Haïti: reconstruire sa vie, reconstruire un pays

Marc-André Franche a vécu des années «intenses» en... (Photo collaboration spéciale, Valérie Gaudreau)

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Marc-André Franche a vécu des années «intenses» en Haïti depuis qu'il y est arrivé en 2008, avec sa conjointe Alexandra Duguay, décédée lors du terrible séisme de janvier 2010. «Je suis devenu une personne différente, dit-il. Je pense pour le mieux.»

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(Port-au-Prince) «Alex, je la laisse ici. Et je laisse aussi des amis qui sont vivants.» Le 12 janvier 2010, la vie de Marc-André Franche a basculé comme celle d'un pays entier, brisé par le terrible tremblement de terre. Il y a perdu son amour, Alexandra Duguay, décédée sous les décombres de l'édifice de l'ONU à Port-au-Prince. Trois ans plus tard, le Québécois terminera samedi prochain une mission de quatre ans en sol haïtien. Il tourne cette page très émotive de sa vie le coeur gros. Mais, aussi, avec le sentiment d'avoir fait son petit bout de chemin personnel et collectif dans cette ville qui, comme lui, se relève dans l'épreuve.

L'école maternelle de l'orphelinat de l'île à Vache,... (Le Soleil) - image 1.0

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L'école maternelle de l'orphelinat de l'île à Vache, inaugurée il y a un an, a été nommée à la mémoire d'Alexandra Duguay.

Le Soleil

«Même sans cette charge émotionnelle d'avoir perdu Alex, quand tu vis dans un pays pendant quatre ans, tu y laisses toujours une partie de toi», confie le jeune homme que Le Soleil a rencontré jeudi soir à l'hôtel Karibe de Port-au-Prince.

Émotif mais souriant, Marc-André Franche a accepté de s'ouvrir sur ses dernières années «intenses» vécues en Haïti.

Il y était arrivé fin 2008 avec sa conjointe, Alexandra Duguay. Un beau couple, qui voulait faire une différence comme employés de l'Organisation des Nations Unies.

Le tremblement de terre de 2010 est venu tout gâcher, emportant la femme de 31 ans.

Éprouvé, Marc-André Franche a quitté Haïti, est revenu voir sa famille à Montréal, ses amis à Québec. A vagabondé au Maroc et ailleurs, il est parti «prendre de l'air» pour surmonter le deuil.

Puis, en août 2010, il sent le besoin de revenir à Port-au-Prince. Pour aller au bout de l'histoire. Au bout de lui-même. «La journée où je suis revenu ici, je tremblais de peur, je tremblais de revivre tout ce que j'avais vécu ici. Malgré tout ça, pour moi, revenir ici et continuer à travailler pour ce qu'on avait décidé Alex et moi, ça m'a donné beaucoup de force.»

Une «inspiration», dit-il, que Marc-André Franche a aussi été chercher chez des amis en deuil. «Je travaille avec plein d'Haïtiens qui ont perdu leur mère, leur père, leurs enfants et qui continuent avec une volonté de changer les choses», relate-t-il.

«Je ne veux pas sonner trop romantique, mais quand tu vis ici, tu as beaucoup de confiance en l'humanité. Tu réalises que c'est possible de tout perdre, mais que la vie continue.»

Plus efficace qu'au WTC

Et la vie depuis son retour en terre haïtienne en août 2010, elle a continué en collaborant au Projet conjoint de gestion des débris de l'ONU. Le soir de notre rencontre, il revenait d'ailleurs d'une réception marquant la fin de ce programme qui a géré 8 millions de mètres cubes de débris sur les 10 millions causés par le séisme. «C'est plus rapide et plus efficace que n'importe quel tremblement de terre ou désastre enregistré dans l'histoire», dit-il fièrement. «On est plus vite que le World Trade Center, plus vite que le tsunami d'Aceh», énumère M. Franche.

Un bon coup qu'il tient à souligner, visiblement tanné d'entendre que rien ne marche dans la reconstruction d'Haïti. «Beaucoup de gens et beaucoup de journalistes, aussi, passent ici une semaine avec leur l'histoire gravée d'avance dans la tête. On dirait qu'il faut qu'ils reviennent à la maison en disant que rien n'a été fait et que les gens sont encore pauvres», déplore-t-il.

