Le karité est un arbre protégé, on ne peut pas le couper comme on ne peut pas non plus cueillir les fruits dans l'arbre. Les femmes ne peuvent ramasser que ceux qui sont au sol. Toujours penchées ou presque, elles tassent les herbes d'une main, ramassent les fruits en effectuant un premier tri. Si la pulpe est pourrie et que le fruit est piqué des vers, on le rejette, car l'amande sera de mauvaise qualité. S'il est bon, elles enlèvent la pulpe avec le pouce.
Le commerce équitable, même s'il paye plus le kilo, exige une qualité de produit. Les «collectrices», comme on les nomme ici, savent bien maintenant que les noix de qualité sont plus payantes.
Charge sur la tête
Sans pulpe, rapporter juste la noix du karité pèse moins lourd. Dans la bonne saison, elles feront plusieurs allers et retours sur quelques kilomètres avec une charge sur la tête. Au moment où Le Soleil était sur place, le mercure frôlait les 40 degrés. Un soleil de plomb et beaucoup d'humidité dans l'air, tout ce qu'il faut pour ralentir même les plus fortes d'entre elles.
Les deux groupes de femmes de Tabou, l'un de 90, l'autre de 42, sont avec l'UGPPK depuis trois ans, mais le regroupement des collectrices existe depuis plus de 20 ans. Les plus vieilles collectrices, réunies dans les bâtiments des regroupements à l'entrée du village, racontent que le regroupement a été forcé par les commerçants lorsqu'elles étaient plus jeunes, mais jamais les promesses d'investissement ne se sont réalisées.
Depuis trois ans, grâce à l'association avec l'UGPPK, elles, leurs filles et tout le village de plus de 3000 personnes ont fait un grand bond en avant. Les contraintes et les exigences pour des produits de qualités sont plus grandes, mais le retour pour ces femmes est très important.
Le chef du village, Buyen Walibé, disait dans son discours d'accueil des membres de Plan Nagua, Marie-Pierre Simard et Geneviève Fradette, et du représentant du Soleil, qu'il fuyait les Blancs lorsqu'il était jeune, parce que les promesses étaient toujours vaines. Aujourd'hui, les promesses sont tenues, car les résultats sont là, tangibles et visibles. «Cette fois, si les Blancs se sauvent encore, nous aurons les bâtiments et le puits,» disait-il dans sa langue maternelle, le nuni. Et les Blancs ne se sont pas évanouis dans la nature.
Nouveau puits
D'ailleurs, le puits, inauguré le 3 juillet cette année, est l'une des réalisations importantes pour le regroupement des femmes qui n'ont plus a faire 6 km de marche pour aller chercher l'eau potable pour leurs besoins et les étapes de préparations du karité. Avec l'UGPPK et l'aide de la Fondation Ryan, l'eau claire coule à quelques mètres des bâtiments servant aux productrices de karité.
On songe à installer un château d'eau avec un système électrique pour la pompe pour donner une alimentation plus grande et régulière en eau, le travail actuel devant se faire à la main.
Si elles se sont regroupées et si elles sont membres de l'UGPPK, les femmes de Tabou affirment qu'elles voulaient un meilleur pouvoir de négociation des prix des noix de karité sur le marché. Comme le commerce équitable leur paye le double, voire le triple du prix de base, elles peuvent contribuer davantage au revenu familial tout en améliorant le sort du regroupement et du village en général avec la prime sociale.
Par exemple, si le puits sert en priorité au regroupement, les autres villageois y ont accès. De plus, avec l'UGPPK, elles ont obtenu des formations leur permettant de faire une récolte plus efficace en ne conservant que les noix de qualité.
On leur a enseigné des techniques de conservation plus efficaces. Si elles savaient que faire bouillir les noix améliorerait la conservation en arrêtant le processus de germination, elles ne croyaient pas que l'eau potable permettrait en plus de préserver la qualité des amandes de karité. Elles ont aussi appris que les sacs de jute étaient plus efficaces pour la conservation que ce qu'elles utilisaient avant.
Formation
Dans la noix bouillie, l'amande peut se conserver deux ans; hors de la noix, pas plus de six mois. Les formations leur ont donc permis d'étaler la vente pendant l'année et selon les commandes à l'UGPPK au lieu de tout vendre tout d'un coup. L'argent arrive plus régulièrement.
Avec l'aide de Jamal, l'animateur faisant office de traducteur, les femmes ont expliqué que les changements avaient été difficiles à accepter, mais elles ont vite réalisé les bienfaits. Par contre, elles voudraient plus de formation pour en arriver à fabriquer des produits finis et les mettre en marché.
Et les revenus qu'elles réalisent saison après saison servent aussi en partie à la communauté pour aider les plus âgés, les gens malades et même le parrainage d'orphelins pour qu'ils puissent aller à l'école.
Une partie des noix qu'elles conservent servira à fabriquer du savon, des pommades pour traiter les plaies en diluant des feuilles de plantes médicinales. Et elles en mettent dans le nez des enfants pour aider à respirer lorsque les grands vents de l'Hamattan se lèvent et charroient la poussière.
Les femmes sont payées pour leur travail individuel et en plus du prix de base, il y a une prime sociale qui servira aux investissements dans la communauté. C'est l'assemblée générale de la coopérative qui décidera les secteurs et le pourcentage de la prime sociale qui servira aux différents projets.
De mères en filles
La tradition de cueillette et de préparation se perpétue de mère en fille. Vers sept ans, la fillette suit sa mère pour le plaisir, mais vers 11 ans, elle voudra que les noix qu'elle ramasse lui rapportent des sous qu'elle utilisera pour ses vêtements ou l'école.
Et il n'y a pas d'autre limite que celle de la force pour continuer à faire ce travail, très exigeant dans des conditions pénibles. Pourtant, elles rient de bon coeur et semblent toujours de belle humeur, que les étrangers les regardent ou non.