Camion: la route des retrouvailles

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Le Soleil à Karlovy Vary
Le Soleil à Karlovy Vary

Le Festival international du film de Karlovy Vary, en République tchèque, ne jouit peut-être pas de la notoriété de Cannes, mais il demeure l'un des plus prestigieux festivals européens. Notre journaliste Normand Provencher est présent. »

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Les artisans de Camion, Patrice Dubois, le réalisateur... (Photo collaboration spéciale Normand Provencher)

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Les artisans de Camion, Patrice Dubois, le réalisateur Rafaël Ouellet et Julien Poulin, en conférence de presse à Karlovy Vary.

Photo collaboration spéciale Normand Provencher

Normand Provencher
Le Soleil

(Karlovy Vary) Camion, quatrième long-métrage de Rafaël Ouellet, a reçu une belle ovation du public tchèque, dimanche soir, lors de sa présentation en compétition officielle du 47e Festival international du film de Karlovy Vary.

Avant le début de la projection, devant une salle comble de quelque 1100 personnes, en grande majorité des jeunes dans la vingtaine, le réalisateur québécois a invité les spectateurs à venir à la rencontre de son équipe. «N'hésitez pas dans les prochains jours, dans la rue ou ailleurs, à venir nous parler de notre film.» Le cinéaste en est à sa seconde visite en Bohême de l'Ouest, son film précédent, New Denmark, ayant été présenté ici en 2009, au Forum des indépendants.

Carré rouge épinglé au veston, Ouellet a aussi fait rigoler l'assistance en croquant sur scène, avec son appareil photo, les comédiens Julien Poulin et Patrice Dubois, ainsi que le producteur Denis Chouinard.

Voyage dans l'intimité masculine où les silences sonnent parfois plus fort que les mots, Camion suit le rapprochement entre un père camionneur (Julien Poulin), rendu dépressif à la suite d'un accident qui a causé une victime, et ses deux fils revenus dans leur patelin du Nouveau-Brunswick afin de l'aider à traverser l'épreuve. Deux fils aux antipodes: l'un (Stéphane Breton) aspirant artiste verbomoteur, séducteur impénitent, toujours dans l'action; l'autre (Patrice Dubois) réservé, célibataire, un peu perdu, malheureux dans son emploi de concierge à Montréal.

Alors que l'hiver sonne à la porte, les trois hommes feront un temps d'arrêt pour apprendre à être une famille, à s'apprivoiser mutuellement, à l'occasion d'une partie de chasse, par exemple.

Dans la foulée de Route 132 et d'À l'origine d'un cri, le film de Ouellet revisite lui aussi, mais d'une façon plus sobre, les relations père-fils. Un film de bonne facture, porté par des acteurs inspirés et en symbiose.

Pas une autobiographie

Camion n'est pas à proprement parler un film autobiographique, même si son auteur s'est inspiré d'un fait véridique survenu dans sa famille. Camionneur pendant 40 ans, le père du cinéaste, originaire de Dégelis, dans le Témiscouata, a déjà été impliqué dans un accident qui avait provoqué des blessures à une conductrice. Pendant quelques mois, il avait éprouvé du mal à composer avec la culpabilité, et aussi la crainte d'avoir à affronter la justice américaine, la collision étant survenue aux États-Unis.

«À l'origine, ce devait être un petit film où je suivais mon père, pendant tout un automne, avec ma caméra, explique Rafaël Ouellet. Au fil des mois, j'ai commencé à intégrer des éléments de fiction. C'est devenu l'histoire de Germain [Julien Poulin] avec son fils. Puis, plus tard, le deuxième fils est arrivé.»

Après Le cèdre penché, Derrière moi et New Denmark, il s'agit de la première fois que le réalisateur travaille avec des personnages masculins. «Quand j'écris pour des hommes, c'est très proche de moi; pour des femmes, je peux davantage partir dans la fiction.»

Malgré ses conséquences dramatiques, l'accident est «l'élément déclencheur» qui va permettre aux trois hommes de réfléchir sur leur vie, estime Patrice Dubois, davantage vu au théâtre. «Mon personnage pose un acte rare, celui de se réunir, avec son père et son frère. C'est un moment qui les force à s'arrêter. Trop souvent, le temps passe et nos blessures se sédimentent en nous.»

Julien Poulin avoue partager des «affinités» avec Germain, ce père qui perd intérêt à tout après le drame. Le comédien dit s'être beaucoup inspiré des camionneurs de Dégelis, nombreux à s'arrêter dans les restos du coin à l'heure du dîner, pour construire son personnage. Pour apprendre à conduire un camion, il a aussi pu compter sur les précieux conseils du père du réalisateur, âgé de 65 ans. «Il a été mon coach. Ça m'a beaucoup aidé. Pendant le tournage de certaines scènes, il était couché à côté de moi, dans le fond du camion, et me disait: "Ça va aller, ça va aller"...»

La sortie de Camion au Québec est prévue pour le 17 août.

* Les frais de déplacement et de séjour du Soleil en République tchèque ont été payés par le Festival international du fim de Karlovy Vary.

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