Les pompiers de Port-au-Prince lancent un appel à l'aide

Le chef des pompiers de Port-au-Prince, Gregory William,... (Collaboration spéciale Valérie Gaudreau)

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Le chef des pompiers de Port-au-Prince, Gregory William, en compagnie du chef du Service de protection contre l'incendie de la Ville de Québec, Richard Poitras, et de Michaëlle Jean.

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Le Soleil accompagne Régis Labeaume en Haïti. »

Valérie Gaudreau, envoyée spéciale
Le Soleil

(Port-au-Prince, Haïti) Un conteneur à sa droite, un mur tout cassé à sa gauche, Gédéon Brunel parle malgré tout avec fierté de son métier de pompier à Port-au-Prince. À le voir, on se dit que la dignité des pompiers est bien la seule chose qui reste debout dans cette caserne qui tombe en ruine.

Le maire de Québec, Régis Labeaume, a décidé de partir en mission à Port-au-Prince pour «aider» les pompiers de Port-au-Prince après un appel de l'envoyée spéciale de l'UNESCO pour Haïti, Michaëlle Jean.

On a vu des photos. Mais ce n'était rien comme se rendre sur place et constater combien une image vaut mille... maux.

Car rien ne va chez les pompiers de la capitale haïtienne qui doivent composer avec le fait que la tumultueuse Port-au-Prince, avec ses abris de fortune et ses routes sinueuses, ne compte que quatre bornes-fontaines pour une ville de 2,5 millions d'habitants.

Oui, les camions-citernes, offerts par les États-Unis ou la France, ont plutôt bonne mine. Mais pour le reste...

«Le plus important serait d'avoir un nouveau bâtiment. Après, il nous faut du matériel. Et de la formation continue», énumère Gédéon Brunel.

«Aussi, on n'a pas vraiment de sirène», ajoute-t-il comme pour enfoncer le dernier clou du cercueil de l'efficacité.

Dans la caserne, le désoeuvrement frappe. Les murs sont à moitié effondrés après le séisme de janvier 2010. Ce qui était la réception a été transformé en espace pour des casiers. Un lit de métal reste là, au milieu de la place, sans matelas.

Tout allait mieux avant le tremblement de terre. Une épreuve «très dure» pour M. Brunel qui, la gorge nouée, évoque ses proches et ses amis perdus dans le drame.

Mais, positif, il arrive à voir du bon dans la tragédie. «Le tremblement de terre a montré notre faiblesse, nous a permis d'identifier différents problèmes», philosophe-t-il.

Mais depuis bientôt trois ans, rien ne semble avoir été fait pour aider les pompiers à se relever. L'argent promis pour la reconstruction n'est jamais venu, déplore le chef des quelque 150 pompiers de Port-au-Prince, Gregory William.

Gouvernement sourd

L'homme, imposant, ne se gêne pas pour critiquer le gouvernement qui a fait la sourde oreille aux demandes d'aide. «Ici, il ne faut pas trop emmerder l'État», lance-t-il dans un franc-parler qui rivalise avec celui de Régis Labeaume.

Pas étonnant que le maire de Québec ait apprécié celui qu'il a spontanément appelé «Gregory», devenu un grand ami du policier de Québec Jean-François Bégin, en poste à Port-au-Prince. «Il parle de politique, ce qui est très rare ici, a commenté le maire. Il est courageux.»

Outre un manque criant de soutien devant tout ce qui est urgent en Haïti, les pompiers souffrent depuis 25 ans d'avoir été instrumentalisés à l'époque du régime Duvalier, a raconté M. Labeaume jeudi. «Ils ont parfois fait la sale besogne, ce qui a nui à la réputation des pompiers», soutient le maire de Québec.

L'urgence de tout ce qu'il y a à rebâtir en Haïti pèse aussi dans la balance, une nouvelle caserne n'apparaissant pas comme prioritaire aux yeux de certains.

Des boyaux au Père Noël

Mais Régis Labeaume, lui, veut aider. Jeudi, il n'a toutefois pas confirmé quelle aide concrète la Ville de Québec apportera aux pompiers de Port-au-Prince. En début de journée, il a lancé devant le chef William être «en contact avec le père Noël» et a promis 400 mètres de boyaux d'arrosage d'ici les Fêtes.

Or, une évaluation de l'équipement par le chef des pompiers de Québec, Richard Poitras, a permis de voir que la caserne de Port-au-Prince est bien dotée en boyaux offerts par l'aide internationale. «Le problème est qu'ils sont tous dépareillés. Aucun raccord n'est pareil», a-t-il commenté.

Lors d'un bilan de fin de journée devant les journalistes, M. Labeaume a donc changé sa liste au père Noël. Il mise plutôt sur un envoi de matériel pour réparer et adapter les boyaux déjà à Port-au-Prince. Il est aussi question d'aider à réparer un puits inutilisable dans la cour arrière de la caserne. «Les outiller sera plus utile», estime M. Labeaume.

Pour le reste, le chef Richard Poitras et l'architecte de la Ville de Québec, Marika Vachon, rencontreront de nouveau Gregory William aujourd'hui afin d'évaluer les besoins de plus près.

Après quoi, Régis Labeaume promet de solliciter de l'aide. «Il faut savoir avant de faire appel aux gens», dit-il en soulignant que «ce n'est pas la Ville de Québec qui va payer une caserne».

«C'est le maire qui a décidé de répondre à l'appel de Michaëlle Jean», a-t-il répété. «Après, ce sera de voir auprès des investisseurs privés, des autres municipalités ou des ordres professionnels.»

>> LU

Relu, en fait, dans les minuscules temps libres de cette semaine haïtienne, le récit Tout bouge autour de moi dans lequel Dany Laferrière raconte comment il a vécu le terrible séisme de janvier 2010. L'écrivain québécois d'origine haïtienne se trouvait a l'hôtel Karibe, au moment du tremblement de terre qui a fait 300 000 morts. Le lire alors qu'on se trouve dans le même établissement se révèle une expérience particulièrement touchante.

>> VU

Une présentation sur les maisons de style gingerbread, littéralement, «les maisons de pain d'épice» emblématiques d'Haïti qu'une organisation de défense du patrimoine veut mettre en valeur. Généralement pourvues d'une structure de bois, ces maisons construites entre 1880 et 1930 ont particulièrement bien résisté au tremblement de terre et on en dénombre environ 200 dans Port-au-Prince et ses environs.  

>> ENTENDU

Régis Labeaume assurer à la mairesse de Port-au-Prince, Marie Joseph René, qu'il allait «livrer la marchandise» après ses promesses d'aider les pompiers de Port-au-Prince. Le maire de Québec s'est d'ailleurs montré impressionné par le parcours de «madame le maire», une gynécologue diplômée de UCLA qui pratique toujours la médecine à temps partiel.

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