À l'exception de René-Lévesque en haute-ville où passerait une piste cyclable, le projet de l'administration Labeaume ne prévoit la disparition d'aucune voie de circulation automobile.
Bordeaux a choisi au contraire de transformer de grandes avenues du centre-ville qui avaient pris des allures d'autoroutes, comme les mini-Champs Élysées du Cours de l'Intendant. Les voitures n'y passent plus que de façon marginale, l'espace étant consacré surtout aux piétons, au tram et au vélo.
Un grand carrefour giratoire autour de la cathédrale du centre de Bordeaux est devenu une vaste place publique sans voiture où le tramway se glisse entre les vieilles façades de pierre du XVIIIe siècle.
Le «parking sauvage» qui occupait l'espace en demi-lune de la place de la Bourse a été transformé en place publique où coule la fontaine-miroir qui fait aujourd'hui l'envie du maire de Québec.
À la différence de Québec qui envisage le tramway d'abord comme un outil pour développer de nouveaux quartiers, Bordeaux a construit le sien pour des motifs sociaux et politiques.
Le «premier objectif» de Bordeaux était de relier au centre-ville les banlieues et les quartiers défavorisés de la périphérie, en outre ceux de la «rive droite» du fleuve, rappelle le maire, Alain Juppé.
C'était une «motivation sociale et économique». Ces quartiers ont été pendant «très longtemps coupés du reste de la ville». Des quartiers «difficiles» avec un taux de chômage élevé et une «très grande diversité de la population», dit-il. Il y a eu un «bénéfice formidable», perçoit-il.
Le second objectif de Bordeaux était de desservir les quartiers où les besoins de transport en commun étaient les plus élevés. Le lien entre le centre-ville et les grands établissements scolaires, les zones d'activités importantes et le campus universitaire est une «réussite formidable» et une des «lignes les plus saturées du réseau», décrit le maire Juppé.
Le projet de l'administration Labeaume permettrait aussi de desservir les grands établissements et les principaux pôles d'activité de la région. Le projet sur la table fait cependant le choix de ne pas desservir le corridor de transport en commun le plus achalandé.
Pour Bordeaux, l'objectif de densifier le territoire et d'ouvrir de nouveaux quartiers n'est apparu qu'à partir de la seconde phase de travaux.
Comment vendre le tramway à une population qui peut parfois douter? «Avec la patience, la pédagogie et des explications, a constaté Alain Juppé. Dès qu'on veut changer quelque chose, on dérange les habitudes.»
Le tramway de Bordeaux en quelques chiffres (à télécharger)
Citoyens consultés
Bordeaux a donc consacré des centaines d'heures à débattre et à consulter sur le choix des tracés, les impacts, etc. Pendant les travaux, des «médiateurs de chantier» ont été envoyés sur chacune des lignes pour rencontrer les citoyens et les commerçants et expliquer ce qui se passait.
La communauté a aussi mis en place une commission d'indemnisation des commerçants touchés par les travaux. Les indemnités ont été versées sur la base des chiffres d'affaires.
Reste que la ville, particulièrement son centre, a été bouleversée pendant plusieurs années. Plusieurs maires de France qui ont implanté un tramway ont été battus aux élections suivantes à cause des dérangements. «J'aurais dû être battu aux municipales de 2001 parce que la ville était bouleversée par les chantiers», philosophe-t-il. Il a alors constaté une «forte adhésion de la population».
M. Juppé leur a vendu l'idée qu'ils profiteraient en retour d'une ville embellie, de nouvelles places publiques, d'une «qualité de vie supplémentaire» et d'une réduction des embouteillages.
Les plus réticents au tramway sont aujourd'hui les commerçants riverains qui disent craindre que leurs affaires souffrent, non seulement pendant les travaux de construction, mais de façon permanente.
Les automobilistes qui avaient l'habitude d'arrêter prendre du pain ou faire un achat ne pourront plus passer, font-ils valoir.
La réalité des autres rues commerçantes où le tramway est déjà implanté est pourtant tout le contraire, plaide M. Juppé.
Quatre-vingt-dix pour cent des commerçants s'en disent heureux, rapporte-t-il.