations de luxe

Pour les Remparts, avoir eu comme domicile le Colisée Pepsi à eux seuls pendant plus d'une décennie est «une chance», croit Mme Bouchard. 

«Ceux [les joueurs] qui n'ont pas vécu autre chose ne peuvent pas faire la comparaison. Mais ceux qui arrivent d'ailleurs se rendent vraiment compte qu'on essaie de les traiter comme des professionnels.»

Salle de gym, salle à manger avec traiteur, salles de réunion, grand vestiaire avec bain-tourbillon... Même si les installations datent de quelques décennies, les Remparts ont pu profiter de celles qui avaient été conçues pour les Nordiques. Ce qui est déjà une coche au-dessus de ce que l'on trouve ailleurs dans les arénas de la Ligue de hockey junior majeur du Québec.

Au Centre Vidéotron, les Remparts auront des installations bien à eux. Ils ne pourront pas profiter du grand vestiaire conçu pour un club de la Ligue nationale de hockey, même s'il sera, selon toute vraisemblance, inoccupé cet automne. «Si éventuellement on cohabite avec une équipe de la Ligue nationale, c'est normal que chaque équipe ait son entité à elle», remarque Mme Bouchard. 

Trésors cachés?

Dans les prochains mois, ce sera l'heure du grand ménage au Colisée Pepsi. Est-ce qu'on retrouvera quelques trésors cachés? «Je ne pense pas, on n'a pas tant de choses ici. C'est peut-être plus ExpoCité, quand ils vont vraiment libérer les locaux, vider tout ça, c'est peut-être là qu'ils vont trouver des belles surprises.»

Puis, une anecdote lui revient en mémoire. «Quand les Nordiques ont quitté en 1995, on en a fait des boîtes et on avait trouvé dans les bas-fonds du Colisée la coupe de Rendez-vous 87, le trophée qui était remis à la fin de ça. Elle était là, dans un local, sans que personne s'en soit aperçu!» se souvient Mme Bouchard. Le Canada et l'URSS avaient chacun gagné un des deux matchs de Rendez-vous 87, si bien que l'événement n'avait pas fait de champion. Cette coupe restée au Colisée a depuis été donnée au Temple de la renommée du hockey, qui l'a précieusement placée dans son exposition.

La construction du Colisée en 1949 ... (Photo archives Le Soleil) - image 4.0

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La construction du Colisée en 1949 

Photo archives Le Soleil

Un amphithéâtre de 4 millions $

Construit en moins de sept mois au coût de 4 millions $, le Colisée de Québec est riche d'une longue histoire.

En mars 1949, un mégot de cigarette oublié dans les gradins provoque un incendie qui détruit complètement le tout premier Colisée, aussi appelé Palais de l'agriculture, qui date de 1930. À l'époque, il est le domicile des Citadelles et des As, qui voient leur équipement de hockey s'envoler en fumée.

Dans une rétrospective publiée dans Le Soleil en 2011, on apprend que le maire de l'époque, Lucien Borne, promet de reconstruire immédiatement un nouveau Colisée, qui contiendra dorénavant 10 000 sièges, au même emplacement, que l'on appelle aujourd'hui ExpoCité.

La Ville de Québec s'inspire des amphithéâtres les plus récents des États-Unis et fait appel à l'architecte Robert Blatter pour concevoir les plans. Il optera pour des voûtes allemandes, très novatrices pour l'époque, car aucune poutre ne vient bloquer la vue. 

La première pelletée de terre a lieu le 24 mai 1949, et un premier match de hockey y est présenté le 15 décembre 1949, alors que les bancs ne sont pas encore installés. N'empêche, le Colisée est officiellement ouvert, et son enseigne lumineuse peut être vue jusqu'en haute ville. 

En 1972, le Colisée devient la demeure officielle des Nordiques de Québec. Lorsque l'équipe fait son entrée dans la Ligue nationale de hockey, en 1979, la Ville de Québec décide de rénover et d'agrandir le Colisée, en y ajoutant 5000 sièges. On perce alors le toit du Colisée pour y ajouter un étage (les balcons) et on modernise l'aspect extérieur de l'édifice. Coût de la facture : 20 millions $. 

Au milieu des années 90, le président des Nordiques Marcel Aubut cherche à faire construire un nouveau Colisée, mais ses démarches ne porteront pas fruit, et l'équipe quittera finalement la ville de Québec de façon précipitée, en 1995. 

Le Colisée porte le nom du commanditaire Pepsi depuis 1999. De nouvelles bandes et un tableau indicateur moderne ont été installés au cours des années 2000. 

