Nordicité: Québec à la recherche d'un titre mondial

Le traversier Alphonse-Desjardins se frayant un chemin au... (Le Soleil, Pascal Ratthé)

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Le traversier Alphonse-Desjardins se frayant un chemin au travers des glaces entre Lévis et Québec.

Le Soleil, Pascal Ratthé

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Nordicité: l'hiver apprivoisé
Nordicité: l'hiver apprivoisé

Québec, ce n'est pas le Nord québécois. Son histoire est néanmoins intimement liée au froid et à l'hiver, tout comme son développement social et économique. En pleine ébauche du Plan Nord, Le Soleil a fait le point sur l'évolution de la nordicité de la capitale. »

(Québec) Québec a déjà le mercure du thermomètre, l'Hôtel de Glace et le ballet des déneigeuses pour prouver sa nordicité. Elle cherche maintenant à se doter d'un titre officieux - capitale mondiale de l'hiver - et d'une organisation phare pour obtenir une reconnaissance planétaire.

Le coup a déjà été tenté. En 1999, Bernard Pâquet, l'un des fondateurs de Cossette devenu organisateur d'événements, a organisé le Sommet mondial de la nordicité à Québec. La rencontre à caractère scientifique et économique devait permettre d'exposer la maîtrise du froid des Québécois et de découvrir l'expertise développée ailleurs dans le monde. Ce qui fut fait.

Le plan du comité organisateur, réuni autour de la table des technologies nordiques de la Chambre de commerce de Québec, était de répéter l'événement tous les deux ans. En 2001, de fait, Québec a accueilli le congrès de l'Association mondiale des villes d'hiver. Puis, plus rien jusqu'en 2010, année où s'est tenu le Congrès international de la viabilité hivernale.

«Dans ce temps-là, l'hôtel de ville et l'Office du tourisme ne voulaient pas qu'on parle du froid» de peur de rester collé avec une étiquette. «Il y avait le Carnaval, et c'était bien correct», se souvient M. Pâquet, joint en Floride, où il passe l'hiver. «Si on avait continué, on serait rendus loin», croit-il aujourd'hui.

Concept de nordicité

Car l'autre idée avancée il y a 10 ans était de doter Québec d'une agence ou d'un commissariat qui aurait moussé le concept de nordicité, mis de l'avant toutes les initiatives sociales et économiques liées au froid, fait la promotion de Québec comme leader nordique. «On voulait créer une structure pour concentrer, mettre en valeur les ressources québécoises», résume Yvan Pouliot, un biologiste qui a patrouillé dans le Nord pour son travail et y a même trouvé l'amour.

Mais le temps, l'énergie et surtout le financement ont manqué aux passionnés. M. Pouliot et sa bande croient aujourd'hui qu'il serait temps de rebrasser les vieilles idées pour les mettre au goût du jour et les réaliser.

Michel Allard est chercheur au Centre d'études nordiques (CEN) et a lui aussi participé à cette grande réflexion. Compte tenu du développement phénoménal de la recherche nordique à l'Université Laval, il croit maintenant qu'il faut privilégier un véhicule scientifique pour faire avancer la nordicité. Le développement économique suivra bien.

«La Ville de Québec, avec l'Université Laval, est devenue de facto la capitale de la recherche sur l'Arctique au Canada», constate M. Allard. De fait, un chercheur sur 10, à Laval, travaille aujourd'hui sur des enjeux nordiques, confirme Sophie D'Amours, vice-doyenne à la recherche de la faculté des sciences et de génie et membre d'un comité de promotion de la recherche nordique.

L'institution d'enseignement compte déjà quatre centres de recherche majeurs tournés vers le Nord (CEN, Québec Océan, Centre interuniversitaire d'études et de recherches autochtones et Nasivvik) en plus d'être la tête de pont du réseau ArcticNet, qui affrète le brise-glace Amundsen.

Des chercheurs rêvent maintenant d'accueillir un éventuel Institut polaire canadien, qui se mesurerait à ceux de la France, de la Norvège et du Japon. Le siège social serait situé à Québec, qui serait également un des six «noeuds» de recherche gravitant autour d'autant d'universités canadiennes. Louis Fortier, directeur d'ArcticNet, identifie Memorial, Toronto, Manitoba, Calgary et UBC-Victoria comme partenaires. Chacune contrôlerait son champ d'expertise. «Tout le monde est bien content parce que personne ne se pile sur les pieds», résume-t-il.

Discuté depuis 2009, ce projet approche l'étape du financement selon M. Fortier. Sophie D'Amours affirme toutefois qu'il serait «prématuré» de conclure que la formule sera retenue par l'Université Laval. Comme ses employés, celle-ci rêve d'une structure permanente, centrale, pour concentrer et stimuler la recherche, mais le meilleur modèle n'est pas encore trouvé, dit-elle.

Tourisme

De son côté, l'Office du tourisme de Québec est davantage à la recherche d'un titre. L'organisation s'apprête à publier la liste de cinq chantiers majeurs qu'elle entreprendra d'ici 2020. L'un d'eux, nous a confirmé le directeur général Gabriel Savard, est de faire de Québec la «capitale mondiale de l'hiver».

Pour obtenir ce titre officieux, Québec compte mettre de l'avant ses atouts indéniables: carnaval, Hôtel de Glace, ski à quelques kilomètres du centre-ville, événements extérieurs... Et surtout la neige, la glace, qui sont au rendez-vous malgré les changements climatiques, ce qui n'est pas le cas dans toutes les villes nordiques.

«Il faut avoir un continuum d'activités tout l'hiver pour faire ressortir le caractère festif, animé et la beauté, le romantisme de la ville de Québec», dit M. Savard. Pour arriver à ses fins, l'Office a l'intention d'utiliser ses moyens financiers pour développer des produits touristiques, pas seulement faire la promotion de ce qui existe.

Le froid au musée

Plusieurs de nos interlocuteurs ont évoqué la nécessité d'un musée polaire, du froid ou de l'hiver, qu'importe le nom. En plus de rappeler l'apprivoisement de l'hiver par les Européens et sa maîtrise par les autochtones, il y aurait lieu d'exposer le fruit des recherches ethnologiques et anthropologiques menées à Québec et de présenter les prouesses technologiques inspirées par le froid.

Place aussi pour les faits d'armes du commandant Joseph Elzéar Bernier, né en 1852 à L'Islet et mort en 1934 à Lévis, qui a réalisé de nombreuses expéditions dans l'Arctique et en a pris possession pour le gouvernement canadien en 1909. «Il y a beaucoup d'éléments historiques liés au nord, mais ça ne paraît pas. Il n'y a rien qui vient officialiser notre histoire polaire», dit Louis Fortier, qui serait bien prêt à offrir le hall d'entrée de son futur institut polaire aux visiteurs.

Il a même une idée d'exposition: un parallèle entre l'exploration de l'Arctique et l'album de bande dessinée L'étoile mystérieuse mettant en vedette le Tintin de Hergé.

>> En un mot: NORDICITÉ

La nordicité selon Louis-Edmond Hamelin, père du concept, citoyen de Québec et fondateur du Centre d'études nordiques. «Parcourir, étudier, imaginer, nommer, cartographier, diriger et développer le Nord en se comportant en bon citoyen. La nordicité s'intéresse à tout le Nord de même qu'au tout du Nord [les autochtones]. Au Québec comme dans les pays froids, le Nord n'est pas seulement dans les latitudes mais surtout dans les attitudes.»

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