Une île, six maires: la fusion est toujours dans l'air

À l'île d'Orléans, chaque clocher a son maire.... (Le Soleil, Laetitia Deconinck)

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À l'île d'Orléans, chaque clocher a son maire. Le territoire en compte six, en plus de 36 conseillers, et cela pour 7000 habitants.

Le Soleil, Laetitia Deconinck

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L'ile d'Orléans au quotidien

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L'ile d'Orléans au quotidien

Fenêtre exceptionnelle sur le fleuve Saint-Laurent, grenier de la région de Québec et berceau de son patrimoine, l'île d'Orléans agit comme un aimant sur les touristes. Mais derrière les paysages à couper le souffle et les orgies de bouffe, il y a des gens qui vivent désormais au rythme de la terre plus que de l'eau. Le Soleil a passé quelques jours sur place, hors des sentiers battus, pour cerner le quotidien et les défis de cette île qui fait tant rêver. »

(Québec) Il y a un maire et 27 conseillers municipaux à Québec pour servir 545 000 citoyens. L'île d'Orléans, elle, compte six maires et 36 conseillers municipaux pour répondre aux besoins de 7000 habitants. Il se trouve des gens pour dire que c'est trop.

Jacques Côté, agent de bord, résidant de Saint-François et ex-candidat à la mairie de l'endroit, est un de ceux-là. Après sa défaite électorale de novembre, il a décidé de réunir des citoyens d'un peu partout sur l'île pour préparer la fusion des six paroisses de l'île d'Orléans. Ils sont une demi-douzaine à avoir répondu présent, anciens ou aspirants élus.

«Ma motivation, c'est le gros bon sens. Six hôtels de ville sur un si petit territoire, pour moi, ça ne tient pas debout», plaide le quinquagénaire, soutenant la comparaison avec Baie-Saint-Paul, qui se contente d'un seul conseil municipal pour autant de population et presque trois fois plus de superficie.

Celui-ci voit deux façons de concrétiser cette fusion : demander au ministère des Affaires municipales de forcer le jeu ou se faire élire en exposant clairement ses intentions. Dans un cas comme dans l'autre, un référendum pourrait être tenu à la grandeur de l'île. Pour l'instant, M. Côté préfère la seconde voie. «Le projet, c'est de monter des équipes et de se présenter aux prochaines élections» prévues pour 2013, dit-il.

L'argumentaire en faveur de la fusion ressemble déjà à un programme électoral. Inquiété par l'embourgeoisement de l'île, M. Côté croit que les politiciens doivent trouver des moyens d'attirer de jeunes familles. Il aimerait aussi régler les problèmes d'eau et d'égouts pour de bon, implanter un système de transport collectif, favoriser l'arrivée d'une épicerie et d'un marché public, faire une meilleure promotion du tourisme. À six maires, rien de tout cela ne peut se régler dans des délais raisonnables, selon lui.

Manque de concertation

«Actuellement, il n'y a pas assez de concertation pour mettre une pancarte à l'entrée de l'île qui dirait aux gens que c'est la seule station-service sur leur chemin. Donc ça tombe en panne tout le tour...» illustre-t-il.

En 2000, le commissaire Jean-Louis Lapointe avait proposé à la ministre des Affaires municipales, Louise Harel, de fusionner les six paroisses de l'île d'Orléans tant qu'à s'attaquer aux dossiers de Québec et de Lévis. L'idée avait finalement été abandonnée pour des raisons «de spécificité».

«On a déjà plein de choses en commun au niveau de la MRC», justifiait alors le préfet Jean-Claude Turcotte, aussi maire de Sainte-Famille. Dix ans plus tard, le même homme répète la même chose dans les mêmes mots. «Tout ce qui peut être mis en commun l'est déjà», plaide-t-il au Soleil. Il pense au schéma d'aménagement et à la gestion des permis de construction, au bureau d'accueil touristique et à ceux de la MRC, aux déchets et aux bacs de récupération qui prennent le chemin de Québec. La Sûreté du Québec patrouille le territoire. Pour les pompiers, les villages se partagent trois équipes. Quant à l'entretien des routes, il est minimal puisque le chemin Royal est sous la responsabilité du ministère des Transports. «Même si on fusionnait, on ferait quoi de plus?» demande le préfet.

De façon générale, les résidants de l'île rencontrés par Le Soleil croient pourtant que la fusion se fera tôt ou tard. Plusieurs font remarquer que les postes de maire et de conseiller sont rarement disputés et y voient un signe de désintérêt des citoyens. Quand il y a élections, toutefois, c'est en grand nombre que ceux-ci se rendent voter. Lors des élections de novembre 2009, le taux de participation était tout juste sous la barre des 80 % dans les deux municipalités où le poste de maire était en jeu. Rien à voir avec la moyenne provinciale d'à peine 45 %.

Maigre allocation

Marcel Barthe, habitant de Saint-Jean et auteur d'une étude sur la perception et la représentation territoriales de l'île d'Orléans par ses résidants, estime qu'une ville unique permettrait d'attirer des politiciens plus compétents et plus disponibles parce que mieux payés. Être conseiller municipal, à l'Île, c'est se contenter d'une allocation d'environ 2000 $ par année. Les décisions, petites et grandes, seraient aussi plus susceptibles d'être prises dans des délais raisonnables et dans l'intérêt du plus grand nombre, selon l'homme d'affaires. «Ça créerait un premier niveau de distance entre le maire et ses commettants», croit M. Barthe, qui constate un régime «deux poids, deux mesures» entre les natifs de l'île et les nouveaux arrivants, notamment en matière de respect du patrimoine.

Lenteur administrative

Andrée Marchand, propriétaire de la Goéliche et ex-présidente du Centre local de développement (CLD), est surtout préoccupée par le temps mis pour mener les dossiers communs à terme : «À l'Île, la prise de décision est trop lente et les citoyens s'en plaignent.» Avalés par le train-train, les nombreux élus n'ont pas le temps de développer une vision à long terme, poursuit l'aubergiste.

Puis elle dresse la liste des dossiers qui devraient être réglés depuis longtemps : égouts et enfouissement des fils électriques au coeur des villages, aménagement de l'entrée de l'île, piste cyclable... Même ajuster la numérotation des adresses sur le chemin Royal pour les touristes et les services de sécurité est une tâche impossible, soupire-t-elle, adossée au fleuve.

Si elle croit qu'une fusion en bonne et due forme serait la meilleure des solutions, Mme Marchand hésite à la prôner avant d'avoir étudié toutes les possibilités. Elle se demande notamment si un préfet élu au suffrage universel et payé par la MRC, comme cela se fait en Gaspésie, ne serait pas aussi efficace.

L'organisation sous forme de MRC représente en effet des avantages au chapitre de la représentation - à la Communauté métropolitaine de Québec (CMQ) notamment - et des subventions, fait-elle remarquer. Le débat est lancé.

Consultez l'album photos du dossier L'île d'Orléans au quotidien

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