La menue nageuse de 5' 4" a passé l'hiver à se renforcer. Moins de piscine, plus de musculation. Plus de course à pied, aussi. Elle a en plus passé plusieurs heures dans le bureau du psychologue. «Je souffre d'anxiété depuis longtemps», révèle-t-elle.
En 2008, les Jeux de Pékin, où elle a terminé 13e au 200 mètres papillon, sa spécialité, 28e au 100 m papillon et 7e au relais 4 X 100 m quatre nages. En 2009, un record canadien de 2 min 5,95 s au 200 m papillon des Championnats du monde, à Rome. En 2010, une médaille d'argent aux Jeux du Commonwealth (2:07,31). Jusqu'en 2011, une 12e place aux Mondiaux, à Shanghai (2:08,70). «Mais l'an passé, j'ai perdu le contrôle.»
«Mieux préparée»
Lacroix affirme maintenant avoir «repris le contrôle» et être «mieux préparée». «Ça m'a permis de me reconstruire.» À grands coups de réflexion et d'introspection. Ce qui l'a menée à changer de club, donc d'entraîneur. Après des années sous l'égide de Claude St-Jean au Club aquatique de Montréal (CAMO), elle est passée dans le giron de Benoît Lebrun aux Piscines du Parc olympique (PPO).
«Le club et le coach faisaient partie du problème», admet-elle d'emblée. «Ce n'est pas tous les entraîneurs qui sont capables de travailler avec ça. [L'anxiété], c'est un défi pour les deux [l'athlète et l'entraîneur]. Mais maintenant qu'on sait ce que c'est, c'est moins difficile à vivre.»
Elle a fait moins de compétitions au cours de la dernière année. Ce qui a soulevé des doutes sur sa capacité d'atteindre les critères olympiques pour la deuxième fois de sa carrière. «C'est normal que certains ne me pensaient pas en forme. Mais moi, je savais que je m'entraînais pour ça», explique celle qui a inscrit le meilleur temps au pays cette année (2:09,01) lors des sélections olympiques de la fin mars, à Montréal.
«L'an passé, j'ai été la meilleure Canadienne au 200 m papillon et mon anxiété était au pire de ce que ça pouvait être», analyse l'athlète de 28 ans. «À partir de là, je ne voulais pas me sentir encore comme ça durant un an. Ce n'est pas tant les résultats que je remettais en cause que ce que ça me demanderait pour pouvoir participer aux Jeux. Fin mars [pour les sélections], c'était un peu tôt, mais ç'a passé. J'ai trouvé la recette.»
«Scénario idéal»
Une recette qui, espère-t-elle, la mènera parmi les huit finalistes olympique, le 1er août. Ce «scénario idéal» l'impliquerait dans une première finale olympique individuelle. Une cible ratée il y a quatre ans. «En 2008, c'était mes premiers Jeux et c'était la première fois que j'étais classée dans le top huit mondial. La difficulté était double», fait-elle valoir, avec du recul.
«Cette fois, ça va être plus facile à vivre. Je suis négligée et j'ai plus d'expérience. Je sais plus à quoi m'attendre. Même s'il y a toujours des choses que je ne contrôle pas, j'ai moins de pression. Je suis préparée pour ces Jeux-là.»
Ses derniers Jeux, mais sans doute pas sa dernière grande compétition. «Je ne suis pas sûre d'arrêter après les Jeux. Mais les prochains Jeux sont dans quatre ans, ce qui est quand même long. Je ne me rendrai pas jusque-là», confirme une Lacroix sereine.
Compétition du 200 m papillon: mardi 31 juillet (préliminaires), mercredi 1er août (finale)
Dix questions pour Audrey Lacroix
1. Qui est la personne qui t'inspire le plus?
Difficile de nommer une seule personne. Je crois que les gens qui posent des gestes pour aider les autres sont pour moi des exemples à suivre.
2. Genre de musique préférée?
J'ai la musique populaire, genre Top 50. J'aime bien Katy Perry, Cold Play, Adèle, U2. Rien de bien original en fait, je ne suis pas vraiment une grande fan de musique.
3. Passe-temps préféré à l'extérieur du milieu sportif?
J'aime bien lire et regarder des séries télé. Comme il est difficile pour moi de suivre une saison complète à cause de mes déplacements, j'achète beaucoup de coffrets DVD. J'aime aussi magasiner et boire des cafés.
4. Film qui t'a marquée?
Le conte pour tous La Championne (1991). C'est le premier film que j'ai vu au cinéma. C'était à ma fête de 8 ans.
5. Cause sociale qui te tiens coeur?
Je suis porte-parole de Right to play, même si je n'ai pas encore eu l'occasion de m'impliquer auprès de l'organisme. Aussi, avec Natation Canada, je suis impliquée dans CanSwim, qui vise à promouvoir la natation chez les enfants afin de diminuer le nombre de noyades. La natation est un des seuls sports dont la pratique peut éventuellement sauver la vie.
6. Livre ou télé?
Probablement plus télé, sauf en voyage où je suis plus livres et magazines. Je suis abonnée constamment à 5-6 magazines mensuels différents.
7. Sport favori à part le tien?
Je n'ai pas vraiment le temps ou l'énergie de pratiquer d'autres sports présentement. Surtout, comme je suis parfois plus ou moins habile, le risque de blessure est plutôt élevé. Cependant, j'aimais bien jouer au tennis et je compte bien m'y remettre à la fin de ma carrière en natation. De plus, j'aimerais bientôt essayer des cours de Juraki, où l'on fait des exercices avec un trapèze.
8. Endroit dans le monde qui te fait rêver?
L'Europe en général, pour les paysages, les villes et villages vieillots et la bonne nourriture. Il y a tellement de choses à faire et à voir.
9. Péché mignon ou plaisir coupable?
Le chocolat, les friandises, les cafés au lait, passer des après-midi à lire des magazines, jouer aux jeux vidéos sur ma PS3 ou PSVita.
10. Dans 20 ans tu seras....?
Je crois que présentement mon horizon d'avenir ne va pas plus loin que le 13 août 2012, date où je reviens à Montréal après les jeux de Londres. Après, on verra... Tout est possible.