Malgré les améliorations, le Colisée lui-même ne rajeunit pas, et la Ville de Québec a finalement décidé de le remplacer par un amphithéâtre tout neuf situé juste à côté, dont la construction a commencé en septembre 2012 et qui sera inauguré en septembre.  

 

Marcel Lajeunesse a été l'organiste des Nordiques de... (Le Soleil, Erick Labbé) - image 5.0

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Marcel Lajeunesse a été l'organiste des Nordiques de 1983 à 1995. 

Le Soleil, Erick Labbé

Marcel Lajeunesse, l'organiste improvisateur

Il n'est pas connu à Québec, mais sa musique, elle, l'est. Marcel Lajeunesse a été l'organiste officiel des Nordiques de 1983 à 1995. Il se souvient du temps où chaque amphithéâtre de la Ligue nationale de hockey (LNH) avait son propre «son» et gardera d'excellents souvenirs de celui du Colisée.

«Quand j'étais jeune, je pouvais dire à quel endroit était joué le match juste par le son de l'orgue. J'avais pas besoin de voir l'écran, je le savais si c'était à Montréal, à Boston, à New York, à Chicago», raconte-t-il. La réverbération de l'édifice, l'instrument, le choix des pièces et le style du musicien faisaient en sorte de créer une ambiance unique. 

Aujourd'hui, on entend les mêmes chansons de l'heure et les mêmes jingles un peu partout. Le «son» entourant une partie de hockey s'est uniformisé. La plupart des équipes de la LNH comptent toutefois encore sur les services de claviéristes, question d'interagir en direct avec la foule. 

Et si les Nordiques revenaient à Québec? Et si le Centre Vidéotron avait besoin d'un musicien? Marcel Lajeunesse essaierait de nouveau de passer l'audition, comme il l'a fait en 1983. Par passion, tout simplement.

À l'époque, il avait si souvent arpenté le Colisée qu'il connaissait par coeur le répertoire de l'ancien organiste, Jean-Yves Hamel. C'est un peu ce qui a permis au musicien autodidacte, qui ne savait alors pas lire la musique, de passer l'audition et de garder cet emploi - à temps partiel - pendant 12 ans. 

«Mon métier, je l'ai toujours vu comme un décor de pièce de théâtre. C'est très important, mais tu ne te déplaces pas pour le décor. Les gens venaient voir le match», soutient M. Lajeunesse. Il acceptait que parfois, ce soit plus tranquille, mais lorsque la foule montrait des signes d'excitation, après une remontée de l'équipe par exemple, alors là, il donnait tout ce qu'il pouvait. «C'est trois périodes de hockey, c'est trois périodes d'improvisation!»

Travaillant avant l'arrivée des tableaux indicateurs avec écrans, M. Lajeunesse devait avoir les yeux constamment rivés sur Badaboum, la mascotte, question d'interagir avec elle. Par exemple, en envoyant une chanson d'amour lorsqu'elle se trouvait près d'une belle fille. Et lorsqu'un spectateur arrivait habillé en Elvis, laissez-moi vous dire que M. Lajeunesse ne se gênait pas pour lui pousser une toune de son idole afin que tous les yeux se tournent vers lui.

Celui qui a déjà été nommé meilleur organiste de la LNH par le magazine Hockey News n'hésite pas à dire qu'il est un homme de hockey avant d'être un musicien. Oui, il a joué dans les bars, notamment à la Brasserie de la capitale, l'été, mais il ne se servait pas de son rôle au Colisée pour distribuer des cartes professionnelles et obtenir d'autres contrats. 

Foule bruyante

Ses meilleurs souvenirs? Les fois où il ne s'entendait pas. Même dans sa cage de verre, avec un haut-parleur à un mètre de son oreille, la foule du Colisée était parfois si bruyante qu'elle enterrait totalement sa musique.

M. Lajeunesse est toujours l'organiste officiel du Tournoi international de hockey pee-wee de Québec. Il en a 32 à son actif. Il a joué pour la dernière fois au Colisée en février dernier, un moment quelque peu émotif pour lui. 

Sa musique continue toutefois de résonner encore à l'occasion au Colisée. «Mon son s'est propagé à un moment donné, à mon insu», raconte-t-il. Il se garde toutefois d'être amer et se dit que s'il a été «enregistré» et qu'il continue d'être diffusé, c'est que les gens aiment sa musique, des airs d'orgue qui font vintage, mais qui font partie intégrante de l'ambiance typique du Colisée.

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