«Ben oui, les gens sont encore pauvres, ils l'étaient avant le séisme!» lance-t-il. «Mais l'argent envoyé a permis à beaucoup de gens de survivre et, aussi, beaucoup de choses ont été faites.»

Le travailleur de l'ONU mentionne le nombre de sans-abri du séisme, passé de 1,6 million à 300 000. La présence policière et la sécurité accrue dans les rues de Port-au-Prince, aussi.

«Il ne faut pas oublier qu'Haïti a perdu 25 % de ses fonctionnaires», rappelle-t-il pour expliquer en bonne partie les écueils de la reconstruction sur les plans administratif et étatique. «Même avant le tremblement de terre, recruter était difficile, alors il ne faut pas s'attendre à des miracles.»

Des miracles peut-être pas. Mais des petits gestes concrets qui changent les choses, oui.

Comme cette école maternelle Alexandra construite à l'orphelinat de l'île à Vache. L'école nommée à la mémoire d'Alexandra Duguay a été inaugurée il y a un peu plus d'un an. Marc-André Franche y est retourné tout récemment. «Ça m'a fait vraiment plaisir de voir la maternelle en pleine forme. Les meubles, tous colorés, étaient en excellente condition», dit-il de ce projet pour lequel des proches et la mère d'Alexandra, Marie-Dominique Bédard, ont recueilli 60 000 $. La fondation Digicel, un important fournisseur de télécommunications en Haïti, a doublé la mise.

«Il y a 102 enfants qui vont maintenant à l'école grâce à elle. Ça me fait vraiment plaisir. Je ne peux pas m'empêcher d'imaginer Alex sourire en voyant que tout ce qu'elle a commencé avant le tremblement de terre se poursuive. Ça fait chaud au coeur.»

Destination Pakistan

Le retour, la fin du programme de l'ONU et l'école sur les rails : triple conjoncture pour que Marc-André Franche tourne la page d'Haïti qu'il laisse comme un vieil ami.

Un ami à qui il a donné un coup de pouce, mais qui, espère-t-on, se prendra complètement en main bientôt. Une réalité qui arrivera, croit M. Franche, qui souhaite voir Haïti s'affranchir de l'omniprésente aide internationale. «Un ami qui passe un mauvais moment, tu peux l'aider, le recevoir à la maison une couple de soirs, lui faire à souper, illustre-t-il. Mais au bout de la ligne, c'est quoi la différence entre ceux qui passent au travers et ceux qui ne passent pas au travers? C'est ceux qui prennent la décision de s'en sortir.»

Ça vaut pour un pays, mais aussi pour notre homme, qui dit sortir transformé de son expérience haïtienne.

«Je suis devenu une personne différente. Je pense pour le mieux. Mais bon, ça, ce sera aux autres d'en juger», lance-t-il dans un éclat de rire.

Ce qu'il a appris en Haïti, Marc-André Franche veut maintenant le mettre au profit des plus défavorisés d'un autre coin du monde pas toujours jojo : le Pakistan. Il s'y installera le 8 janvier, un mois jour pour jour après son départ d'Haïti.

Haïti où il se promet déjà de revenir et où il est, à l'heure du bilan, bien heureux d'être revenu après avoir perdu Alexandra.

«J'ai des amis qui, après le tremblement de terre, ne sont jamais revenus. Les images qu'ils gardent sont des images d'horreur. Moi, je pars d'ici au contraire avec une image d'espoir, de sourires, de solidarité.» «Alex, je la laisse ici. Et je laisse aussi des amis qui sont vivants.» Le 12 janvier 2010, la vie de Marc-André Franche a basculé comme celle d'un pays entier, brisé par le terrible tremblement de terre.

Il y a perdu son amour, Alexandra Duguay, décédée sous les décombres de l'édifice de l'ONU à Port-au-Prince. Trois ans plus tard, le Québécois terminera samedi prochain une mission de quatre ans en sol haïtien. Il tourne cette page très émotive de sa vie le coeur gros. Mais, aussi, avec le sentiment d'avoir fait son petit bout de chemin personnel et collectif dans cette ville qui, comme lui, se relève dans l'épreuve.

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