Les manèges humains: carrousel d'émotions

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Le Soleil à Karlovy Vary
Le Soleil à Karlovy Vary

Le Festival international du film de Karlovy Vary, en République tchèque, ne jouit peut-être pas de la notoriété de Cannes, mais il demeure l'un des plus prestigieux festivals européens. Notre journaliste Normand Provencher est présent. »

La comédienne Marie-Évelyne Lessard et le cinéaste Martin... (Photo collaboration spéciale Normand Provencher)

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La comédienne Marie-Évelyne Lessard et le cinéaste Martin Laroche ont présenté leur film Les manèges humains en première, samedi, au Festival de Karlovy Vary.

Photo collaboration spéciale Normand Provencher

Normand Provencher
Le Soleil

(Karlovy Vary) Aborder un sujet grave comme l'excision sur fond de fête foraine et de parc d'attractions ambulant, le moins qu'on puisse dire, c'est que son auteur, Martin Laroche, ne manque pas d'audace. Et de talent. Malgré les faibles moyens à sa disposition, Les manèges humains s'avère une oeuvre aussi originale que troublante.

Le cinéaste de 31 ans était fébrile à l'idée de présenter pour la première fois son «bébé» à un large public, en l'occurrence celui du 47e Festival international du film de Karlovy Vary. Il est accompagné en République tchèque par la vedette de son film, Marie-Évelyne Lessard, alter ego de Sophie, une jeune femme devant composer avec une mutilation sexuelle survenue dans son Afrique natale, à l'âge de quatre ans.

Étudiante en cinéma, Sophie prend prétexte du tournage d'un film maison sur le parc d'attractions ambulant où elle travaille pour l'été, afin de payer ses études, pour révéler progressivement la vérité à son entourage, particulièrement l'élu de son coeur (Marc-André Brunet).

L'approche est atypique. Ce film dans un film emprunte la forme d'un vrai faux documentaire, avec la caméra se substituant au regard de la jeune femme. Un pari réussi.

Pour Martin Laroche, originaire de Victoriaville et diplômé en cinéma de l'Université du Québec à Montréal, l'idée d'aborder le thème hautement délicat de l'excision lui est venue de la lecture de la biographie «hallucinante» d'Ayaan Hirsi Ali, une politicienne néerlandaise, originaire de la Somalie, reconnue pour son militantisme contre l'excision, dont elle-même a été victime enfant.

«Je considère que c'est l'un des sujets les plus troublants sur la planète, explique Laroche. J'ai été étonné de voir qu'il s'était fait très peu de fiction là-dessus. Je ne voulais pas faire un film qui dénonce nécessairement, mais illustrer la problématique était pour moi un premier pas pour le faire.»

L'insertion de ce sujet intime dans un contexte ludique, avec manèges, jeux de fléchettes et barbe à papa, ne s'est pas imposée d'entrée de jeu. «Ce sont deux idées séparées que j'ai eu l'idée de mettre ensemble, même si je n'étais pas sûr, c'était un peu fucké...»

«Les gens qui travaillent dans des parcs d'attractions ambulants, poursuit-il, vivent dans des roulottes, voyagent ensemble, partagent une grande intimité. J'ai trouvé que ce serait intéressant de placer dans un tel contexte un personnage qui vit avec un secret aussi lourd.»

Interprétation convaincante

Originaire de Sherbrooke, Marie-Évelyne Lessard campe avec beaucoup de justesse cette jeune femme qui aspire à une vie sexuelle normale, malgré le handicap qui l'afflige. La comédienne de 31 ans, née d'une mère haïtienne et d'un père blanc québécois, ne peut concevoir que l'excision soit encore pratiquée dans plusieurs pays africains.

«C'est une atteinte aux droits des femmes, mais ça demeure tabou. Plusieurs femmes immigrantes n'osent en parler. Le sujet est davantage abordé en France qu'au Québec.»

Malgré l'audace de certaines scènes et des dialogues parfois crus, la jeune femme n'a pas hésité à plonger, troublée par la lecture du scénario qui l'avait fait passer par «toute la gamme des émotions». C'est le profil de son personnage qui l'a surtout convaincu. «Sophie ne cherche pas à jouer à la victime, ajoute-t-elle. C'est une battante. L'art représente pour elle un acte de libération.»

Martin Laroche est un abonné au système D. Ses deux premiers longs-métrages, projetés dans quelques festivals, ont été produits et réalisés à compte d'auteur: La logique du remords, en 2007, pour 3500$; Modernaire, deux ans plus tard, pour 6000$.

Avec un budget de 400 000$ (et seulement 13 jours de tournage) pour Les manèges humains, le jeune cinéaste s'est senti évidemment plus confortable. Grâce à l'appui du distributeur K-Films, il espère maintenant que ce troisième film sera vu par le plus grand nombre, et non plus uniquement par ses amis et membres de sa famille...

* Les frais de déplacement et de séjour du Soleil en République tchèque ont été payés par le Festival international du fim de Karlovy Vary.

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