(Québec) Des looks changeants, une créativité certaine, un goût prononcé pour la provocation et un talent indéniable pour jouer avec l'image. Madonna a tourné quelque 70 vidéoclips au fil d'une carrière née dans les années 80, la même décennie qui a vu éclore les chaînes de télé musicales comme MTV, MusiquePlus et MuchMusic. À défaut de brosser un portrait exhaustif de sa vidéographie, voici un survol ancré dans quelques clips marquants et leurs réalisateurs, qui se sont imposés comme de fréquents collaborateurs de la Madone.
>> 1989: Like a Prayer, réalisé par Mary Lambert
Un saint à la peau noire, un amour interracial, des croix qui brûlent à l'image de celles du Ku Klux Klan, une dévotion religieuse qui prend des allures d'extase sexuelle... Madonna joue sur plusieurs tableaux la carte de la provocation avec cette vidéo, qui aborde de front les thèmes du racisme et de la religion. Légèrement vêtue dans une église, elle va même jusqu'à s'approprier des stigmates. On s'en doute, cette prière vidéographique a fait des vagues, soulevant l'émoi jusqu'au Vatican. On doit aussi à sa réalisatrice, Mary Lambert, le célébrissime clip de la chanson Like a Virgin (1984), où la Madone s'offre une sensuelle escapade en gondole vénitienne. La cinéaste, qui a travaillé avec Janet Jackson, Whitney Houston, Queensrÿche et Mötley Crüe, a également mis en images les pièces Borderline (1984), Material Girl (1985) et La Isla Bonita (1987) de Madonna. Dans un tout ordre d'idées, les amateurs de films d'horreur ont pu apprécier son travail dans l'adaptation du roman de Stephen King Simetierre.
>> 1990: Vogue réalisé par David Fincher
Avec ses images noir et blanc léchées, sa chorégraphie qui frappe l'imaginaire et son hommage à l'âge d'or hollywoodien, Vogue s'impose certainement comme l'un des vidéoclips les plus connus de Madonna. On joue ici la carte de la classe, sans délaisser l'aspect sexy : la chanteuse y arbore un air statuesque, revêtant tour à tour des robes classiques, un haut transparent en dentelle et son iconique soutien-gorge aux bonnets coniques. L'année précédente, le réalisateur David Fincher avait aussi fait bon usage de sa culture cinématographique avec le clip d'Express Yourself et son clin d'oeil au film Metropolis. Il tournera de nouveau avec la Madone l'année suivante dans le clip de Bad Girl avant de vraiment plonger dans le septième art : au grand écran, M. Fincher est derrière les films Sept, Fight Club, Le réseau social et l'adaptation américaine de Millenium, entre autres.
>> 1990: Justify My Love réalisé par Jean-Baptiste Mondino
Aussi artistique que provocateur, ce clip signé Jean-Baptiste Mondino aura beaucoup, beaucoup fait jaser. On y voit Madonna entrant dans un hôtel parisien pour, on le découvre vite, satisfaire quelques fantasmes sexuels. Au menu: un peu de fétichisme, beaucoup de voyeurisme et un soupçon de bisexualité. Ça se termine par une maxime toute madonnaesque : «Poor is the man whose pleasure depends on the permission of another» («Pauvre est celui dont le plaisir dépend de la permission d'un autre»). Les réseaux télévisés MTV et MusiquePlus, eux, ne demanderont la permission à personne avant de bannir le vidéoclip. Dans la lentille de M. Mondino, la chanteuse se l'était aussi jouée sexy pour la vidéo d'Open Your Heart (1986), dont l'ambiance de peep-show offre au passage un clin d'oeil à Liza Minnelli et à Marlene Dietrich. Le duo Madonna-Mondino reprendra du service à quelques reprises : dans l'ambiance sado-maso du clip Human Nature (1995), puis plus chastement dans celle country de Don't Tell Me (2000), pour ne nommer que ceux-là.
>> 2001: What It Feels Like for a Girl réalisé par Guy Ritchie
En décembre 2000, Madonna a épousé le cinéaste britannique Guy Ritchie. Les tourtereaux ne tarderont pas à travailler ensemble, et pas de la plus douce façon. Le clip de What It Feels Like for a Girl, réalisé par Monsieur, sera banni des ondes un peu partout dans le monde à cause de son contenu jugé trop violent. En gros, on y voit la blonde chanteuse aller chercher une vieillarde qui n'a pas l'air d'avoir toute sa tête pour l'entraîner dans une folle soirée à bord d'une Camaro... qui ne sera pas épargnée non plus! Ça commence avec une collision volontaire avec un autre automobiliste au regard trop suggestif, ça continue par une agression au pistolet Taser d'un badaud au guichet automatique. La Madone ne se gêne pas pour pointer un fusil à eau à l'aspect très réaliste au visage de deux policiers, puis de faire un abat dans une partie de roller hockey... Bref, tout pour passer son agressivité sur les hommes! La voiture dans laquelle prennent place Madonna et Grand-Maman finit sa course encastrée dans un poteau. Ce sera le seul vidéoclip de Madonna réalisé par son mari, qui a toutefois dirigé sa douce au cinéma dans le film (ou le flop?) À la dérive en 2002. Le couple a divorcé en 2008, une expérience abordée à quelques reprises dans le dernier album de la chanteuse, MDNA.
>> 2003: American Life réalisé par Jonas Akerlund
Dans le cas de ce clip tourné à l'hiver 2003, la Madone elle-même a choisi d'appliquer les freins et de le faire retirer des ondes. La version originale se voulait une prise de position contre la politique guerrière du gouvernement américain, doublée d'un coup de gueule destiné à l'industrie de la mode. Soldats et enfants du Moyen-Orient se côtoyaient sur une passerelle devant un public hilare. Le clip original se terminait par une image de Madonna lançant une grenade en direction d'un sosie de George Bush. Le contexte délicat entourant le début de la guerre en Irak a poussé la chanteuse à reculer et à tourner une version épurée du clip, où elle revêt un uniforme militaire et chante devant les drapeaux de divers pays. Le réalisateur Jonas Akerlund a aussi signé les clips Ray of Light, Music et Jump de Madonna. Les fans de Lady Gaga, de Rammstein, de P!nk, de U2 ou de Britney Spears risquent aussi de connaître son travail.